Encouragé, lors de son avènement, par un ensemble de facteurs géostratégiques procédant des convoitises de certaines puissances étrangères, le Polisario a réussi, durant plus de trois décennies, à abuser la Communauté internationale quant à la légitimité de ses thèses.

Or, en dépit de l'éventail des manœuvres dolosives dont il a usé pour conférer une légitimité à ses velléités séparatistes, le Polisario comportait en son sein les germes de son propre déclin.

En effet, la représentativité fallacieuse dont il s'est toujours targué, au moyen de pratiques répressives inhumaines, a fini par constituer un revirement de situation annonçant ainsi l'imminence de son effritement.

La manifestation de la scission de son noyau dur consiste en la naissance de la faction dissidente « Khat Achahid ».

Cette faction a constitué un coup fatal pour le Polisario, et ce en adoptant une politique réformiste par rapport à celle de la Direction de ce groupe séparatiste. Elle lui a non seulement ôté toute légitimité en démontrant qu'il ne représente aucunement les populations sahraouies, mais elle a aussi prouvé que la situation de statu quo concernant la question du Sahara était sciemment maintenue par un clan auquel profitait cette impasse.

Khat Achahid a démontré sa volonté de mettre un terme à la crise en annonçant sa disposition à préconiser la négociation autour du projet d'autonomie élargie présenté par le Maroc.

Dans ce sens, et en vue de démontrer l'illégitimité et la non représentativité du Polisario, un retour sur les circonstances qui ont favorisé l'émergence de ce groupe séparatiste s'impose. Par la suite, une présentation, bien que sommaire, de ses diverses dérives, permettra d'expliquer l'émergence d'une vive contestation au sein de la population séquestrée dans les camps de Tindouf.

L'implosion de cette organisation séparatiste était prévisible, et les symptômes latents de sa désagrégation sont désormais plus que manifestes.

I.  Le contexte de la naissance du Polisario

La naissance du Polisario a été favorisée par la conjugaison d'un ensemble de circonstances tant sur le plan national que sur le plan régional et international.

En effet, lors de sa création en 1973, le Front Polisario avait pour vocation initiale la lutte pour la libération du Sahara marocain du joug du colonialisme espagnol. Toutefois,  profitant de la situation de confusion générée par la décolonisation séquentielle du sud marocain par l'occupant espagnol, ce groupe s'est transformé -sous l'influence de certaines puissances opposées au parachèvement de l'intégrité territoriale du Royaume- en mouvement séparatiste. Ce dernier revêtait une importance majeure dans le plan algéro-espagnol, du fait que l'intérêt des deux alliés était d'empêcher le Maroc de recouvrer ses terres sahariennes. L'Espagne, par sa vision spécifique a dompté le Polisario comme seul instrument pour former un système séparatiste dans la région servant ses intérêts économiques et militaires. L'Algérie parie, de son côté, sur le front pour instaurer un système séparatiste sous sa tutelle qui garantit ses intérêts stratégiques et économiques, incarnation de ses aspirations hégémoniques.

Par ailleurs, concernant le contexte international, la naissance du Polisario a coïncidé avec l'apogée de l'affrontement Est-Ouest, qui caractérisait le paysage géopolitique mondial suite à l'avènement de la guerre froide. Cette période lui avait permis de bénéficier d'un soutien substantiel de la part des partisans du courant communiste. Ces derniers concevaient ce mouvement séparatiste comme vecteur d'instabilité dans la région, dans le but de contrer le bloc occidental.

Comme héritage de la période de la guerre froide, le Polisario a conservé un mode opératoire rigide et autocratique profondément imprégné de la doctrine stalinienne.

Ainsi, le mouvement souffre d'une carence en institutions démocratiques élues, à l'exception d'un « parlement sahraoui », plus virtuel que réel. En outre, les pratiques criminelles de ses dirigeants (violations des droits de l'Homme, détournement des aides humanitaires et implications dans des trafics illicites de grande envergure), ôtent à ce groupe séparatiste toute légitimité au regard des règles de droit international.

II. Illégitimité et non représentativité du Polisario

Le Polisario est une organisation hiérarchisée de type stalinien qui entraîne le monopole de la prise de décision par un noyau. Dans ce cadre, toute initiative venant de la base est étouffée ; bien plus, elle n'est pas tolérée sous peine d'être qualifiée de complot. En cas de contestations, les sanctions sont très sévères, comme l'illustrent les quatre vagues de 1974, 1977, 1982 et 1988 contre certaines tribus, qui ont fait de nombreux morts et beaucoup de torturés parmi les séquestrés.

Signalons également que pour rester fidèle aux préceptes staliniens, interdiction est faite à tout membre du Polisario de quitter les camps de séquestrés avec toute sa famille. Pour mieux s'en assurer, et sous couvert de scolarisation, les enfants des réfugiés sont «exportés» principalement vers Cuba, sans même l'avis de leurs parents et ce, malgré leur très jeune âge (parfois 7 ans).

Par ailleurs, une différence de traitement est de mise entre les séquestrés ainsi qu'un système de clientélisme visant à maintenir une forte dépendance avec le noyau.

Une infime minorité, proche de la Direction du Polisario, dispose de toutes les commodités pour mener une vie agréable alors que l'écrasante majorité vit dans des conditions de précarité extrême.

