Le ton vient encore de monter d’un cran entre le Maroc et l’Algérie après le sortie fracassante de Hamid Chabat, secrétaire général du parti de l'Istiqlal, demandant à l’Algérie de restituer au Maroc Tindouf, Colomb Bechar, Hassi Baida et Elknadssa.

Ces localités marocaines formant le Sahara oriental se trouvent actuellement sous contrôle algérien. Elles ont été annexées dans les années 50 par la France coloniale à son département algérien.

 

Lorsque le Maroc a obtenu son indépendance en 1956, il a réclamé à la France de lui restituer ses terres. La France était d’accord sur le principe mais à condition que le Maroc observe une neutralité via-à-vis de la résistance algérienne, ce que le roi du Maroc Mohamed V avait refusé. En effet le Maroc servait de base de repli à cette résidence. Le Maroc avait préféré conclure un accord avec Ferhat Abbas, dirigeant du gouvernement provisoire algérien, dans la perspective de régler le problème des frontières après le départ des Français. Malheureusement après l'indépendance de l'Algérie, en 1962, Ferhat Abbas a été remplacé par Ahmed Ben Bella qui a refusé de reconnaître l’accord passé entre le Maroc et Ferhat Abbas, chose qui a provoqué l’ire du Maroc. C’est le début des relations de voisinages tumultueuses entre les deux pays qui durent jusqu’à aujourd’hui. Les tensions entre les deux pays avaient atteint leur apogée et se sont soldées par la guerre du Sable en 1963. Une guerre qui n’a rien résolu, puisque le problème reste entier et les Algériens le savent bien, puisque cette question représente pour eux une carte qu’ils jouent en sous-marin pour alimenter et perpétuer les tensions au sujet du Sahara marocain occidental.

 

Hamid Chabat ne fait en réalité que réactiver une revendication latente du Maroc. Mais la nouveauté est que Hamid Chabat est l’un des poids lourds dans le paysage politique marocain et dont la formation dispose de 4 portefeuilles clés dans la coalition gouvernementale actuelle, notamment le Ministère de l'Économie et des Finances et celui de de l'Éducation nationale. A cela s’ajoute le timing qui est tout sauf anodin. Hamid Chabat a choisi un moment où les Marocains sont très remontés contre l’Algérie suite à son super activisme diplomatique et lobbyiste pour soutenir le projet américain désormais abandonné et portant sur l’extension de la mission du MINURSO aux droits de l’homme au Sahara, et suite aux révélations de plusieurs médias au sujet du financement par l’Algérie des troubles actuels dans les villes marocaines du sud. Ils reprochent également à l’Algérie sa responsabilité d’avoir ramener le terrorisme aux portes du Maroc puisque des interférences sont désormais établies entre le Polisario et des groupes terroristes qui sévissent dans la région, au Mali notamment. A cela s’ajoute son soutien politique, financier, diplomatique et militaire indéfectible au Polisario qui revendique l’indépendance du Sahara. L’Algérie a ainsi réduit au silence les dernières voix marocaines qui prônent la main tendue envers ce pays. Il y a désormais une unanimité au sein de la société marocaine considérant l’Algérie comme un pays hostile. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la déclaration de Hamid Chabat.

 

Toujours est-il que la réponse au leader politique marocain ne s’est pas faite attendre du côté algérien. C’est Amar Belani, porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères, connu par ses diatribes envers le Maroc qui s’en est chargé. Dans un langage menaçant et peu diplomatique, Amar Belani s’en défend en disant que le Maroc et l’Algérie avaient signé le 15 juin 1972 une convention sur la tracée des frontières qui, d’après lui, avait fait l'objet d'un enregistrement auprès du secrétariat général des Nations unies. Cet accord a bel et bien existé mais ce que Amar Belani a oublié de préciser est que cette convention prévoyait la renonciation par l’Algérie à toute revendication sur le Sahara marocain occidental. Une telle contrepartie que l’Algérie n’a jamais respectée. On ignore également si cet enregistrement a réellement été effectué auprès du secrétariat général des Nations unies comme le prétendait Amar Belani. Mais cela est sans importance pour Hamid Chabat qui rétorque en disant qu’une telle convention n’a aucune valeur puisqu’elle n’a jamais été ratifiée par la parlement marocain. Ce qui lui fait dire que d’un point de vue de droit international ces territoires sont toujours marocains. Beaucoup de marocains disposent toujours d’ailleurs des titres de propriété de leurs biens situés dans les dites localités.

 

Hicham Misraoui

06/05/2013