Des étudiants norvégiens en compagnie du journaliste pro-Polisario Sidi Sbaâi, lundi dernier à l'université d'Oslo. / Ph. Futuro Sahara   .

Après la tournée africaine de Brahim Ghali et les manifestations devant le Parlement européen, le Front Polisario investit les universités européennes pour répandre sa thèse séparatiste, notamment Paris-Descartes, l’université d’Oslo et l’Ecole supérieure de médecine de Séville.

Alors qu’en mai dernier, les proches de Brahim Ghali multipliaient leurs actions en direction de leurs soutiens traditionnels en Afrique, comme l’Afrique du Sud, la Namibie et le Zimbabwe, le Front change la donne en ce mois de juin.

Depuis le début de cette semaine, plusieurs activités et conférences sur le Sahara occidental, organisées en Europe, sont rapportées par les médias pro-Polisario. Une nouvelle approche qui s’inscrit en droite ligne avec la stratégie du Front visant, en autres, à médiatiser à outrance sa thèse séparatiste et à disposer d’un large soutien.

A Paris-Descartes

Lundi, c’est au sein de la prestigieuse université Paris-Descartes qu’un «séminaire sur le Sahara occidental et la politique étrangère du Maroc» a été animé par la professeure universitaire Irene Fernández-Molina. Celle-ci s’est arrêtée notamment sur les «grandes difficultés auxquelles le Maroc fait face en poursuivant son occupation du Sahara occidental», rapporte le média pro-Polisario Futuro Sahara.

La rencontre a été l’occasion de citer la «crise du Maroc avec les Nations Unies suite à la demande de l’élargissement des prérogatives de la MINURSO pour inclure la surveillance des droits de l’homme». Une proposition «rejetée par le Maroc mais soutenue par toutes les organisations internationales des droits de l’homme», poursuit-on de même source.

Les intervenants du séminaire, modéré par Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) à l’université Paris-Descartes, ont également «[discuté] de l’avenir de la décolonisation du Sahara occidental et les défis des négociations entre le Maroc et l’Union européenne sur le renouvellement de l’accord de pêche».

A l’université parisienne, le Front Polisario compte sur plusieurs soutiens pour coordonner et mettre en place ce genre de rencontres destinées à présenter sa thèse. Parmi eux, Sébastien Boulay et Béatrice Lecestre-Rollier, tous deux signataires de la «Lettre ouverte d’universitaires et de chercheurs internationaux à Emmanuel Macron» en avril dernier, appelant le président de la République, entre autres, à ce que «l’État français corrige sa position au bénéfice de l’application du droit au Sahara occidental».


En Norvège et en Espagne

Le même jour, une autre conférence sur le Sahara occidental a été organisée par Erik Hagen, directeur du Comité norvégien pour le soutien du Sahara occidental et coordinateur de l’Observatoire international pour la protection du Sahara occidental à l’université d’Oslo. Une rencontre «marquée par la présence du journaliste sahraoui Sidi Sbaâi», et au cours de laquelle «la situation humanitaire dans les camps (…) ainsi que les ressources du territoire du Sahara occidental et l’implication des entreprises étrangères avec le Maroc pour la violation du droit international», ont été à l’ordre du jour.

Futuro Sahara, qui rapporte l’information, précise que le journaliste sahraoui a «informé les étudiants norvégiens sur la situation dangereuse des étudiants sahraouis suite à la poursuite des attaques (…) prépayées par le régime marocain».


La rencontre aurait été marquée par la présence du secrétaire général de l’Union des étudiants norvégiens et du président du Parlement des étudiants à l’université d’Oslo, conclut le média sahraoui.

Mardi soir, c’est en Espagne, plus précisément à l’Ecole supérieure de médecine de Séville, que Miguel Simón Contreras, un militaire et général de la division générale des armes de l’armée, à la retraite, a animé une conférence sur la présence espagnole au Sahara occidental.

Ce diplômé de l’Etat-major général espagnol, après avoir retracé l’histoire de la présence espagnole au Sahara, n’a pas manqué de rappeler «le rôle efficace d’Israël ayant fourni de l’assistance au Maroc pour la construction du mur d’apartheid construit par le Maroc pour diviser le territoire et se protéger contre les coups de combattants de l’Armée populaire de libération sahraouie».


Il semble que le Front Polisario reste déterminé à répandre sa thèse en Europe, notamment dans les milieux universitaires et estudiantins, dans l’optique de faire pression sur les décideurs européens.

Parallèlement à leurs actions sur les bancs des universités, les fidèles de Brahim Ghali restent également mobilisés sur le terrain. Le Front Polisario compte organiser, ce jeudi devant le siège du Parlement européen à Bruxelles, une manifestation pour «dénoncer la tentative de certains partis européens de "violer" la légitimité internationale et "contourner la Cour européenne de la décision de justice visant à exclure les eaux du Sahara occidental de l’accord de pêche reliant l’UE et le Maroc"». La semaine dernière, des éléments du Front ont investi les rues de Valladolid, dans le nord-ouest de l’Espagne.

Seul élément qui manque étrangement à cette mise en scène : la réaction du Maroc, qui compte pourtant un nombre important d’étudiants en Europe.


07/06/2018