La tension observée entre le Maroc et l’Algérie à l’automne 1963 atteint son point culminant le 8 octobre avec l’attaque des postes d’Hassi Beida et Tinjoub. Les combats s’engagent alors de part et d’autre de la frontière, en même temps que se déroule entre Alger et Rabat une féroce « guerre des ondes ». Devant l’extension de la lutte et l’échec des tentatives de règlement bilatéral, plusieurs offres de médiation sont faites. Les bons offices de l’empereur Haïlé Sélassié et du président Modibo Keitä, dans le cadre de l’O.U.A, aboutissent le 26 octobre à l’acceptation par les deux parties d’une rencontre à Bamako. Ce n’est toutefois que le 30 octobre qu’est signé par le président Ben Bella et S.M. le roi Hassan II l’accord de cessez-le-feu qui met fin à la phase la plus aiguë du conflit algéro-marocain.
La durée et la cordialité des entretiens du S.M. le roi Hassan II et du président Ben Bella lors de l’entrevue de Saïdia le mercredi 12 mai 1965, et surtout la nouvelle donnée par certains journaux que la question des frontières avait été abordée, ont surpris beaucoup d’esprits pourtant informés des choses algériennes et marocaines. L’impression la plus généralement rapportée du Maroc ces temps derniers était, en effet, que le conflit des frontières avait laissé dans l’esprit des Marocains des traces profondes et que l’hostilité à l’égard des dirigeants algériens, sinon du peuple algérien lui-même, était destinée à dominer longtemps la nature des rapports entre les deux pays. Sans doute était-ce méconnaître le double aspect de la fraternité arabe: d’une part l’intensité des sentiments dans la lutte, d’autre part la porte toujours ouverte à un arrangement subit pourvu qu’entre les protagonistes du conflit, chefs d’Etat ou de tribu, n’existent pas d’irrémédiables oppositions de tempérament.
Il ne semble pas, en tout cas, superflu d’insister sur l’importance du facteur psychologique car il a joué un rôle important sinon primordial dans le déclenchement du conflit à côté d’autres facteurs politique, militaire, économique. Les Européens d’Afrique du Nord ont coutume d’affirmer que les Arabes ne respectent que la force. Il est de fait que l’usage de celle-ci est souvent la conséquence d’un excès de subtilité dès lors que l’une des parties le sentiment d’avoir été Jouée par l’autre.
A l’origine du conflit est une revendication marocaine portant sur le tracé des frontières entre le Maroc et l’Algérie, dont l’existence été officiellement reconnue et admise dans une convention signée à Rabat le 6 juillet 1961 par S.M. le roi Hassan II et M. Ferhat Abbas, président du G.P.R.A.
« Le gouvernement de S.M le roi du Maroc réaffirme son soutien inconditionnel au peuple algérien dans sa lutte pour son indépendance et son unité nationales. Il proclame son appui sans réserve au Gouvernement provisoire de la République algérienne dans ses négociations avec la France, sur la base du respect de l’intégrité du territoire algérien. Le gouvernement de S.M le roi du Maroc opposera par tous les moyens toute tentative de partage ou amputation du territoire algérien.
Le Gouvernement provisoire de la République algérienne reconnaît pour sa part le problème territorial posé par la délimitation imposée arbitrairement par la France entre les deux pays, qui trouvera sa solution dans des négociations entre le gouvernement du Royaume du Maroc et le gouvernement de l’Algérie indépendante.
A cette fin les deux gouvernements décident la création d’une commission algéro-marocaine qui se réunira dans les meilleurs délais pour procéder à l’étude et à la solution de ce problème dans un esprit de fraternité et d’unité maghrébine.
