Rabat - La perspective de forages pétroliers au large du Sahara occidental pourrait à nouveau poser, de manière aiguë, le problème de l'exploitation des ressources naturelles dans cette ex-colonie espagnole contrôlée par le Maroc mais revendiquée par les indépendantistes du Polisario, selon des experts.

Le groupe britannique Cairn Energy vient d'annoncer avoir débuté un programme de forage dans la zone de Foum Draa, et avoir acquis une participation dans un autre projet, au large de Boujdour, plus au sud. 

 

Si le premier se trouve en territoire marocain, le second est au-delà de la limite géographique entre le royaume et le Sahara occidental, dernier territoire africain dont le statut post-colonial reste à régler. 

 

Rabat, qui contrôle la région, propose un plan d'autonomie sous sa souveraineté. Mais celui-ci est rejeté par le Polisario, qui réclame un référendum d'autodétermination avec le soutien d'Alger. 

 

Tous les efforts de médiation de l'ONU, qui y compte une mission (la Minurso), restent vains et, faute de règlement, les détracteurs du Maroc l'accuse d'exploiter à son profit les richesses du Sahara, vaste territoire d'à peine un million d'habitants. 

 

Ces accusations, démenties par Rabat, se concentrent jusque-là sur le phosphate, dont le royaume est l'un des principaux producteurs, et sur la pêche, les longues côtes sahraouies étant très poissonneuses. 

 

Mais avec l'éventualité d'une découverte de pétrole, cette controverse -ce fut encore le cas lors de la récente renégociation de l'accord de pêche Maroc/UE- pourrait prendre de la vigueur, selon des analystes. 

 

L'annonce de forages au large de Boujdour, dans le cadre d'un accord entre Cairn, l'Américain Kosmos Energy et l'Office nationale marocain des hydrocarbures et des mines (Onhym), constitue "un développement très inquiétant", déclare Erik Hagen, président de l'ONG Western Sahara Resource Watch (WSRW). 

 

"Ce que font les compagnies pétrolières va rendre encore plus compliquée la résolution du conflit. Le Maroc n'aura aucun intérêt à une solution négociée si du pétrole est découvert", dit-il. 

 

Dépourvu à ce jour d'importantes réserves en hydrocarbures, le royaume doit importer massivement pour subvenir à ses besoins énergétiques, sur fond de déficit public chronique (7,3% du PIB l'an dernier). 

 

De son côté, Kosmos Energy assure agir de manière "éthique", en conformité avec la loi internationale, et souligne que la découverte de pétrole rejaillirait positivement sur la population sahraouie. 

 

"Les transferts de l'Etat marocain vers le (Sahara) sont déjà largement supérieurs aux recettes issues de ces provinces", plaide auprès de l'AFP l'ex-ministre marocain des Finances, Nizar Baraka.

 

"VOLONTÉ DE LA POPULATION"

Intronisé l'été dernier par le roi au poste de président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), M. Baraka vient de présenter un "modèle de développement" pour la région, qui prévoit des investissements à hauteur de 13 milliards d'euros sur 10 ans, en recourant davantage au privé. 

 

Au niveau énergétique, le CESE propose lui-même de mener des projets éoliens dans la région, très venteuse. 

 

Concernant la question de la légalité internationale de tels projets, un haut responsable de l'ONU, Hans Corell, avait conclu dans les années 2000 que les démarches ne devaient pas être "entreprises au mépris des intérêts et de la volonté de la population". 

 

Reste que si du pétrole devait effectivement être "trouvé, cela entraînerait toute une série d'interrogations sur la manière de l'exploiter et de s'assurer que la population sahraouie en profite", assure un diplomate à Rabat. 

 

Pour Francesco Bastagli, ex-représentant spécial de l'ONU pour le Sahara occidental, "les compagnies pétrolières, plutôt que d'investir dès à présent, devraient faire pression sur leurs gouvernements pour qu'ils fassent un réel effort afin de régler le statut de la région". 

 

Pour l'heure, l'exploitation des ressources "se fait en dehors de la loi internationale", juge-t-il. 

 

Jon Marks, expert du Maghreb et spécialiste des questions énergétiques, juge que les dernières signatures de contrats sont un succès pour le Maroc. 

 

"Le fait que Kosmos soit parvenu à convaincre un groupe pétrolier comme Cairn de s'engager (...) montre que le business au Sahara n'est plus tellement considéré comme un produit toxique", avance-t-il.

20/11/2013