En vue de contrer l’offensive diplomatique marocaine en Afrique, le Polisario a envoyé des émissaires dans certains pays du continent. Des membres de la direction du Front se sont rendus en Ethiopie, en Ouganda et en Mauritanie, pays qui reconnaissent la « RASD ». Le Polisario veut tout faire pour empêcher un changement de la charte de l’UA qui permettrait de l’expulser de l’organisation panafricaine.

Le Polisario se prépare à l’adhésion du Maroc à l’Union africaine. Après le message adressé par le roi Mohammed VI au président en exercice de l’organisation panafricaine, le Tchadien Idriss Déby, le Front s’était contenté de concertations avec les hauts responsables algériens dans la capitale du voisin de l’Est. Aujourd’hui, il a décidé de passer à la vitesse supérieure en lançant à son tour une offensive diplomatique.

 

Trois émissaires du Front ont été dépêchés en Ethiopie, en Ouganda et en Mauritanie pour y transmettre des messages de Brahim Ghali. Le choix de ces Etats n’est pas fortuit. Ils reconnaissent tous « RASD » et ne sont pas signataires de la motion des 28 membres de l’UA réclamant l’expulsion de la république autoproclamée en 1976. Mais l’étape éthiopienne est loin d’être un hasard. Addis-Abeba a en effet initié un rapprochement avec le royaume et défend sa demande d’adhésion à l’UA.

 

En Ethiopie, « le ministre des Affaires africaines » du Polisario, Hamdi Bekki s’est entretenu avec le premier ministre Haile Mariam Dessalegn alors que le revenant Bachir Mustapha Sayed a été reçu par le premier ministre ougandais. A ces deux étapes, s’ajoute Nouakchott où le coordinateur du Polisario avec la Minurso, M'Hamed Khaddad, a rencontré le président Mohamed Ould Abdelaziz.

 

Eviter que l’adhésion du Maroc ne rime avec l’expulsion du Front

 

Si le Polisario n’est pas en mesure d’empêcher un retour du royaume dans les rangs de l’Union africaine, il souhaite qu’un tel acte ne soit pas suivi dans les années à venir par une suspension de la « RASD ». C’est l’objectif majeur de l’action diplomatique des séparatistes sur le continent. Cette revendication a d’ailleurs été immédiatement brandie par le pouvoir algérien dès la conclusion du 27e sommet de l’Union africaine qui s’était tenu les 17 et 18 juillet à Kigali.

 

La demande marocaine devrait être examinée lors du prochain sommet de l’UA, prévu les 30 et 31 janvier 2017 à Addis-Abeba. L’adhésion à l’UA devrait avoir lieu après un processus de vote. Mais le royaume devra s’armer de patience pendant  quelques années encore avant que l’UA ne revienne sur la décision de son ancêtre, l’Organisation de l’unité africaine, d’admettre dans ses rangs le Polisario. Pour cela, il lui faudra convaincre les 2/3 des membres, précisément 36 Etats, pour amender la charte de l’Union adoptée le 11 juillet 2000 à Lomé au Togo. Celle-ci ne prévoit pas, actuellement, l’expulsion mais seulement une suspension en cas de coup d’Etat militaire. 

15/08/2016