Aujourd’hui, le seul véritable soutien sur lequel le Polisario peut compter est celui de l’Algérie, qui instrumentalise les visées indépendantistes des Sahraouis pour tenter de déstabiliser son rival régional : le Maroc.

D’un point de vue politique, le Polisario a également souffert de l’enlisement du conflit qui a aggravé l’isolement et la rigidité de sa direction. Selon un rapport de l’Institut européen de recherche sur la coopération méditerranéenne et euro-arabe, « depuis la chute du mur de Berlin, les soutiens des pays amis et la motivation idéologique au sein des camps se sont affaiblis. La situation actuelle s’est fortement dégradée. Le mouvement est désormais gouverné par quelques personnes qui visent prioritairement leurs intérêts personnels dans la conclusion du conflit ». L’isolement et la sclérose de la direction du Polisario transparaissent également dans une attitude de plus en plus agressive à l’égard de toute forme de contestation de son mode de gestion et de fonctionnement. Elle a, entre autres, récemment proféré des menaces à l’encontre d’une ONG américaine mais aussi du contingent français de la MINURSO « en signe de représailles contre la France qui appuie la position du Maroc ». Ces dérives de la direction du mouvement combinées à l’échec de sa politique ont également participé à sa perte de légitimité vis-à-vis de la population. Pour Sidati El Ghallaoui, ancien diplomate de la RASD, avait déclaré que « cet exercice solitaire du pouvoir par une direction confinée dans ses villas et dont certains membres ne mettent même plus les pieds dans les camps de réfugiés, a induit une grande méfiance de la part de la population de ces camps ». Et d’ajouter : « ils n’attendent plus rien de la direction, on assiste à un véritable divorce entre le sommet et la base ». Cette désaffection se traduit également par d’importants mouvements d’exil vers la Mauritanie, qui ne se limitent pas uniquement aux militaires mais touchent la population civile et même des notables. La perte de légitimité du Polisario se traduit également par l’émergence de courants dissidents. Le mouvement Khat Achahid (la voie du martyr), créé en juillet 2004, prône en effet la négociation pour résoudre le conflit, sans toutefois exclure la lutte armée. Le groupe, dont plusieurs des dirigeants sont installés en Espagne, conteste également la légitimité de l’actuelle direction et dénonce son caractère antidémocratique. « L’actuelle direction du Front Polisario est illégitime, puisque le 12e congrès n’a pas été démocratique et

légitime. Cette direction n’a aucune légitimité pour négocier ou parler, au nom du peuple sahraoui, avec le gouvernement marocain sur notre futur », indiquait un communiqué. « Cette direction corrompue continue à sévir, sans aucun changement, ce qui confirme que Mohamed Abdelaziz méprise notre peuple et fait fi de ces appels répétés au change». En 2005, Hametti Rabani, ancien ministre de la Justice et des Cultes de la RASD, dressait un constat sans concession de l’état du mouvement : « Le Polisario est en situation d’échec. La majorité des anciens combattants l’ont quitté et se sont reconvertis dans les affaires en Mauritanie. De nombreux dirigeants historiques sont partis également. Restent pas mal de jeunes. Que peut leur dire la direction ? Quel espoir peut-elle leur donner ? Aucun, le mouvement est dans l’impasse». La perte de légitimité du Polisario se traduit également par l’émergence de courants dissidents. Le mouvement Khat Achahid (la voie du martyr), créé en juillet 2004, prône en effet la négociation pour résoudre le conflit, sans toutefois exclure la lutte armée. Le groupe, dont plusieurs des dirigeants sont installés en Espagne, conteste également la légitimité de l’actuelle direction et dénonce son caractère antidémocratique.  « L’actuelle direction du Front Polisario est illégitime, puisque le 12e congrès n’a pas été démocratique et légitime». En effet, l’évolution du contexte géopolitique et la fin de la Guerre froide avaient favorisé la substitution du marxisme par le terrorisme qui, depuis le 11 Septembre 2001, apparaît comme la nouvelle idéologie transnationale de contestation de l’ordre mondial actuel. En effet, l’universitaire français Aymeric Chauprade va plus loin en affirmant que ce basculement idéologique du mouvement a été précipité par « l’arrivée dans ses rangs d’une nouvelle génération de militants imprégnés d’intégrisme lors de son passage dans les universités algériennes ». Des indices plus probants ont émergé à l’occasion de l’attaque menée le 4 juin 2005 par le GSPC contre une caserne des forces de sécurité mauritaniennes à Lamghiti. L’opération, conduite par Mokhtar Belmokhtar, un cadre du GSPC, et à laquelle plus d’une centaine d’hommes a participé a fait au moins 15 morts et 17 blessés. Elle renforça les doutes existant à propos d’une collaboration entre des membres du Front et des groupes islamistes radicaux en raison de la participation de véhicules du Polisario à cette attaque menée par le prédécesseur de l’AQMI. De plus, selon plusieurs témoins, certains des assaillants s’exprimaient en Hassani, un dialecte parlé en Mauritanie et

au Sahara.

Hamid Chriet

06/03/2013