Le Front Polisario, en raison de son illégitimité, constitue un vecteur, à même de menacer la paix et la sécurité internationale. Il s'agit d'une illégitimité congénitale du fait qu'il n'a jamais été et ne sera jamais, un Mouvement de Libération Nationale. A ce titre, il ne réunit aucune condition lui permettant d'accéder à ce statut. Il importe donc de revenir sur la définition des mouvements de libération nationale. Ceci permettra aussi d'éviter tout amalgame entre ces mouvements et les mouvements séparatistes.

En effet, si un Mouvement de Libération Nationale peut se définir comme une organisation émanant de peuples dominés par des Etats étrangers (colonialisme ou occupation étrangère), une organisation séparatiste inscrit son action dans la perspective d'une sécession d'un Etat national préexistant (ou fédéral). Autrement dit, un mouvement de sécession n'est pas nécessairement l'émanation d'un « peuple », et encore moins d'un « peuple opprimé ».

Il en résulte que si au regard du Droit International, la lutte contre l'occupation étrangère et le colonialisme est considérée comme légitime et légale, les mouvements séparatistes, quant à eux, ne jouissent aucunement, toujours sur le plan de la légalité internationale, de cette légitimité, ni au niveau de leur « cause », ni à celui de leurs actions. En bref, le Droit International condamne les mouvements séparatistes dans la mesure où ils constituent une menace à la paix et à la sécurité internationales en portant atteinte à l'unité et à l'intégrité territoriale des Etats. Car les mouvements séparatistes déploient leur « lutte » à l'intérieur d'Etats constitués, c'est-à-dire des sujets de droit international, dont l'existence, la souveraineté et l'intégrité territoriale ne sont pas remises en cause par le droit international.

D'où l'ineptie et l'illicéité, aux niveaux, national et international, du discours du Polisario qui assimile systématiquement l'autodétermination à l'indépendance.

Sur le plan historique, le contexte dans lequel est né ce type de mouvements était celui de la vague de décolonisation, et les mouvements nés à l'époque disposaient de toute la légitimité  de leurs causes.

De ce fait, il paraît évident que la première motivation d'un mouvement de libération nationale doit être la lutte contre la colonisation ou l'occupation. Par ailleurs, les peuples au nom desquels ces mouvements agissent doivent présenter des spécificités ethniques, religieuses et socioculturelles qui les distinguent. D'autant plus qu'un élément majeur doit être pris en considération, à savoir une référence historique qui atteste de l'existence de ce peuple et qui, par là, confirme son droit à disposer d'un territoire, et partant, d'un statut politique indépendant.

Aussi, certaines organisations, à l'instar du Polisario, ambitionnent-elles, par des artifices manipulatoires, de s'identifier aux Mouvements de Libération Nationale.

Or, le Maroc n'est pas un pays colonisateur puisque le Sahara lui appartenait avant sa colonisation par l'Espagne en 1884 qui proclama à cette date et de manière unilatérale, un « protectorat sur la côte d'Afrique du cap Boujdour au cap Blanc ». En 1912, date à laquelle une partie du Maroc devient un protectorat français, le Royaume se trouve alors partagé entre la France et l'Espagne. Si l'occupation du Maroc par des forces étrangères s'est réalisée par étapes, il en est de même pour sa décolonisation qui fut séquentielle.

Ainsi, en 1956, la France rétrocède au Maroc la partie du territoire qu'elle occupe et l'Espagne lui restitue, une partie de sa zone nord. En 1958, l'Espagne rétrocède Tarfaya et Tan-Tan. En 1969, elle restitue Sidi Ifni, sans régler la question du Sahara. Alors que le Maroc continue à œuvrer pour le recouvrement de son intégrité territoriale, se crée, en 1973, à l'initiative d'Alger, le Front Polisario, une organisation indépendantiste d'extrême gauche, dont la vocation était l'indépendance pure et simple du Sahara marocain. 

Suite à la saisine par le Maroc, de l'Assemblée Générale des Nations Unies en 1974, la Cour Internationale de Justice (CIJ), est invitée à se prononcer sur certains points juridiques relatifs au Sahara avant sa colonisation par l'Espagne. Elle  rendra son avis consultatif le 16 octobre 1975 en concluant que le Sahara Occidental n'était pas un « territoire sans maître » au moment de sa colonisation par l'Espagne et reconnaît « l'existence, au moment de la colonisation espagnole, de liens juridiques d'allégeance entre le Sultan du Maroc et certaines tribus vivant sur le territoire du Sahara Occidental ». Or la Beïa ou acte d'allégeance, institution séculaire dans le système politique marocain, confère au Commandeur des Croyants une autorité temporelle et spirituelle sur l'ensemble de ses sujets vivant sur le territoire dont il doit assurer la protection. En d'autres termes, l'acte d'allégeance traduit la souveraineté du Sultan sur l'ensemble du territoire. Il en résulte que cette autorité s'exerce également sur les provinces sahariennes, dont l'appartenance historique au Royaume est avérée. D'où la légalité de la souveraineté du Royaume sur le territoire saharien.

