Javier Bardem a déjà été épinglé pour ses contre-vérités sur le dossier du Sahara, dont il n’a que les versions de l’Algérie et du Polisario.

C’est à coup sûr d’une mauvaise foi caractérisée et du principe « deux poids, deux mesures », que la présentatrice fétiche de CNN, Christiane Amanpour a procédé jeudi dernier pour recevoir sur son plateau Javier Bardem, acteur espagnol, et Mohamed Loulichki, représentant du Maroc aux Nations unies.

L’émission qui porte son nom, « Amanpour » était consacrée au documentaire, « Sons of Clouds, the last colony » ( Les enfants des nuages, la dernière colonie ). De prime abord, on devine qu’il s’agit du Sahara, parce que depuis quelques années maintenant, l’acteur espagnol s’est fait le chantre de la « cause sahraouie », et a même réussi à y entraîner son épouse, actrice également, Pénélope Cruz… L’émission « Amanpour » lui a donc servi de plateforme pour sa propagande en faveur du polisario et, appuyé de toute évidence par l’animatrice, pour dénigrer le Maroc.

Quid de la crédibilité ?

Cette émission suscite une interrogation : quelle est son opportunité et pourquoi un vecteur télévisuel comme CNN se prête-t-il à une programmation a priori orientée ? Un reportage de télévision s’inscrit toujours dans l’esprit et la culture de l’objectivité, ne serait-ce que parce que la chaîne qui le prescrit et le programme se soucie essentiellement de défendre sa crédibilité. En revanche, un documentaire relève de la pure et plate subjectivité. La nuance entre les deux genres est de taille. Avec le « documentaire » de Javier Bardem, nous versons pleinement dans le subjectivisme, d’autant plus que l’acteur lui-même, déplacé pour la circonstance derrière la caméra, n’a jamais été au fait de la question du Sahara, dont il ignore – angélisme oblige – les tenants et aboutissants. Quand l’Espagne a négocié et rétrocédé solennellement le Sahara au Maroc, en 1975, il était âgé de cinq ans tout au plus… Il ignore sans doute que dès le mois de décembre…1965, par la fameuse Résolution du Conseil de Javier Bardem a déjà été épinglé pour ses contre-vérités sur le dossier du Sahara, dont il n’a que les versions de l’Algérie et du Polisario. sécurité 2072, les Nations unies avaient exigé de l’Espagne de négocier avec le Maroc la décolonisation du territoire saharien… Pis : il aurait pu mettre en cause son propre pays, son gouvernement qui a tenu les populations du Sahara en lisière des décennies, les abandonnant dans une condition désastreuse. Quand l’Espagne a rétrocédé le territoire du Sahara en novembre 1975 après l’accord tripartite de Madrid, lequel accord a été entériné par les Nations unies un mois plus tard, elle n’a laissé que des dizaines de dérisoires baraquements et des casernes occupées par les fameux « tercio » ( Légionnaires espagnols) …Manifestement, ni l’acteur vedette de Madrid, ni non plus la « prêtresse » de CNN ne peuvent savoir cette réalité, ni non plus qu’en fait de « peuple sahraoui», ce sont des poignées de sympathisants du polisario qui avaient quitté le territoire, emmenés entre novembre et décembre 1975 , à bord de fourgons par la sécurité algérienne dans les camps de Tindouf…Ni enfin que la quasi majorité du peuple « sahraoui » est demeurée au Sahara libéré. Faisant la courte échelle à l’acteur espagnol, l’animatrice de CNN, apparemment emportée davantage par sa dérive empathique que par l’exigence de l’éthique inhérente au métier, lui donne libre cours pour fourvoyer les téléspectateurs dans un scénario imaginaire qui ne correspond à aucune réalité politique, sociale ou humaine. C’est dire que l’effet pervers, ici, n’épargne personne parce que l’impact de CNN- et notamment ses méthodes – ne semblent faire l’objet d’aucun examen critique. On rappellera tout de même à l’une et à l’autre qu’une certaine collusion anti-marocaine a été dévoilée en son temps, dès l’année 1970, entre l’Espagne de Franco et l’Algérie de Boumediène.

Déficit de communication

L’affaire du Sahara est donc partie d’une double méprise : la complicité criminelle du franquisme et du « boumédiénisme », deux despotismes antinomiques des années quatre-vingt. Ensuite, le déficit ahurissant de communication, disons d’explication du gouvernement marocain, acculé à une certaine défensive. L’émission de CNN nous en donne le goût amer, d’autant plus qu’elle cautionne à l’œil nu la propagande mensongère, et que sa productrice use d’une technique agressive à l’égard du représentant du Maroc – confiné hélas quant à lui dans ses finasseries langagières de diplomate – mais se fait aguicheuse à l’endroit du comédien madrilène, lequel se découvre des vertus de parangon et de militant des peuples ! On veut dire par là, qu’il pourrait logiquement se faire aussi l’ardent défenseur de la cause basque ! Ou encore mieux, du Mouvement pour l’indépendance et l’autodétermination de l’Archipel Canarien (MPAIAC), que le défunt Antonio Cubillo avait crée et pour lequel il s’est battu sa vie durant jusqu’à sa mort en 2012 ! D’ailleurs, ce mouvement de libération des Iles Canaries n’était-il pas abrité à Alger ? La protection algérienne de son leader et de ses troupes n’était-elle pas utilisée comme arme de pression agitée contre l’Espagne pour l’inciter à durcir sa position dans l’affaire du Sahara ? D’où la promulgation unilatérale de Madrid en 1972, dénoncée à cette époque, d’un décret d’intégration définitive du Sahara… La réalisation du « documentaire » de Javier Bardem, tout comme l’émission de CNN qui lui sert de plateforme participent de l’habituelle campagne que mènent avec acharnement depuis des années maintenant certaines associations des droits de l’Homme en Espagne, dont quelques unes financées par le gouvernement algérien. Elles demeurent hostiles au Maroc, comme aussi un certain Establishment nostalgique du franquisme qui ne cache pas son parti pris dans cette affaire. Cependant, la question à l’inverse est que le Maroc, ne sachant que faire devant de tels agissements, désarmé dès lors qu’il est question des droits de l’Homme au Sahara, devrait revoir ou plutôt mieux organiser sa riposte face à l’inexorable montée des critiques et des remises en cause répétées de sa communication. L’opinion mondiale est faite d’abord par les peuples qui ont davantage besoin d’être convaincus que les gouvernements qui passent et se succèdent. Mais dans le cas d’espèce, elle ignore les tenants et aboutissants de l’affaire du Sahara, pourtant traitée dans le cadre des Nations unies, autrement dit dans la légalité et la clarté.

 

11/03/2013