Cette convention n’a été rendue publique par le gouvernement marocain que le 22 octobre 1963, mais le journal El Moudjahid du 19 juillet 196l, organe central du F.L.N, avait, dès cette époque, publié le communiqué commun algéro-marocain faisant suite aux entretiens à l’issue desquels devait être signée la convention :
Sur l’invitation de S.M. Hassan II, roi du Maroc, Son Excellence Ferhat Abbas, président du Gouvernement provisoire de la République algérienne, accompagné de MM Abdelhafid Boussouf, ministre de l’Armement et des Liaisons générales, Lakhdar Bentobbal, ministre de l’Intérieur, Hamed Yazid, ministre de l’Information, a effectué une visite officielle au Maroc du 3 au 7 juillet 1961 …
S.M Hassan II, roi du Maroc, exprime sa volonté de s’opposer par tous les moyens à toute tentative de partage ou amputation du territoire algérien …
S.M Hassan II et le président Ferhat Abbas affirment que les problèmes de délimitation territoriale entre le Maroc et l’Algérie les concernent seuls et ne peuvent être réglés qu’entre les deux Etats et en dehors de toute prétention ou ingérence étrangère.
S.E. Ferhat Abbas, président du G.P.R.A., exprime au nom du peuple algérien et de son gouvernement à S.M le Roi et au peuple marocain leur gratitude pour l’appui constant que l’Algérie a toujours trouvé auprès du Maroc.
Pour comprendre aujourd’hui la valeur des engagements pris par le Maroc, les sacrifices qu’ils représentaient pour lui et l’avantage qui en résulte pour le G.P.R.A., il faut se remémorer les circonstances dans lesquelles ils ont été contractés. En juillet 196l, quand est signée entre le roi Hassan II et le président du G.P.R.A la convention sur les engagements réciproques du Maroc et de l’Algérie, les négociations d’Evian, commencées le 20 mai 1961, achoppent sur la question du Sahara. Dans le numéro El Moudjahid du 19 juillet 1961 qui reproduit le communiqué algéro-marocain, paraît un long éditorial consacré au Sahara sous le titre significatif de « Notre Sahara » où on peut lire notamment :
« La manœuvre la plus typique du néo-colonialisme français est celle qui a trait au Sahara … Après la faillite de Algérie française il est devenu malaisé pour les gouvernants français de s’accrocher à de telles formules. Bien qu’ils utilisent encore — ainsi que cela s’est vu à la table de la Conférence d’Evian — l’expression « Sahara français », ils lui préfèrent de plus en plus des slogans tels que « Sahara mer intérieure » et « Sahara question en soi » qui, tout en ayant l’avantage de l’équivoque, ne véhiculent pas moins les mêmes intentions et les mêmes manœuvres.
La notion de « mer intérieure » répond aux besoins d’une politique destinée à déposséder le peuple algérien de son Sahara. En effet, ce slogan est essentiellement destiné à susciter les convoitises des Etats voisins de l’Algérie et à provoquer en eux une vocation de « riverains ». Il a pour but de pousser certains de ces Etats à se découvrir subitement des droits sur le territoire algérien, droits qui iraient de la redevance sur l’exploitation des richesses sahariennes jusqu’à la revendication territoriale et les rectifications subséquentes des frontières.
Le Sahara deviendrait ainsi un élément de discorde entre Africains, une réalité faite non pas pour rassembler et unir, mais pour dissocier et désintégrer, une réalité qui parle des intérêts égoïstes et subalternes et qui impose le silence aux principes de la cause africaine. Le Sahara n’est pas une « res nullius », comme veulent le faire croire les dirigeants français, et les Africains ne sauraient en aucun cas leur emboîter le pas sur ce chemin. Le Sahara n’est pas un territoire vacant, un territoire dépourvu de caractère et d’identité. Il n’est pas une notion abstraite, mais une terre pétrie par la personnalité algérienne et marquée de l’empreinte indélébile de la Révolution du peuple algérien. En ce qui concerne les rectifications de frontières réclamées par certains Etats, notre position est également connue. Sans rejeter a priori ces revendications territoriales, nous estimons cependant qu’elles constituent un problème que nous ne pouvons étudier et trancher qu’après accession de l’Algérie à l’indépendance. S’adresser au gouvernement français pour demander le règlement d’un tel problème ne saurait être ni juste ni opportun. En effet une telle procédure impliquerait nécessairement une reconnaissance de la souveraineté française sur le Sahara algérien. Ce qui est contraire aux principes mêmes de la reconnaissance du G.P.R.A par ces Etats.
