Au moment où le Conseil de sécurité s’apprête à examiner la proposition de Ban Ki-moon au sujet du Sahara, l’Espagne approuve le renouvellement du mandat de la Minurso, mais évite de se prononcer sur la question des droits de l’homme. On pourrait y voir un soutien à demi-mot au Maroc. Détails.

Le gouvernement espagnol dit avoir « pris note » du contenu du rapport de Ban Ki-moon sur le Sahara occidental, indique un communiqué du ministère espagnol des Affaires étrangères, rapporte Europa Press. Un document dans lequel le secrétaire général de l’ONU recommande le renouvellement du mandat de la Minurso et la mise en place d’un mécanisme de surveillance des droits de l’homme « durable, indépendant et impartial »

L’Espagne n’évoque ni le « plan d’autodétermination » de l'ONU, ni le « plan d’autonomie » du Maroc

Madrid a exprimé son soutien « constant » à la position de l’ONU pour trouver une solution politique « juste et durable » au Sahara occidental. Il reconnaît également le travail accompli par la MINURSO dans la région et soutient « pleinement » le renouvellement de son mandat. Mais concernant les droits de l’homme, le gouvernement Rajoy a tout simplement reconnu « l'attitude constructive des parties et se félicite des mesures prises par les autorités marocaines dans cette affaire ».

En clair, l’Espagne joue la carte diplomatique et n’évoque clairement ni le plan d’autodétermination proposé par l’ONU, ni le plan d’autonomie du Maroc, préférant garder une certaine neutralité sur une question très importante pour son voisin marocain. Une attitude qu’il avait déjà adoptée l’an dernier. Intérêts économiques en jeu ?

Double language

Par ailleurs, ce manque de clarté laisse planer le doute sur la réelle position de Madrid. Surtout qu'à en croire la presse algérienne, le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Garcia-Margallo - en visite à Alger le week-end dernier - aurait affirmé : « La position de l’Espagne concernant le problème du Sahara occidental est connue. Pour nous, c’est une question de décolonisation qui doit être réglée dans le cadre des Nations unies et à travers des négociations entre les deux parties (Maroc et Front Polisario, ndlr) ». 

Le Maroc se veut ferme

De toutes les façons, en entamant dès demain l’examen du rapport de Ban Ki-moon, le Conseil de sécurité a pleine connaissance de la position du Maroc. En effet, dans une conversation téléphonique avec le SG de l’ONU le week-end dernier, le roi Mohammed VI s’est montré assez ferme. Il a demandé à l’Organisation d’éviter les « approches partiales », avertissant que tout écart du cadre et des modalités actuelles de l’implication de l’Instance internationale le dossier du Sahara « serait fatal » pour le processus de négociations en cours.

Tenant à éviter le pire, Rabat a dépêché à New York le président du CNDH, Driss El Yazami et le délégué interministériel des droits de l’homme, Majoub El Hiba. Sur place, ils ont une nouvelle fois fait l’écho du roi auprès des représentants des membres du Conseil de sécurité.

Selon les révélations de Médias 24 citant « différentes sources bien informées », le roi Mohammed VI prépare actuellement une visite privée « imminente » à Dakhla. Le fait que cela coïncide avec l’examen du rapport du secrétaire général de l’ONU fait penser que le Maroc veut davantage marquer sa position sur les questions liées au Sahara. Actuellement, le Maroc a le soutien des Etats-Unis qui se sont clairement montrés favorables au plan d’autonomie proposé par Rabat. Il est vrai que la France ne s’est pas encore prononcée sur ce dossier cette année, mais l’an dernier on se souvient qu’elle ne s’était pas montrée très active pour défendre les positions marocaines, au contraire de l’Espagne.

16/04/2014