Sahara Marocain : Des télégrammes de l’ère Carter révèlent la perplexité de Washington

L’Office of the Historian (OH) a récemment publié des télégrammes diplomatiques sur les relations extérieures des Etats-Unis avec les pays d’Afrique du Nord entre 1977 et 1980. Il s’agit d’une partie de documents portant sur la politique étrangère de l’administration Jimmy Carter

 

Selon l’OH, le document en question porte « sur les stratégies de l’administration pour promouvoir la paix et la stabilité dans le Maghreb dans ses relations avec le Maroc, l’Algérie, la Libye et la Tunisie, et sur le différend régional sur le Sahara ».   

 

Ces télégrammes révèlent que Washington avait fait pression pour qu’une autonomie au Sahara soit proposée aux belligérants. Mais cette proposition avait été rejetée par Hassan II et boudée par Houari Boumedienne. De son côté, Alger cherchait à « sauver la face de l’Algérie », comme le mentionnent les télégrammes. Dès lors, les Etats-Unis, pour qui ce conflit n’était pas une grande priorité, ont décidé de rester neutres dans le traitement de ce dossier.  

A l’époque, Washington estimait que les arguments de Rabat ne tenaient pas la route et qu’il s’agissait d’une annexion par la force. La diplomatie américaine ne prenait, donc, « pas pour vérité la souveraineté historique du Maroc sur le Sahara ». Elle préconisait plutôt la recherche d’ « une forme d’autodétermination basée sur une représentation élue locale bénéficiant d’une sorte d’autonomie de nature à dépasser les arguments juridiques absurdes avancés de part et d’autre ». De son côté, Hassan II exigeait que « rien ne soit décidé».

 

En 1978, Washington faisait une analogie avec le protectorat français au Maroc mais ne donnait aucun plan de partition impliquant son absorption par l’une ou l’autre des nations riveraines.

 

Par ailleurs, l’ambassadeur américain, Parker, écrivait en juin 1979 : « Hassan II ne peut pas abandonner le Sahara. Ce serait sa fin s’il le fait, et nous suivrons le chemin d’Abdelaziz dont l’empire a été divisé par les Français et les Espagnols » et de poursuivre « en bref si nous voulons vraiment appliquer ce que nous disons à propos de l’autodétermination du Sahara, et si nous avons l’intention de faire pression sur les Marocains dans cette direction, nous devrons être conscients des conséquences à venir.  Dans le cas improbable que de telles pressions réussissent, nous pourrions faire face à un désastre de notre politique étrangère avec la création d’un mini-Etat sur la côte saharienne. Si elles ne réussissent pas, nous encourons encore le ressentiment des Marocains, qui pourraient sérieusement nuire à nos intérêts ». Parker proposait alors de « se taire sur cette option ».

 

Toujours à la même année, une autre partie de ces télégrammes révélait que le conseiller du président Carter pour la sécurité nationale avait indiqué que Hassan II jouait avec l’idée de transformer la Mauritanie en Etat sahraoui souverain. Il avait même fait savoir qu’il serait désormais impossible de demander aux populations du Sahara de voter pour dire s’ils voulaient être associés au Maroc ou s’ils préféraient leur liberté.

 

Cependant, il faut bien noter que la diplomatie américaine, sous Carter, était divisée quant à la question du Sahara. Les opinions sur le sujet étaient des plus divergentes. En effet, l’ambassadeur des Etats-Unis à Alger, à l’époque affirmait : « à cette date, les Etats-Unis ne peuvent pas se retirer de la position en faveur de l’autodétermination au Sahara. C’est notre position pour le bien ou le mal et nous sommes coincés avec elle. […] Le Maroc et le roi Hassan II ont besoin des Etats-Unis au moins autant que nous en avons besoin. Alors que le roi a souvent aligné ses politiques avec la nôtre, il a agi principalement dans son propre Intérêt, pas celui des Etats-Unis ».

 

D’un autre côté, les Etats-Unis étaient préoccupés par la situation que vivait l’Espagne à cette époque. Ils estimaient que le dossier du Sahara était une menace directe pour la stabilité du pouvoir à Madrid dans la mesure où la position officielle espagnole était en faveur de l’autodétermination pour le peuple sahraoui. L’Espagne avait reconnu le Polisario comme représentant le peuple sahraoui mais pas représentatif de l’ensemble du peuple sahraoui. Carter affirmait que le roi Hassan II devenait isolé et qu’il devait « réaliser qu’il avait besoin de l’Espagne. Il était difficile de voir comment Hassan II pouvait espérer obtenir les droits et espérer gagner en exerçant une pression contre Sebta et Melilla ».

 

Enfin, Washington avait toujours exercé une pression sur le Maroc pour empêcher l’utilisation du matériel militaire livré au Maroc dans le cadre de l’accord militaire de 1960 dans le conflit du Sahara. Ahmed Réda Guédira, alors conseiller du roi, avait répliqué que si les Etats-Unis persistaient dans son refus, le Maroc se tournerait vers des pays comme la France pour renouveler son aviation militaire.  Hassan II, également furieux, avait affirmé qu’il ne voulait pas entraîner les Etats-Unis dans « un  nouveau Vietnam », mais faisait valoir l’ « expansionnisme soviétique » qui au même moment livrait du « matériel sophistiqué au Polisario » via l’Algérie.