Ce texte visait en premier lieu le Maroc et la Tunisie. Le 27 février 196l avait eu lieu Rambouillet des entretiens entre le président Bourguiba et le général de Gaulle, au cours desquels les questions sahariennes avaient été évoquées et des revendications tunisiennes présentées. Les convoitises existaient donc. Quant au gouvernement marocain, il avait un certain mérite à faire taire en 1961 ses revendications sur le Sahara pour favoriser les thèses du F.L.N. Le 2 mars 1956, lors de la déclaration commune proclamant l’indépendance du Maroc, le gouvernement français avait confirmé sa volonté de respecter l’intégrité du territoire marocain garantie par les traités internationaux dont certains fournissaient des arguments favorables aux revendications marocaines sur les territoires sahariens. Une commission mixte franco-marocaine destinée à déterminer le tracé de la frontière méridionale avait été prévue. On avait pu croire un moment en avril 1957 — la création de l’Organisation commune des régions sahariennes 0.C.R.S. « ouverte à tous les pays frontaliers du Sahara » est du 10 janvier 1957 — que cette commission se réunirait, mais les autorités de Rabat s’étaient finalement dérobées. Il n’en existait pas moins pour le G.P.R.A un danger de négociation directe entre le gouvernement marocain et le gouvernement français. Le 22 janvier 1958 la première réunion de la Haute Commission de l’O.C.R.S. , sous la présidence du ministre du Sahara, avait eu lieu, groupant les délégués du département des Oasis, du département de la Saoura, du Soudan, du Niger, du Tchad et de la Mauritanie. La France ne souhaitait rien tant que de voir adhérer à l’O.C.R.S le plus grand nombre d’Etats indépendants en particulier le Maroc
En soutenant le G.P.R.A pour rester fidèle à son idéal de fraternité arabe et d’unité maghrébine, et en acceptant de s’en remettre au bon vouloir de l’Algérie. L’indépendance venue, sans demander de gage, le Maroc faisait donc preuve de générosité et même d’abnégation si l’on tient compte des graves inconvénients que présentait pour lui la forme insolite du territoire algérien au Sud du Dra. Celle-ci résultait de la pénétration française à partir de bases algériennes et du désir des autorités françaises de placer le maximum de territoires sous la souveraineté de la France. Les frontières administratives fixées par la France avaient permis à l’Algérie de lancer vers océan Atlantique un véritable pseudopode. Elles aboutissaient faire du Maroc un territoire encerclé par l’Algérie, avec les risques que cela comportait d’action politique ou militaire dans des régions excentriques difficiles à contrôler, parcourues par des tribus habituées de longue date à jouer sur les conflits de souveraineté entre les Etats limitrophes. Le gouvernement marocain avait conscience de ces risques. Mais il ne pouvait placer l’Algérie devant le fait accompli car les autorités militaires françaises contrôlaient la région et que tout arrangement de gré à gré avec elles devenait impossible du fait des engagements pris envers le G.P.R.A. Toutefois, en juillet 1962, les autorités marocaines avaient fait occuper le poste de Zegdou, sur l’axe principal de communication Colomb Béchar – Tindouf, et avaient annoncé l’allégeance au roi du Maroc des « tribus » de Tindouf (Tajakant… Regueibat… Harratin). Ces mesures se doublaient d’une action diplomatique puisque dès le 6 juillet, au lendemain de l’arrivée du G.P.R.A. à Alger, le Maroc avait envoyé une délégation après de M. Ben Khedda et de M. Farès, président de l’exécutif provisoire, pour leur rappeler la création de la Commission algéro-marocaine chargée de la délimitation. Cela n’avait pas empêché les troupes algériennes, le 9 octobre, d’occuper Tindouf et de chasser par la force les représentants locaux du gouvernement marocain qui refusaient de s’en aller, faisant des morts et des blessés.
Dès cette heure-là, le conflit prend un caractère aigu. Le Maroc pourtant temporise. En Algérie le pouvoir n’est pas encore assis. Des factions opposées se le disputent. Dès que la situation s’éclaircit, le gouvernement marocain tente une nouvelle démarche. Une délégation conduite par le prince Abdallah, frère du S.M. le roi se rend à Alger du 5 au 10 mars 1963, pour préparer la visite du S.M. le roi Hassan II. Celle-ci lieu le 14 mars, mais la création de la Commission de délimitation prévue est toujours pas décidée.
