Samuel Kaplan, ambassadeur américain à Rabat, en fin de mission ces jours-ci, finit mal son mandat. Alors que son discours officiel depuis près de quatre ans se félicitait à l'envi de la qualité des relations entre les deux pays, voilà que la présente conjoncture apporte un démenti à cet optimisme de principe.

De quoi s'agit-il? Une réunion de haut niveau, sur instructions de S.M. Mohammed VI, tenue lundi 15 avril 2013, à laquelle ont participé des conseillers du Souverain (Omar Azziman, Abdeltif Menouni et Omar Kabbaj), le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, plusieurs ministres -dont celui de l'Intérieur, Mohand Laenser et une bonne trentaine de chefs de parti de l'ensemble du champ politique.

Fuite organisée :

A l'ordre du jour: l'état du dossier du Sahara. Plus précisément, il a été fait référence «aux derniers développements concernant la question nationale au sein des Nations Unies, et plus particulièrement certaines initiatives tendant à dénaturer le mandat de la Minurso». Le communiqué officiel ajoute qu'il vise «la partialité de ce type de démarche unilatérale et sans consultation préalable, en termes de contenu, de contexte et de procédé qui ne peuvent susciter qu'incompréhension et rejet».

Cette ferme mise au point du Maroc exprime aussi sa préoccupation relative à un projet de résolution américain à l'ordre du jour à propos de la mise sur pied d'un mécanisme de suivi des droits de l'Homme devant être adjoint à la mission de la Minurso. Ce texte a été soumis par Washington au "Groupe des amis du Sahara occidental", constitué de manière informelle depuis 2008, par quatre pays membres permanents du Conseil de sécurité (USA, Royaume-Uni, France et Russie) et l'Espagne. Il appelle à un «référendum au Sahara occidental et aux camps de réfugiés».

Comment en est-on arrivé là? Depuis plusieurs années, c'est le Centre Robert F. Kennedy, présidé par Kerry Kennedy Ia fille de l'ancien ministre de la Justice, frère du président Ken­nedy- qui se distingue par une forte mobilisation dans ce sens. Elle voit là le couronnement de ses efforts et de ceux des lob­bies qui la soutiennent depuis des lustres. Et c'est le commu­niqué du 13 avril 2013 de cette institution qui a pratiquement rendu public le projet de résolu­tion préparé par le Département d'État. Une fuite évidemment organisée, destinée à préparer le terrain à l'avancement de cette initiative. Elle fait état, au passage, d'un «tournant» qui «renverse des décennies de silence de la part de la commu­nauté internationale sur cette crise des droits de l'Homme».

Véritable brûlot

Elle relève aussi que la Minurso est «l'unique mission de main­tien de la paix des Nations Unies qui a été mise en place sans qu'elle soit dotée d'un mandat lui permettant d'enquêter et d'établir des rapports sur les vio­lations des droits de l'Homme perpétrées durant ces dernières décennies». EIle lance même.un  véritable brûlot contre le Maroc à  propos du «peuple sahraoui (qui) souffre de la torture, de la détention arbitraire, de dispa­ritions forcées et d'autres vio­lations des droits de l'Homme perpétrées par le gouvernement marocain». En somme, les pro­vinces sahariennes seraient un immense goulag... • ••

 

••• Kerry Kennedy a séjourné dans les provinces du sud, du­rant trois jours, du 25 au 27 août 2012. Elle a rencontré des représentants du CNDH, ceux de la société civile aussi, et tous ceux qu'elle a jugé utile de voir. Elle a bénéficié du domicile de Aminatou Haïdar pour recevoir évidemment des éléments sépa­ratistes bien ciblés.

Elle n'a séjourné que quelques heures dans les camps de Tin­douf, se limitant à des contacts bien identifiés. Mais elle s'est empressée, dès la fin de cette tournée, de publier un rapport préliminaire dénonçant des vio­lations des droits de l'Homme ainsi qu'un quadrillage policier dans les provinces du Sud. Dans les jours qui ont suivi, voilà qu'un autre élément du puzzle se met en place avec le rapport de Juan E. Mendez, rapporteur spécial du Comité des Nations Unies contre la torture, rendu public le 14 septembre 2012. Il dresse, lui aussi, un sombre tableau de la situation en pré­sentant comme une politique systématique de répression des cas isolés d'atteinte à l'intégrité physique et à la dignité de per­sonnes pouvant être qualifiés de tortures.

Informations ou allégations?

Le Maroc a criminalisé dans la nouvelle Constitution la torture (art.22). Il a répondu, à la fin no­vembre 2012, dans un rapport au Comité précité, aux questions posées tout en relevant que les informations mises en avant , étaient des allégations.

Nouveau cadre d'agitation

 

Toute une construction était ainsi en marche, bloc par bloc, pour conduire au projet actuel initié et parrainé par les États­Unis. Mais ce nouveau cadre d'agitation avait été balisé plu­sieurs années auparavant avec les menées et les provocations récurrentes des éléments sépa­ratistes dans les provinces mé­ridionales. Suivant un agenda choisi lié à des rencontres inter­nationales, d'instances onusien­nes ou autres, tout était fait par des réseaux et leurs relais aux Iles Canaries, en Espagne, en Algérie et ailleurs pour montrer l'aspect "répressif" de ce qui est qualifié d'occupation maro­caine.

L'affaire Aminatou Haïdar, en décembre 2008, a été un temps fort de cette instrumen­talisation. Elle a été suivie par les événements de Gdeim Izik, près de Laâyoune, en novembre 2010, pourtant soldés par treize victimes, dont onze n'étaient autres que des éléments des for­ces de sécurité, Où était la vio­lence? Qui a agressé et attenté à qui? Qui menace les droits de l'Homme de qui?

Tout cela est passé pratique­ment par pertes et profits. Et c'est pourquoi l'on ne peut que s'insurger contre la prise de / position américaine ac- ••• 

 

Par MUSTAPHA SEHIMI

19/04/2013

Commentaires (1)

  • anon
    Said (non vérifié)

    Que des mensonges et des délires propagés par cette fondation..Premièrement impossible d’obtenir, dans 3 jours, des informations suffisantes, claires et nettes des centaines sahraouis au sud du Maroc et à Tindouf. Deuxièmes, mêmes si ces informations sont vraies elles sont obsolètes. Troisièmes, cette fondation n’a même pas osé parler de grande prison qui est Tindouf et de ce qui se passe actuellement labà. Quatrièmes, le Sahara était Marocain et restera Marocain.
    Taper dans Google, l’histoire du Sahara occidental par Bernard Lougan et écouter la vidéo pour plus d’information.

    fév 06, 2014