Jennifer Rubin, l’éditorialiste du Washington Post ne sait peut être pas le choc que son dernier article à provoqué dans les rangs du Polisario. Ce qui est certain, c’est que les remous de cette chronique qui clouent au pilori le Front soutenu par l’Algérie, ne sont pas près de s’apaiser d’après des sources bien informées à Tindouf.

Mohamed Abdelaziz, l’inamovible chef du Polisario et quelques uns de ses proches lieutenants ont été précipitamment convoqués par de hauts gradés du DRS, l’obscur service du renseignement militaire algérien, après la publication de l’article. 

L’analyse du Washington Post fait en effet suite à plusieurs autres reportages parus aux Etats-Unis et dans d’autres capitales occidentales, et qui ont tous été jugés négatifs par Alger. La réunion a été presque entièrement consacrée à faire ce constat : la stratégie des droits de l’homme suivie par Alger et le Polisario au cours des derniers mois à l’intérieur du Sahara occidental, a atteint ses limites. La manœuvre consistant à lancer des éléments extrémistes pro-Polisario dans des actions d’agitation contre les forces de sécurité marocaines n’a pas pris. Pis encore, l’effet médiatique escompté à l’international a été insignifiant. La preuve en est l’article accablant le Polisario paru dans un journal aussi prestigieux que le Washington Post.

 

Cette situation incommode a poussé Alger à envisager le recours à d’autres influents lobbyistes à Washington et New York pour essayer d’inverser l’image qui est en train de s’installer outre-Atlantique. En effet, les décideurs et observateurs politiques sont désormais convaincus que le conflit du Sahara occidental n’est en réalité que le reflet d’une dispute algéro-marocaine. Le Polisario n’étant qu’un prête-nom qui n’aurait pas d’existence sans le soutien politique, militaire et financier d’Alger. Mais qu’à cela ne tienne, le DRS, selon les mêmes sources, a réservé au Polisario un rôle sur mesure dans la nouvelle stratégie de communication destiné à redorer le blason du Front indépendantiste.

31/05/2013

Commentaires (3)

  • anon
    mike (non vérifié)

    excellent rien de plus a dire a part merci pour ce moment inoubliable.

    mai 31, 2013
  • anon
    Hicham (non vérifié)

    traduction en Français de l'article de Jennifer Rubin:

    Afrique du Nord: Terreau du terrorisme
    Traduction : Hicham Misraoui
    Source : The Washington Post
    Titre original : North Africa: Breeding grounds for terror
    ________________________________________

    Le président Obama et ses détracteurs s'accordent à dire que l'Afrique du Nord est devenue une région propice au terrorisme. Dans une région inondée d'armes, de trafics d'êtres humains et de drogues et les tensions politiques, les filiales locales d'Al-Qaïda, en particulier Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), sont en plein essor. Ajouter à cette mixture, le violent Front Polisario, qui prône l'indépendance du Sahara occidental, tout en contrôlant les sordides camps de réfugiés en Algérie, et vous avez là toutes les conditions nécessaires à l’émergence de nouvelles générations de terroristes.
    Deux chercheurs de Carnegie Endowment for International Peace viennent de publier un nouveau livre, "Perilous Desert : Insecurity in the Sahara". Sur le site web de Carnegie, les auteurs expliquent: "L'importance géopolitique du Sahara est devenue douloureusement évidente. Les Groupes islamistes radicaux et les réseaux criminels transnationaux opèrent dans les États les plus fragiles de la région, en exploitant la corruption généralisée, la faiblesse des gouvernements, la pauvreté écrasante et les tensions sociales et ethniques enracinées. Le malaise traverse les frontières et aggrave les crises régionales prolongées".
    Un des auteurs, Anouar Boukhars, a accepté de répondre à quelques questions :

    Pourquoi AQMI est-elle en progression ?

