Le conflit algéro-marocain50 ans après son indépendance, l’Algérie n’a toujours pas rétrocédé les territoires marocains qu’elle occupe. Tindouf, Colomb-Béchar, Hassi Beida, Gara Jbilat, Kenadsa, Touat… sont marocaines.

le Royaume a été amputé de la partie orientale et sud-est de ses frontières historiques par suite des conditions particulières de la décolonisation en Algérie.

Bien avant l’indépendance de ce pays, en juillet 1962, Rabat avait fait prévaloir le bien-fondé historique et juridique d’une forte correction frontalière. Si le Maroc a reconnu le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) dès le lendemain de sa proclamation, le 18 septembre 1958, il n’en a pas moins assorti cet acte d’une réserve portant sur ses revendications territoriales non encore réglées avec l’Algérie. Le 15 décembre, Sa Majesté Mohammed V saisissait officiellement Paris pour souligner que «la fin du protectorat devait avoir pour conséquence la restitution au gouvernement de Sa Majesté de tout le territoire tel qu’il était reconnu sur le plan international à la veille du traité du 30 mars 1912…»

Délimitation imposée

Le 6 juillet 1961, un accord entre le Maroc et le GPRA est finalisé sur le contentieux maroco-algérien. Le GPRA «reconnaît que le problème territorial posé par la délimitation imposée arbitrairement par la France entre les deux pays trouvera sa résolution dans des négociations entre le gouvernement du Royaume du Maroc et le gouvernement de l’Algérie indépendante». Il réaffirme également que «les accords qui pourront intervenir à la suite des négociations franco-algériennes ne sauraient être opposables au Maroc quant aux délimitations territoriales algéro-marocaines».

Mais, dès le cessez-le-feu en Algérie, scellé par les accords d’Évian en mars 1962, les incidents se multiplient: en avril (Zegdou, col d’Oussada), puis en juillet (Tindouf, Safsaf) et en septembre et octobre (Hassi Beida, Tindjoub), le long de la frontière sud. Dix mokhzanis marocains sont tués. Les FAR réagissent et c’est la “Guerre des sables” au cours de laquelle les FAR écrasent l’ANP algérienne.

Guerre des sables

Le président Ben Bella instrumentalise cette crise au nom de l’“unité nationale” alors qu’il était confronté à une grave crise interne: conflit avec Mohamed Khider, alors responsable du FLN, révolte et maquis en Kabylie sous l’étendard du FFS de Hocine Aït Ahmed, sédition du colonel Chaâbani, commandant de la VIème région Sud ensuite condamné à mort et exécuté…

La nouvelle Organisation de l’Unité Africaine (OUA) se saisit du dossier. Une conférence de médiation se tient à Bamako à les 29 et 30 octobre 1963 en présence du président malien Modibo Keita et l’empereur d’Ethiopie Hailé Sélassié. Il est décidé un cessez-le-feu et la mise sur pied d’une commission ad hoc d’arbitrage. Celle-ci tient plusieurs sessions jusqu’en janvier 1967 sans résultat. Le dossier frontalier ne sera repris qu’à l’occasion de la rencontre d’Ifrane, le 15 janvier 1969, entre Sa Majesté Hassan II et Houari Boumédiène. Suivra un autre sommet, cette fois à Tlemcen, le 27 mai 1970. Un traité est signé, articulé autour de deux points. Le premier stipule la cession par le Maroc à l’Algérie du territoire en litige et le bornage de la frontière existante. Le deuxième point concerne la création d’une société d’économie mixte maroco-algérienne pour l’exploitation de la mine de Gara-Djebilet, en territoire marocain.

Cet accord n’a pu se faire dans de telles conditions que parce que le général Oufkir, ministre de l’Intérieur, avait pris en main ce dossier, allant au-devant des demandes d’Alger. Abdelhadi Boutaleb, alors ministre des Affaires étrangères, s’y était opposé, mais sa démission a été refusée. L’accord n’a jamais été appliqué, l’Algérie s’accaparant un territoire marocain sans donner suite à la société mixte.

Ayant ainsi assis et conforté ses limites territoriales en héritant de territoires sahariens marocains légués par la colonisation, l’Algérie s’empresse de ratifier ce traité. Tel n’est pas le cas du Royaume, qui se borne, trois ans après, à le publier au Bulletin officiel. Il s’agit bien d’une “publication” et non pas d’une ratification en bonne et due forme, qui nécessite le vote du parlement, conformément aux dispositions de l’article 31 (al.2) de la Constitution en vigueur. C’est donc un geste de bonne volonté, de nature déclaratoire, sans valeur normative dans le droit des traités marocain.

Thèses séparatistes

Nous en sommes donc là aujourd’hui. Un contentieux frontalier non apuré, une implication constante de l’Algérie au Sahara marocain depuis quatre décennies, une ingérence dans les affaires intérieures du Royaume alors que même la Constitution algérienne interdit ce fait, une mobilisation constante de l’appareil diplomatique sur tous les fronts et dans toutes les instances pour soutenir les thèses séparatistes: voilà bien, entre autres, un tableau révélateur des relations entre Alger et Rabat.

Quand le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, appelle, les «frères marocains à la retenue», de tels propos prêtent à sourire. Que ne l’applique-t-il pas dans la conduite de la diplomatie de son pays!

L’état de la région est encore moins stabilisé que par le passé. Ce qui se passe en Libye, ainsi que dans l’espace sahélo-saharien, nourrit toutes les inquiétudes et fait craindre le pire. En persistant dans son “activisme” recyclant une propagande séparatiste en faveur des droits de l’Homme au Sahara, l’Algérie ne fait que démentir dans les faits ses professions de foi sur sa neutralité et son statut de pays non concerné.

Revendications antinationales

Un foyer de tension est entretenu dans les provinces sahariennes par des réseaux et des bandes financées et encadrées par le DRS du général Mohamed Médiene, dit Taoufik. Les espaces démocratiques offerts dans cette région sont utilisés pour mettre en avant des revendications antinationales qui ne sauraient être tolérées. Cette politique porte un nom: celui de la nuisance. Pour contrarier la consolidation de l’État de droit, des libertés et de la démocratie participative dont l’autonomie régionale proposée en avril 2007 au Conseil de sécurité est l’expression la plus emblématique. Mais aussi pour tenter d’amener le Maroc à composer sur la question des frontières et le pousser à ratifier le traité de 1972.

Le dossier du Sahara est entre les mains des Nations-Unies. Il avancera, d’une manière ou d’une autre, sur la base des propositions et du projet marocain reprofilés dans tel ou tel sens. Mais ce qui reste en instance, c’est bien le problème du différend frontalier.

Politique aventureuse

Aucune imposition ne pourra se faire à l’endroit du Maroc. Mais il n’est pas exclu que pour faire diversion à la profonde crise interne qu’elle connaît et aux luttes intestines de pouvoir entre les clans, l’Algérie officielle ne se risque dans une politique aventureuse –comme en octobre 1963… Les braises sont sous les cendres. Une bombe à retardement aux conséquences incalculables et imprévisibles. La junte d’Alger et ses affidés civils n’en ont peut-être pas cure: elle joue sa survie et ses intérêts. On a vu pire pour moins que cela!

A suivre

06/07/2014