La déclaration faite mercredi dernier par Christopher Ross, l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations-Unies, devant la presse à New York au sujet de la question du Sahara et des résultats de sa dernière tournée dans la région donne un aperçu sur le contenu du rapport qu’il a préparé ; cette déclaration dessine également les contours et les futures orientations et préoccupations qui figureront dans ce rapport, ainsi que la nouvelle approche et dynamique qui marqueront ce dossier.

 

Nous pouvons, globalement, résumer cette nouvelle approche dans les points suivants :

 

1/ Il est important de ne pas dissocier l’affaire du Sahara de la problématique présentée par la région du Sahel ; les graves questions sécuritaires engendrées par les évènements dans cette région requièrent des différentes parties du conflit qu’elles démontrent leur véritable intention d’ouvrir de vraies négociations pour parvenir à un accord politique négocié ;

 

2/ Un réchauffement des relations entre le Maroc et l’Algérie, de même que l’édification du Maghreb sont considérés comme un pas important pour avancer dans les concertations devant elles-mêmes aboutir à une solution politique ;

 

3/ La solution au conflit ne peut être envisagée en dehors des parties concernées et l’échec des sept rounds précédents nécessite une profonde réflexion sur une nouvelle méthode pour les négociations, qui serait fondé sur des visites fréquentes dans la région et un dialogue soutenu entre les différentes parties en vue de poser des bases de négociations sérieuses entre les deux protagonistes ;

 

4/ La situation dans la région est très inquiétante et une prolongation du conflit serait de nature à aggraver les conditions sécuritaires, ce qui devrait inciter la communauté internationale à agir en vue d’encourager les parties à trouver et conclure un accord concerté et négocié.

 

Sur le plan du principe, ces quatre éléments, en plus de la reconnaissance du fait que les droits de l’Homme ne figurent pas dans les attributions de Ross, sont de puissants indicateurs des progrès réalisés par le Maroc sur le plan diplomatique. Par ailleurs, le retrait marocain de sa confiance pour Christopher Ross aura contribué à ramener l’Envoyé personnel aux conditions édictées par l’ONU et aux résolutions de son Conseil de Sécurité ; et donc, la révision par le Maroc de sa position a été faite au bon timing, après l’entretien téléphonique de Ban Ki-moon avec Sa Majesté le Roi, et les déclarations de Christopher Ross, au Maroc et à New York ont été dans le même sens, de même que l’implication de l’Algérie dans le conflit et l’insistance sur l’amélioration des relations entre les deux voisins en vue de l’édification du Maghreb… autant de facteurs, donc, qui indiquent le succès de la nouvelle dynamique et du nouveau dynamisme de la diplomatie marocaine.

 

Mais en dépit de tout cela, il n’en demeure pas moins que certains craintes et appréhensions peuvent persister, qui doivent être soigneusement examinées et étudiées sur le plan politique. Ainsi, la relation établie entre la question du Sahara et les évènements qui se produisent dans la région du Sahel, même si la géographie impose et explique cette relation, sont porteurs de nombre d’interrogations et de sous-entendus, voire de non-dits. En effet, il est prévu que le cycle des négociations sera provisoirement interrompu et remplacé par des nombreuses visites de l’Envoyé spécial de l’ONU dans la région, et si on ajoute à cela la mention expresse que la situation dans la zone ne prête pas à l’optimisme, il serait légitime de s’interroger sur l’objectif réel de toute la stratégie adoptée… car il apparaît possible que la recherche à tout prix de l’accord des pays riverains pour une intervention militaire, quelle qu’en soit la forme, et l’adoption de la « nouvelle approche » et de la « nouvelle dynamique » pour réaliser le calendrier stratégique arrêté (c’est-à-dire la coopération régionale pour réussir l’intervention armée), ne se fassent sur le compte et au détriment des échéances requises pour parvenir à un accord concerté et négocié pour l’affaire du Sahara.

 

En résumé, il est nécessaire pour le Maroc d’attendre la publication du rapport détaillé de Christopher Ross, de l’étudier soigneusement, puis de suivre le déroulement des différentes évolutions diplomatiques qui se produisent dans la région, afin qu’il puisse récolter le plus possible des fruits de la construction du Maghreb et du réchauffement des relations maroco-algériennes pour concrétiser une cohésion économique… Mais dans la même temps, le Maroc doit absolument prendre garde, voire même se méfier, de toute approche stratégique qui compliquerait et sèmerait la confusion dans sa gestion diplomatique future.

 

Il s’agit donc d’une équation fort compliquée et très précise qui nécessite une réflexion profonde qui prenne d’abord et avant toute autre chose en considération l’intérêt national, et ne sortirait pas des fondements de la diplomatie nationale.

25/12/2012