    En Afrique du Nord, AQMI profite des tensions politiques et de la fragilisation de la sécurité à cause du printemps arabe. Les autorités tunisiennes, par exemple, ont du mal à réformer leurs services de sécurité et à développer une police et une gendarmerie capables de contrer les menaces des islamistes radicaux. Le pays est en train de devenir un corridor de contrebande pour les trafiquants d'armes entre la Libye et le Mali. Les découvertes d'importantes caches d'armes y sont désormais fréquentes. La Tunisie pourrait devenir rapidement plus qu'un simple lieu de transit dans la mesure où des Tunisiens combattent aux côtés d’AQMI et d'autres groupes extrémistes opérant au Mali et en Syrie.
    Les risques du terrorisme transfrontalier sont également réels. L'attaque sur le champ gazier en Algérie a éclos dans le nord du Mali et a été exécuté par un groupe terroriste multinational qui a transité par le Niger et la Libye. Même dans les pays où les forces de sécurité sont structurées comme le Maroc, le danger se profile. Depuis le lancement de l'intervention de la France au Mali ce pays est en état d'alerte. Plusieurs Marocains ont rejoint des groupes terroristes au Mali.
    Malheureusement, les tensions politiques et la fragilité sécuritaire dans des pays comme la Libye et la Tunisie, l'opacité du régime algérien, et les tensions entre le Maroc et l'Algérie dans le conflit du Sahara occidental rendent les efforts pour rétablir la stabilité dans la région extrêmement difficiles.
    Comment le terrorisme, la drogue, la traite des êtres humains, et l’augmentation des trafics d’armes interagissent-ils?
    Les conflits, les révoltes en Afrique du Nord, la prolifération des armes, le trafic transnational des marchandises illicites et l'activité terroriste dirigée par Al-Qaïda au Maghreb islamique, provoquent de vives inquiétudes sur les États fragiles et sur les territoires du Sahara et du Sahel.
    Les raisons pouvant expliquer cette situation d’instabilité et de conflits sont complexes et profondément enracinées. Sur le plan endogène, l'insécurité s’explique par la faiblesse des institutions étatiques, la corruption, la pauvreté endémique, et les tensions sociopolitiques. L’éclatement identitaire de ces sociétés et la radicalisation religieuse attisent encore les tensions. Sur plan exogène , il s’agit de la criminalité transnationale organisée, du terrorisme, de la prolifération des armes, de l’ingérence étrangère et des chocs économiques mondiaux.
    A ces pressions, s’ajoute l’incapacité de nombreux États fragiles à faire face à leurs problèmes. Ces États ont exacerbé le conflit soit à cause des réponses inadaptées qu’ils apportent aux problèmes et, dans certains cas, à cause de leur collusion active avec des réseaux criminels, des militants islamistes, ou des dissidents ethniques. Cette découverte a des implications importantes pour définir des réponses politiques efficaces dans cette région troublée.

    Comment le Polisario rentre-t-il dans ce cadre?

    Dans les discussions sur le crime organisé dans le Sahel et la montée en puissance d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), les experts de la défense régionaux et occidentaux s'accordent à dire qu’il est désormais urgent de trouver une solution au conflit du Sahara occidental. Une colonie espagnole depuis 1884, le Sahara Occidental n'est pas devenu indépendant lorsque l'Espagne s’en est retiré. Au lieu de cela, l'Espagne a cédé ce territoire au Maroc et à la Mauritanie en 1975. La Mauritanie a renoncé à sa partie en 1979.
    Le secrétaire général de l'ONU a récemment mis en garde au sujet de la vulnérabilité de certains sahraouis dans les camps de réfugiés du Front Polisario dans le sud-ouest de l'Algérie qui finissent par verser dans la radicalisation et le terroriste. "Tous les gouvernements consultés expriment des inquiétudes sérieuses sur le risque que les combats au Mali pourraient déborder sur les pays voisins et contribuent à radicaliser les camps des réfugiés sahraouis" explique Ban Ki-moon dans un rapport qu’il a adressé aux 15 pays membre du Conseil de sécurité. Même le Polisario "n'est pas à l’abri des infiltrations terroristes" disait-il.
    C'est la première fois que le chef de l'ONU a reconnu ce que de nombreux experts ont décrit depuis des années comme une "bombe à retardement". Les mêmes craintes s'appliquent aux camps de réfugiés en Mauritanie et au Niger, où les Maliens déplacés vivent dans des conditions "épouvantables". Les criminels organisés et des groupes extrémistes continueront à exploiter la fragilité des États, les conflits latents comme le Sahara occidental, et le manque de coopération régionale en matière de sécurité.
    Les grandes puissances, dont les Etats-Unis, redoutent la perspective de la création d'un autre Etat faible dans une zone abritant déjà des Etats fragiles ou défaillants. Comme le journaliste espagnol Ignacio Cembrero a écrit récemment : «Seule une poignée de pays d'Amérique latine et d'Afrique ont des avis contraires». Les États fragiles et défaillants posent de réelles menaces pour la sécurité internationale. Ils sont des endroits idéaux pour les organisations radicales violentes, pour recruter des jeunes marginalisés et aliénés. Les problèmes de ces Etats peuvent aggraver les crises régionales prolongées et relancer des conflits violents. Les flux de réfugiés, d'armes, de drogues, et des insurrections débordent régulièrement au-delà des frontières des États fragiles avec des conséquences dévastatrices pour les pays voisins.