C'est ainsi que suite à cet avis de la CIJ, le Maroc conduit le 6 novembre 1975, sous l'impulsion de Feu SA Majesté Hassan II, une « marche verte » pour la récupération de son Sahara. Ce qui s'est traduit concrètement par la récupération de Saguia El Hamra en novembre 1975 et de Oued Eddahab en 1979. En parallèle, la « RASD » fut créée en 1976. 

Il importe ainsi de rappeler que si, à un moment de l'histoire, il s'était avéré qu'il existait un « peuple sahraoui », c'est à ce dernier que le Sahara aurait été rétrocédé, et non pas au Maroc.

Ainsi, l'histoire démontre que le Sahara a toujours été sous souveraineté marocaine, et que le Polisario, soutenu dans son action par certains Etats réfractaires, n'a fait que tirer parti de la situation de confusion provoquée par la décolonisation graduelle du territoire marocain. De ce fait, en cette période de guerre froide et d'affrontement entre deux blocs, il était question d'empêcher le Maroc de finaliser sa décolonisation : le Royaume étant du bloc occidental et le Front Polisario, créé par le pouvoir algérien, est une émanation du bloc soviétique.

Le Polisario est donc une excroissance de puissances étrangères focalisées sur l'affaiblissement du royaume. Cette organisation ne jouit d'aucune légitimité, historique, territoriale et populaire.

Autrement dit, le contexte dans lequel est né le Polisario n'était pas une situation d'occupation ou de colonisation. Ce dernier a été conçu dans le cadre de l'affrontement Est-Ouest qui caractérisait le paysage géopolitique mondial suite à l'avènement de la guerre froide.

Une fois le bloc socialiste disloqué, le Polisario a été « maintenu dans ses fonctions » comme élément perturbateur pour empêcher le Maroc de mettre en oeuvre sa politique de développement structurel sur l'ensemble du territoire national.

Par ailleurs, pour le cas du Polisario, aucun des éléments constitutifs d'un mouvement de libération nationale n'est vérifié, du fait que tous les textes historiques ne font, à aucun moment, référence à un « peuple sahraoui » qui aurait vécu dans la région du Sahara. En outre, ces mêmes références historiques ont toujours affirmé que le Sahara était partie intégrante du Maroc et dépendait de sa souveraineté, notamment à travers :

  • L'existence d'un Etat central qui exerçait son pouvoir sur cette province, à travers les relations d'allégeance entre les chefs des tribus sahraouies et les Sultans du Maroc qui nommaient des responsables administratifs dans la région (caïds, pachas et walis) sous souveraineté Chérifienne.
  • La continuité des relations des tribus sahraouies avec les tribus amazighs dans les régions du nord du Maroc avec lesquelles elles avaient des prolongements profonds.

De plus, rien n'en fait l'équivalent d'un mouvement de libération nationale reconnu de par le monde. Ceci est prouvé par une multitude de facteurs dont les plus édifiants sont les suivants :

  • Le modus operandi du Polisario se base sur la guérilla qui ne bénéficie d'aucun soutien populaire, mais qui est soutenue par l'armée algérienne.
  • Le «front» Polisario tente, à travers la méthode de guérilla qu'il adopte, de provoquer la séparation des provinces sahraouies, dont la marocanité est historiquement et juridiquement prouvée (Cf. autres contributions du présent numéro). Cela explique la nature séparatiste du front Polisario; ce qui constitue une atteinte grave au principe de l'intégrité territoriale du Maroc et au principe de l'unité de son peuple. Qui plus est, la Cour Internationale de Justice, elle-même, a reconnu la marocanité du Sahara occidental. Rappelons en effet, qu'elle a reconnu «l'existence de liens juridiques d'allégeance entre le Sultan du Maroc et certaines tribus vivant sur le territoire du Sahara occidental». Or, il convient ici de mettre l'accent sur l'importance de la Beïa (acte d'allégeance) en tant que référent tirant son origine du Droit Politique Musulman. En effet, la notion de Beïa doit être appréhendée à la lumière de certaines spécificités qui, loin d'être aux antipodes des référents occidentaux, en est le complément indispensable.

Ainsi, n'ayant jamais présenté la moindre caractéristique qui pourrait l'apparenter à ce type de mouvement de libération nationale, le Polisario ne devrait, en aucun cas, être assimilé à cette catégorie de mouvement. De ce fait, il n'est autre qu'un groupe séparatiste qui cherche par tous les moyens  à s'identifier aux mouvements de libération nationale afin d'abuser la Communauté Internationale pour pouvoir accéder au statut d'Etat.

