Après plus de deux semaines de procès, le verdict dans le procès de l’affaire Gdim Izik a été rendu dans la nuit de samedi à dimanche par les juges du Tribunal militaire permanent de Rabat.

« Procès politique», « Procès équitable», «Lourdes condamnations», «Ils échappent à la mort»… Le verdict dans le procès de Gdim Izik a été largement, mais surtout différemment commenté par la presse internationale.

«Des Sahraouis lourdement condamnés au Maroc, un procès politique ?». C’est par ce « point d’interrogation » qu’Anne Bernas, journaliste à RFI a choisi de titrer un article, paru au lendemain de l’annonce du verdict du procès de Gdim Izik, dans la nuit du samedi à dimanche 17 février. Il faut dire que le procès des 24 Saharaouis, poursuivis dans cette affaire devant le Tribunal militaire permanent à Rabat, a été suivi de près par les médias internationaux et les observateurs, depuis son ouverture lke 1er févier. Commentant la première journée, l’agence AFP est revenue sur les manifestations rivales qui ont eu lieu ce vendredi 1er févier devant le tribunal : «Sous forte présence policière, des manifestations rivales -regroupant au total une centaine de personnes-ont été organisées à l’ouverture du procès, qui avait été reporté sine die en octobre et auquel assistent des observateurs internationaux. Il n’y a pas eu d’incident», rapportait le photographe de l’AFP. «Face aux militants sahraouis, qui dénoncent le jugement devant une cour militaire et des «actes de torture» contre les accusés, les familles des membres des forces de l’ordre tués ont invoqué «l’exigence de justice»», écrit l’AFP.

Le « pourtant » d’El Pais et Reuteurs

El Pais, connu pour ces «dérives» journalistiques répétées, notamment lorsqu’il s’agit d’un article sur le Maroc et le dossier du Sahara, n’a pas hésité à écrire que «la justice marocaine a scrupuleusement respecté la forme, mais a été très sévère avec les 24 Sahraouis accusés du meurtre de onze membres des forces de sécurité lors du démantèlement du camp de Gdim Izik le 8 novembre 2010».  Bernas de RFI ajoute, pour sa part, que «les 24 Sahraouis ont échappé à la peine de mort, peine encourue pour les faits qui leur sont reprochés, « constitution de bandes criminelles, violences sur des forces de l’ordre ayant entraîné la mort avec préméditation et mutilation de cadavres »». La journaliste du média public français écrit également que vendredi 15 février, alors que la défense plaidait l’acquittement, estimant que le procès était « sans fondement juridique », le parquet général requérait « des peines à la mesure de la gravité des faits »». La radio publie aussi sur son site enregistrement audio de Mohamed Boukhaleb, un des avocats de la défense, pour qui «les juges se sont basés sur des PV pré-fabriqués par la police judiciaire».  Zéphyrin Kouadio, de l’agence Reuters, a pour sa part estimé qu’il aura fallu « attendre bien plus que le temps prévu pour que le procès se tienne », avant de rebondir sur la possibilité d’un « procès politique en écrivant :  » Depuis deux semaines, les militants pro-Sahraouis manifestaient dans le royaume, aux côtés d’ONG de défense des droits de l’homme, pour dénoncer le recours à la justice militaire. Ils accusaient aussi les autorités d’être responsables d’actes de torture contre les accusés. Aujourd’hui, ils dénoncent un procès politique. Selon eux, ces Sahraouis sont emprisonnés parce qu’ils sont des opposants au Makhzen, favorables à l’indépendance du Sahara occidental « .  Sauf que le journaliste, dans un souci « d’équilibre dans le traitement de l’information », ajoute : « Pourtant, le Conseil national des droits de l’homme, organe officiel marocain, a noté dans un rapport, avant même l’annonce du verdict, le « bon déroulement » du procès, « marqué par le respect des procédures », et qui « s’est déroulé de manière plutôt satisfaisante sur le plan formel » ». Comme pour El Pais, Kouadio écrit que  » sur la forme en effet, le procès s’est déroulé de manière équitable : les accusés ont eu le droit à la parole, leurs avocats ont pu plaider l’innocence, plusieurs dizaines d’observateurs internationaux étaient présents aux audiences. Sur le fond en revanche, de nombreuses interrogations planent sur cette affaire.  BBC Afrique, plus « stoïque » a relayé l’information sur le verdict avec une froideur très brirish, écrivant :  » Des sahraouis jugés par la cour militaire de Rabat ont été condamnés dans la nuit de samedi à dimanche à des peines allant de deux ans à la réclusion à perpétuité pour meurtres de membres des forces de l’ordre lors du démantèlement d’un camp de déplacés à Gdim Izik, fin 2010 « .

Témoignage …

Me France Weyl, avocate à Paris et membre de l’Association internationale des juristes démocrates.

« En premier lieu il faut saluer la présence d’un très grand nombre d’observateurs et celle constante des militants saharaouis, des familles des prisonniers, restant devant le tribunal, des familles des victimes, ainsi qu’une présence massive des forces de police de toutes sortes, dont une grande partie en civil occupant les bancs du public. Lors de la première journée (vendredi 8), les débats qui ont duré toute la journée jusque 22h30, ont porté (notamment, ndlr) sur l’incompétence de la juridiction militaire : l’argumentation de la défense tient principalement au fait que la constitution marocaine en annonce la suppression, qu’elle reconnait la primauté du droit international sur le droit interne, et que par voie de conséquence elle doit appliquer les règles du droit international, et à l’absence d’indépendance des magistrats qui sont militaires comme les victimes. Le procureur a répondu que n’était encore intervenue aucune loi actant de la suppression du Tribunal Militaire, que le tribunal militaire n’était pas une juridiction d’exception, mais une juridiction spécialisée, et que la loi marocaine devait s’appliquer en l’état où elle existe. La Cour a décidé de rejeter la requête de la défense et de se reconnaître compétente au regard de la loi marocaine actuelle…».

19/02/2013