La décision de l'Audience nationale, la plus haute juridiction pénale espagnole, de poursuivre des dirigeants du polisario et de l'Algérie pour génocide et violations graves des droits de l'Homme constitue un "pas décisif pour jeter la lumière sur ces graves violations" commises dans les camps de Tindouf, a affirmé l'avocat José Manuel Romero Gonzalez. 

"Il s'agit indiscutablement d'un pas décisif pour jeter la lumière sur ces violations graves et tristes des droits de l'homme, surtout que ceux qui prétendent être des défenseurs des droits de l'homme à Tindouf sont les véritables tortionnaires et responsables de ces actes de violations", a souligné, dans un entretien à la MAP, Romero Gonzalez, avocat des sahraouis victimes des violations graves des droits de l'Homme perpétrées dans les camps de Tindouf depuis 1979, ayant déposé une plainte à l'audience nationale en 2007. 

La décision de l'Audience nationale est une "victoire" également pour les victimes, ainsi que pour la justice internationale, a indiqué l'avocat qui se félicite de cette décision qui permettra, selon lui, d'"ouvrir une enquête sur les crimes commis, d'identifier les coupables et de les présenter devant la justice universelle".

"Aucune situation ne peut permettre aux tortionnaires du polisario d'agir au dessus de la loi et de violer sans contrôle la dignité des êtres humains et les droits les plus basiques de l'humanité", a fait remarquer Romero, mettant en exergue l'importance de la collaboration des associations des droits de l'homme, des ONG et des témoins ayant assisté ou connu de première main les violations des droits de l'homme dans les camps de Tindouf pour que ce procès arrive à bon port. 

"L'indentification et le jugement des tortionnaires responsables de ces actes de violation de droits de l'homme et des institutions auxquelles appartiennent et la réparation des victimes et de leurs familles sont nos principaux objectifs", a fait observer l'avocat espagnol, pour qui ce procès "doit servir d'exemple pour que ces cas de violations de droits de l'homme ne se reproduisent jamais".

Le juge du tribunal central d'instruction N 5 de l'Audience nationale espagnole a accepté récemment le traitement de la plainte qui avait été déposée le 14 décembre 2007, par des victimes du polisario et une ONG sahraouie, contre de hauts responsables algériens et des membres de la sécurité et dirigeants des séparatistes, dont certains portent encore la nationalité espagnole.

La plainte est intervenue après la visite de plusieurs membres du barreau espagnol dans les Provinces du sud où ils avaient recueilli les témoignages d'environ 50 personnes et constaté de visu les traces de tortures sur leurs corps. Cette visite a permis aux avocats espagnols de mieux comprendre cette plainte, qui a été appuyée par des dossiers médicaux rédigés par des experts internationaux ayant constaté l'état physique et psychique des victimes, dont 76 cas uniquement à Laâyoune.

La défense des victimes sahraouies s'était rendue à Laâyoune où elle avait pu constater qu'un grand nombre de victimes portaient de graves séquelles de tortures infligées par des tortionnaires du polisario à des sahraouies et même à des fondateurs du mouvement séparatiste "pour la simple raison qu'ils ne partageaient pas leur vision".

Des victimes du polisario, toujours en vie, avaient par ailleurs livré aux représentants de la presse espagnole et aux correspondants de la presse internationale accréditée à Madrid, lors d'un dernier déplacement en Espagne, des témoignages émouvants sur leur triste expérience dans les geôles du polisario en territoire algérien.

D'autres victimes, à l'instar des militants des droits de l'Homme Dahi Aguai et Saadani Maalainine, fille d'une figure emblématique du polisario, en l'occurrence feu El Wali Sheikh Slama, avaient eux aussi présenté des témoignages accablants sur la souffrance et l'humiliation infligées à un grand nombre de sahraouis par des dirigeants du polisario.

La décision de l'Audience nationale, qui s'était prononcée par le passé sur des procès concernant le Chili, le Honduras et l'Argentine, vise à établir les faits et responsabilités des personnes incriminées dans ces violations graves.

Parmi les dirigeants du polisario dénoncés par la plainte figurent l'ex-représentant du polisario en Espagne, Brahim Ghali, (actuellement en Algérie), le "ministre" de l'information de la pseudo république sahraouie, Sid Ahmed Batal et le "ministre" de l'éducation de cette même prétendue république, Bachir Mustapha Sayed.

Les dénommés Khalil sidi Mhamed, "ministre" des colonies, Mohamed Khaddad, actuel coordinateur avec la MINURSO et ancien directeur général de la sécurité militaire, ainsi que des officiers de l'armée algérienne sont également accusés de tortures sur des membres de la population sahraouie.

"C'est une énorme injustice que de voir celui qui m'a arrêté et torturé pendant six ans dans les camps de Tindouf pouvoir circuler librement en Espagne et faire tranquillement sa propagande sans payer pour ses crimes", avait alors dénoncé Houcine Baida, militant sahraoui des droits de l'Homme et victime du polisario, en référence à Brahim Ghali, qui était le représentant du polisario en Espagne, avant que la direction du polisario à Tindouf ne l'affecte en Algérie juste après la présentation de cette plainte à Madrid.

10/02/2013