Dans le cadre de sa prétendue « cause », et pour conférer une légitimité à celle-ci, le Polisario n'hésite par à plagier  des mouvements tels que l'OLP, en adoptant le même discours voire même le même drapeau. Le but étant de générer la confusion au sein de l'opinion publique internationale.

En référence à toutes ces données, on peut dire qu'on ne peut pas considérer le front Polisario comme un mouvement de libération nationale.

Rappelons que les conditions géopolitiques ayant en effet entouré la création artificielle du Polisario par son géniteur Algérien, font que cette organisation est de nature autocratique. Ainsi, le mouvement souffre d'une carence en institutions démocratiques élues, à l'exception d'un prétendu « parlement sahraoui », plus virtuel que réel.

Par ailleurs, la Direction du Polisario se caractérise par une inculture de ses dirigeants, ce qui n'est généralement pas le cas des leaders des mouvements de libération nationale légitimement reconnus. On observera aisément l'incapacité de la Direction du Polisario à produire un discours original, autre que la phraséologie de l'OLP notamment. Le but est de créer une cause, et non d'agir parce qu'elle existe. C'est ce qu'on appelle l'ingérence indirecte.

On observe enfin, l'inexistence d'une opposition organisée et structurée comme cela est en vigueur dans de nombreux foyers crisogènes indépendantistes.

Ceci met en exergue un point important, à savoir que le Polisario n'est pas issu d'une situation de colonisation ou d'occupation, mais qu'il a cherché, à travers ses velléités séparatistes, à justifier son existence qu'il cherche à maintenir par tous les moyens, y compris par des « joint-ventures » avec des groupes terroristes tels qu'Al Qaïda qui menace désormais la stabilité de toute la région du nord de l'Afrique.

D'un autre côté, jamais un mouvement de libération nationale n'a été issu d'une rivalité entre deux pays, ce qui est le cas du Polisario. Ce dernier prétend se prononcer au nom d'un  peuple hypothétique, alors qu'en fait sa finalité est toute autre, à savoir un moyen de pression à la solde de l'Algérie qui semble ne pas s'être remise de certains différends qui l'ont opposée au Maroc à une certaine époque. Par conséquent, le Polisario a une simple valeur instrumentale, outil classique de la défunte géopolitique est-ouest.

En somme, le fait d'envisager le Polisario comme un mouvement de libération nationale constituerait une erreur aux conséquences incalculables. Cela irait à l'encontre de tous les principes fondamentaux du Droit International, à commencer par une règle de jus cogens : le respect de l'intégrité territoriale des Etats. De plus,  conférer au Polisario le statut de mouvement de libération nationale signifierait la légitimation des groupes séparatistes et terroristes, menaçant ainsi la paix et la sécurité non seulement au niveau régional, mais aussi au niveau planétaire.

En effet, le droit international considère comme légitime, la lutte d'un Mouvement de Libération Nationale en quête de son affranchissement du joug du colonialisme. Ce faisant, il est à craindre que le Polisario n'ait recours au terrorisme sous couvert d'une « lutte de libération nationale ». A ce titre, il convient de rappeler que cette organisation séparatiste porte en elle les germes d'une menace à la paix et à la sécurité internationales. En déshérence d'objectifs suite à la fin de la guerre froide, et connaissant un déficit stratégique qui va crescendo, il n'est nullement exclu qu'elle soit récupérée par « Al Qaïda » via sa tentacule locale « Al Qaïda aux pays du Maghreb ». Surtout que l'on assiste à une recrudescence des opérations terroristes d'Al Qaïda dans la région du Maghreb. Les actions meurtrières d'Alger et celles, avortées de Casablanca du mois d'avril 2007, avaient pour dessein d'être érigées en « actes fondateurs », au Maghreb, de l'organisation « Al Qaïda aux pays du Maghreb ». Le Polisario pourrait alors devenir la tête de pont dans la région et servir de base arrière sur le plan logistique et de l'entraînement. 

Tenant compte de toutes ces considérations, et pour éviter l'avènement de groupes séparatistes et d'organisations terroristes érigés en Etats, c'est-à-dire d'Etats voyous, le Maroc a consenti un effort considérable apportant ainsi une réponse positive aux attentes de la Communauté Internationale.

En effet, l'Initiative marocaine pour une autonomie élargie au Sahara, est non seulement destinée à libérer les habitants de cette région de l'emprise d'un groupe qui les maintient contre leur gré dans des conditions inhumaines, mais elle répond aussi aux exigences du nouveau contexte global tant en matière de développement qu'en matière de sécurité et de stabilité.

Désormais, il n'est plus question de s'arrêter sur les revendications séparatistes d'un groupe en quête d'identité, mais l'enjeu est bien plus important que cela; il concerne le devenir de toute une région, le Maghreb en l'occurrence, qui doit opter pour une intégration régionale à même de lui permettre de tirer parti de la mondialisation au lieu de la subir comme une fatalité.

 

Nabil Lamrani
03/10/2012