La première visite d’État de François Hollande au Maroc, les 3 et 4 avril 2013, s’inscrit sous un ciel dégagé où les deux mots clés sont continuité et raffermissement (voir pages 6 et 7). Les observateurs, toutes orientations confondues, sont unanimes sur cet a priori bien fondé. Au plan politique, deux sujets prédominent: le Sahara et le Mali. Sur la question du Sahara marocain, la position française est constante. Elle a été réaffirmée dans un communiqué de l’Élysée, publié le 1er avril 2013, où l’on peut lire notamment: «La France soutient la proposition par le Maroc du plan d’autonomie de 2007, que la France considère comme une base de négociation à la fois sérieuse et crédible». Ce sont là des termes minutieusement choisis, repris de façon solennelle par le président français dans son discours devant le parlement marocain, jeudi 4 avril 2013, pour exprimer la position française confortant l’offre marocaine d’une sortie honorable de ce conflit factice créé et entretenu par l’Algérie, tout en préservant l’intégrité territoriale du Royaume. Cette attitude de Paris est ni plus ni moins qu’un lâchage par François Hollande des séparatistes du Polisario. Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a lui aussi, fait des déclarations dans le même sens, en saluant mardi 2 avril, «les progrès enregistrés par le Maroc en matière des droits de l’Homme dans les provinces du Sud». Il a souhaité que «des mesures comparables soient mises en oeuvre dans les camps de Tindouf administrés par le Polisario dans le sud-ouest de l’Algérie».

Cette concordance de vue renouvelée, entre la France et le Maroc, tombe à point nommé, puisqu’elle coïncide avec la tournée, dans la région, de Christopher Ross, représentant personnel du secrétaire général de l’ONU pour la question du Sahara. Cette question a pris une dimension nouvelle avec la grave crise sécuritaire au Sahel, qui s’est cristallisée autour de la déstabilisation forcenée du Mali. Le terrorisme islamiste y mène une guerre obscurantiste et odieuse qui menace d’embraser toute la région subsahélienne, avec des risques de propagation réels en direction des pays du Maghreb et de leurs espaces sahariens. Le danger s’est transporté au cœur même des pays de la rive nord de la Méditerranée. La France a pris sur elle de crever cet abcès malien de haute dangerosité. Dès le début, le Maroc a apporté tout son appui à l’intervention militaire française. Contrairement à l’attitude ambiguë, sinon franchement hostile d’Alger, ostensiblement relayée par la presse algérienne, qui n’hésite pas à parler d’équipée coloniale. Les observateurs avertis savent pertinemment que l’Algérie veut régenter et satelliser toute la bande sahélienne, du Niger à la Mauritanie, en passant par le Mali, et en terminant par le Sahara marocain. Au cœur de cette mégalomanie impériale d’un autre temps, l’uranium nigérien et le pétrole malien et une ouverture sur l’Atlantique à travers la Mauritanie et le Sahara marocain. François Hollande, tout comme ses prédécesseurs, a pris acte de ce différentiel monumental entre les positions de l’Algérie et du Maroc vis-à-vis de la situation du Sahel et du Maghreb. Tout indique qu’il en a tiré les conclusions les plus objectives et les plus appropriées.

Le primat économique, plus que jamais prédominant, a repris des couleurs à l’occasion de cette visite. Il s’agit de “faire en sorte que tout continue d’aller bien et que l’on s’en donne les moyens”. En somme, réinventer un partenariat sous le vocable nouveau de “colocalisation”, c’est-à-dire, un équilibre gagnant-gagnant et un partage créateur d’emplois dans les deux pays. Un concept qui mettra la coopération franco-marocaine en phase avec les réalités d’un monde nouveau .

Par Mohamed Selhami

 

05/04/2013