L’essentiel du conflit est là. A tort ou à raison, le Maroc a le sentiment que l’Algérie ne tient pas ses engagements et qu’il est joué. Il veut sa revanche et la situation ira s’aggravant jusqu’aux événements d’octobre 1963.
Pour essentiel il soit, cet aspect du conflit n’est pourtant pas le seul. Il en est deux autres qui tendent parfois l’éclipser aux yeux du grand public. L’un est dû la revendication Allal el Fassi sur de vastes territoires englobant la Mauritanie, l’autre à l’opposition idéologique entre le régime algérien et le régime marocain.
La revendication territoriale d’Allal el Fassi — C’est en 1948, deux ans après son retour du Gabon (Où il avait été envoyé en exil en 1937), qu’Allal el Fassi commence à exposer ses idées sur le « grand Maroc ». En novembre 1955 est diffusée une carte du Maroc englobant la majeure partie du Sahara. En juillet 1956, dans un article du journal marocain « El Alam », le chef du parti de l’Istiqlal prédent que le Maroc doit englober les vallées de la Saoura, de la Gourara, du Touat, du Tidikelt, la Mauritanie, la région de Taoudeni, Araouane et Tombouctou. Le gouvernement marocain hésite d’abord à faire siennes des revendications aussi excessives. Toutefois, dès le mois de novembre 1956, il désigne un « Ma el Ainin » comme délégué du Sahara à l’Assemblée consultative marocaine. Début novembre 1957 il crée une Direction des affaires sahariennes et frontalières au Ministère de l’intérieur et, enfin, le 25 février 1958, dans un discours prononcé au Mhamid, S.M. le roi Mohammed V exalte « la fidélité des tribus sahariennes » et affirme « sa volonté de poursuivre son action pour la restitution du Sahara au Maroc ».
Il semble qu’à l’origine de cette prise de position du roi il y ait à la fois des préoccupations d’ordre extérieur et intérieur. Préoccupations d’ordre extérieur : la première réunion de l’O.C.R.S est, nous l’avons vu, du 22 janvier 1958. En affirmant les droits du Maroc sur le Sahara, SM. le roi Mohammed V prend position vis-à-vis des prétentions françaises et, du même coup, des prétentions algériennes qui peuvent un jour leur succéder.
Préoccupations ordre intérieur : c’est l’époque où déjà opposent la partie conservatrice de l’Istiqlal et sa partie progressiste. Cette dernière puissante et organisée, reproche volontiers ses origines à la Royauté et le fait qu’elle appuie sur une armée composée d’unités issues de l’armée française dont certaines ont pu être opposées à l’armée de libération. La situation est donc délicate pour le Trône et l’idée de dériver le nationalisme marocain vers des objectifs propres à exalter l’orgueil national et l’œuvre passée de la monarchie chérifienne peut ne pas déplaire au S.M. le roi. Mais finalement cette revendication va gêner le gouvernement marocain plus que le servir.
Intérieurement l’opposition ne sera pas dupe, et même dans les milieux proches du Trône, les visées excessives Allal el Fassi ne seront pas prises au sérieux. La création de l’Union nationale des forces populaires consacrant la scission de l’Istiqlal est de novembre 1959. En décembre de la même année, un des leaders du nouveau parti, le Fquih El Basri, déclare à Conakry que l’U.N.F.P n’a aucune visée expansionniste, et en novembre I960, son président Ben Barka, qualifie la revendication sur le Sahara « opération de camouflage » à la Conférence de solidarité des peuples d’Afrique et d’Asie à Beyrouth.
Extérieurement, la revendication sur la Mauritanie va hypothéquer pendant de longs mois la politique marocaine, et l’excès des revendications sur le Sahara algérien nuire à la partie raisonnable de cette revendication. La loi cadre du 23 juillet 1957 a fait de la Mauritanie un territoire d’outre-mer. La Constitution du 5 octobre 1958 lui a permis de se proclamer République islamique de Mauritanie le 28 novembre de la même année, et d’accéder à l’indépendance deux ans plus tard. Un long match, marqué par l’action de transfuges mauritaniens, opposera le Maroc à la Mauritanie nouvelle. Mais l’habileté consommée du président mauritanien, Moktar Ould Daddah, opposée à la fougue du tempérament marocain, fera la Mauritanie gagnante. Sa reconnaissance par un grand nombre d’Etats et son entrée à l’Organisation des Nations Unies consolideront la jeune République et le Maroc sera finalement obligé de s’asseoir à la même table qu’elle, le 25 mai 1963, lors de la première Conférence de l’unité africaine à Addis-Abeba.