Ce système permet aux responsables du Polisario de contrôler de très près les séquestrés de Tindouf.

Quant aux contestataires, ils en sont exclus. Leur désaffection est aggravée lorsqu'il s'agit de la question des aides. En effet, outre les aides émanant de certains Etats dont l'Algérie, le Polisario trouve également ses ressources dans les aides humanitaires octroyées par les ONG et les Organisations Internationales.

La Direction du Polisario effectue des détournements de grande envergure des aides précitées, ce qui participe au financement des activités du Front et à l'enrichissement de ses dirigeants.

Ce qui implique qu'elle ne peut, pour «survivre», qu'adopter des postures autocratiques préemptives afin d'annihiler toute tentative de contestation susceptible de porter atteinte à ses devantures légitimistes.

Au vu de ces considération, il est évident que le Polisario est une organisation qui ne défend qu'elle même et le Gouvernement algérien ; par conséquent, elle ne jouit d'aucune représentativité. De ce fait, il était inévitable que l'illégitimité de ce mouvement finisse par conduire à une implosion de son noyau dur, notamment par l'émergence d'une dissidence contestant les pratiques illicites des membre de sa Direction.

III.      Scission du Polisario et naissance de Khat Achahid

Malgré la répression de toute tentative de dénonciation du caractère dictatorial et autocratique de la Direction du Polisario, les populations sahraouies séquestrées dans les camps de Tindouf, ont fini par faire entendre leur voix. Ainsi, est née en 2004, une fraction dissidente du Front Polisario, dénommée « Le Polisario Khat Achahid » (Polisario ligne du Martyr). Cette faction a été fondée à l'initiative d'une quinzaine de personnes basées en Espagne, parmi lesquelles figure Mahjoub SALEK, également membre fondateur du Polisario.

Depuis sa création, Khat Achahid exige «la démission collective de la direction actuelle» du Polisario et dénonce «la mauvaise gestion administrative et la propagation de la corruption, du clientélisme et du tribalisme». Par ailleurs, cette faction semble bénéficier d'une représentativité effective des populations des camps de Tindouf, chose qui a toujours fait défaut au Polisario. Cette représentativité se manifeste, notamment, par l'adhésion à cette faction de la majorité des sahraouis révoltés par « l'impuissance et l'égoïsme » de la Direction polisarienne.

Sur un autre registre, Khat Achahid affiche une attitude totalement opposée à la position traditionnelle du Polisario, qui bloque toute démarche pouvant mener vers une sortie de la crise du conflit Saharien. En effet, cette faction dissidente, en vue de mettre un terme aux souffrances des milliers de sahraouis vivant dans des conditions d'extrême précarité -dans les camps de Tindouf- prône la négociation pour la résolution de la question du Sahara.

Par ailleurs, avec la pression constante exercée par Khat Achahid et l'affaiblissement de la capacité de négociation du Polisario, ce dernier présente tous les symptômes de la décomposition de sa structure et l'effritement de sa base.

En somme, le Polisario sera indubitablement condamné à disparaître de la scène politique, ce qui signifie que les perspectives de sortie de l'état de statu quo ne manqueront pas de se profiler, notamment avec les récents développement que connaît la question du Sahara.

A cet effet, il importe de rappeler que Khat Achahid a annoncé, dans le cadre d'une conférence de presse tenue le 08 août 2007 à Madrid, son intention de négocier avec le Royaume du Maroc un statut d'autonomie pour le Sahara.

Cela constitue une preuve indéniable de la déchéance du Polisario, qui ne peut prétendre, désormais, à se prononcer au nom de l'hypothétique « peuple sahraoui » qu'il avait fabriqué de toutes pièces pour conférer une légitimité à ses velléités séparatistes.

Conclusion

Dans le cadre de cet effritement du Polisario participant d'un déterminisme géopolitique, il y a lieu de mettre l'accent sur l'appel du souverain marocain, qui, lors du discours du trône en date du 30 juillet 2007,a rappelé que « l'autonomie convenue de façon consensuelle ne peut être envisagée que dans le cadre de la souveraineté du Royaume du Maroc, pleine, pérenne, inaliénable et ne souffrant aucun marchandage, et ce, dans le respect de son unité nationale intangible et de son intégrité territoriale une et indivisible. » Et de ce fait, et après avoir situé l'Initiative marocaine dans « un type moderne d'autodétermination, parfaitement conforme, tant sur le fond que sur la forme, à la légalité internationale authentique et non pervertie», le monarque a indiqué qu' « en tout état de cause, et si longues et laborieuses que puissent être les négociations, nous garderons notre main tendue en direction de toutes les vraies parties concernées par un règlement politique de ce différend artificiel, dans l'espoir de les convaincre de l'opportunité historique qu'offrent ces négociations. Notre vœu, en effet, est de faire en sorte que ces pourparlers soient une victoire pour toutes les parties, pour le droit et pour la légitimité. Nous y voyons également l'occasion de faire prévaloir l'esprit de fraternité, de bon voisinage et d'unité maghrébine. »

Au total le Maroc est disposé à négocier, mais uniquement sur l'autonomie, toute l'autonomie et rien que l'autonomie. Khat Achahid semble donc avoir compris les enjeux du différend saharien.

 

Amine Lahlou
03/10/2012