    Quel est le rôle de l'Algérie dans le conflit ?

    L'intervention militaire française au Mali et le drame des otages du site gazier d’Ain Amenas en Algérie ont mis en évidence la faiblesse dans la réflexion stratégique de l'Algérie et de sa politique anti-terroriste. L’Algérie avait espérée rester à l'écart du conflit au Mali, en se concentrant sur l'augmentation spectaculaire de ses dépenses militaires, la sécurisation de ses frontières et contenir la menace terroriste aux limites de ses voisins. Mais elle paye cher sa réticence à s'engager contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) en dehors de ses frontières.
    Jusqu'à l'intervention militaire française soudaine au Mali, l'Algérie a tenté de négocier une solution politique au conflit en poussant les acteurs armés avec lesquels elle entretient des liens. L'Algérie a particulièrement misé sur le groupe islamiste radical Ansar Dine, qui ne cherche pas la partition du Mali, mais la mise en œuvre de sa propre interprétation de la charia dans tout le pays. Les efforts de l'Algérie pour arriver à une solution diplomatique au conflit au Mali a pris fin lorsque Ansar Dine s’est retiré du processus de négociation avec Bamako le 7 Janvier 2013. Par la suite, l'Algérie a ouvert son espace aérien aux avions de chasse français et a fermé sa frontière sud avec le Mali lorsque de l'intervention française a débuté.
    Le défi pour l'Algérie est de faire converger ses objectifs stratégiques avec les attentes de ses voisins sahéliens faibles, ainsi que les attentes des grandes puissances (principalement la France) tout en minimisant leur interférence.
    Qu’est-ce que l'Occident peut faire pour améliorer la situation sécuritaire dans la région?
    Les approches antérieures se sont focalisées sur le renforcement des capacités sécuritaires, mais ont négligé les causes institutionnelles et sociales sous-jacentes de l'insécurité. Parmi celles-ci, la fragilité des États, la corruption et l'ambivalence des leaders sont les plus significatives. Dans ce contexte, il est clair que même les gouvernements bien intentionnés dans la région sont incapables de s'attaquer simultanément à la multitude de problèmes auxquels ils sont confrontés.
    Il appartient, ainsi, à la communauté internationale d'aider les gouvernements locaux à s’engager en priorité dans les réformes nécessaires. Cela doit se faire d’une façon individuel, pays par pays, afin que chaque pays trouve des solutions qui lui sont spécifiques. Les acteurs internationaux peuvent jouer un rôle crucial en aidant les États fragiles à faire face à leurs contraintes internes.

    source : http://www.washingtonpost.com/blogs/right-turn/wp/2013/05/28/north-afric...

    mai 31, 2013
  • anon
    admin

    Merci Hicham pour votre traduction, ca sera mis en ligne dans des instants

    mai 31, 2013