Le Maroc a perdu. La Mauritanie s’appuie sur l’Algérie, alors que tant intérêts et de souvenirs communs la lient au Maroc, parce que la présence de troupes algériennes au Sud du Dra l’isole du Maroc et atténue le danger d’une action brusquée sur son territoire. La revendication saharienne d’Allal el Fassi semble aujourd’hui mise en sourdine mais on ne saurait dire exactement quelle est la nature et l’étendue de la revendication marocaine, même concernant Tindouf.
L’aspect idéologique du conflit.
L’aspect idéologique du conflit est né de l’appui que les révolutionnaires algériens ont paru donner aux opposants marocains ou que ceux-ci sont allés chercher auprès d’eux. Par les articles de presse et les déclarations d’hommes politiques algériens, le Maroc pu pensé que la révolution qui se produisait en Algérie ne s’arrêterait pas aux frontières. La Royauté s’est sentie menacée. En mars 1963 le colonel Boumedienne a déclaré dans une interview au journal égyptien Al Ahram que la révolution algérienne ne saurait se limiter aux frontières de l’Algérie. Le 2 mai, Alger a demandé l’ajournement de la Conférence du groupe de Casablanca (Ghana, Guinée, R.A.U,. Maroc, Algérie) et le 3 mai le président Nasser a décliné une invitation du S.M. le roi du Maroc alors il se rendait à Alger les 6 , 7 et 8 mai. Les incidents dès lors se sont multipliés. En juillet c’est le complot de Rabat et l’arrestation du Fquih El Basri, en août l’interdiction aux ressortissants marocains de pénétrer sur le territoire de Béchar, en septembre une série d’incidents de frontières et le déchaînement de la presse algérienne contre la monarchie marocaine. Le point culminant de la crise, en octobre 1963 coïncide avec le premier soulèvement kabyle. Les Algériens accusent le gouvernement marocain de profiter de la situation intérieure de l’Algérie pour l’attaquer aux frontières. Certains journaux vont jusqu’à faire état d’un contact pris par M. Beikacem Krim à Tanger avec S.M. le roi Hassan II le Ier octobre 1963. Les discours officiels sont violents. Les contacts pourtant ne sont jamais interrompus et, grâce la médiation fortuite de l’empereur Haïlé Sélassié en voyage en Afrique du Nord, les combats cessent.
Le conflit né de la revendication d’Allal el Fassi, et le conflit dû à l’opposition des régimes, ont, l’un et l’autre, perdu de leur importance. Le conflit frontalier demeure : il reste important et difficile à régler.
II est important parce que la revendication marocaine réduite à l’essentiel correspond à un intérêt sinon vital du moins primordial. Le problème réside presque exclusivement dans le tracé de la frontière Sud du Maroc à partir du point intersection du méridien 11° avec le parallèle 27°40, la frontière orientale de l’Algérie, car, pour celle-ci, il existe ou des textes ou des usages qui peuvent fournir des bases solides : le traité de Lalla Marnia du 18 mars 1845 ne fixe la frontière que jusqu’au Teniet Sassi, mais au Sud du Teniet Sassi il répartit les tribus et les ksour et finalement, par l’usage et les postes de douane, la frontière se trouve fixée jusqu’à Figuig. L’accord du 20 juillet 1901 ou Protocole de Paris sur l’application du traité de 1845 entre la France et le Maroc, et l’accord d’Alger du 20 avril 1902 pour assurer l’exécution dudit protocole manquent certes de précision en ce qui concerne les frontières au Sud de Figuig, mais ont été, eux aussi, complétés par des mesures administratives intervenues entre A.O.F et l’Algérie, aboutissant la création d’une ligne de douanes approuvée par décision du président du Conseil du 16 août 1911 et par dahir marocain du août 1928.

02/08/2014