Les vingt cinq dernières années ont été caractérisées par l'émergence de nombreux groupements économiques régionaux dans les différents continents. Ces groupements constituent l'un des piliers de l'ordre économique international actuel. Ils rassemblent plus de 80% des habitants du globe, et 90% des transactions économiques et commerciales mondiales. Ainsi, les trois plus grands groupements économiques régionaux[1] représentent plus de 80% de la production mondiale. Et, moins de 20% seulement des opérations économiques ont lieu en dehors de ces trois grands groupements. Il est devenu impossible à un Etat seul, quelle que soit son importance économique, ou la diversité de ses richesses naturelles, de réaliser un développement économique réussi, sans l'adhésion positive et active à ces groupements économiques régionaux.

L'espace maghrébin constitue le meilleur espace pour la réalisation de l'intégration totale de ses composantes, eu égard à ses caractéristiques communes, qui en font un grand espace démographique, géographique, culturel et économique. A condition bien entendu, de l'existence d'une réelle volonté politique. Le Maghreb arabe a fait l'objet de différentes campagnes coloniales, qui ont tenté de le diviser à différentes époques de son histoire récente. Mais s'il a pu conserver son identité commune, son unité historique n'a pas pu résister longtemps aux projets de divisions arbitraires.

Durant le siècle dernier, la construction de l'unité maghrébine a toujours été au centre des préoccupations de la diplomatie marocaine et a accompagné les différentes étapes de l'évolution de l'histoire du Maroc contemporain. Les premières prémices de ce grand projet maghrébin se sont manifestées avec la genèse du mouvement national qui s'est caractérisé par la symbiose et le soutien mutuel qui a régné entre les peuples de la région pendant la colonisation. Soulignons également l'accueil réservé par le peuple marocain aux leaders du mouvement de libération algérien, l'aide généreuse accordée par le peuple marocain aux symboles de ce mouvement, en plus de l'hébergement des milliers de familles algériennes pendant la guerre de libération algérienne. Tout cela constitue la preuve tangible de cette symbiose maghrébine. Quant au niveau institutionnel, et pendant la même époque, les chefs du mouvement de libération des pays Maghrébins ont tenu, notamment au Maroc, en Algérie et en Tunisie, de nombreux congrès et rencontres. Ces initiatives ont été couronnées par la création du Bureau du Maghreb Arabe au Caire. Après l'indépendance du Maroc, ce dernier a fait de la construction de l'unité maghrébine une priorité,  puisqu'il a travaillé très rapidement à la préparation des conditions nécessaires à la réalisation de cet objectif notamment en liant la question des frontières avec l'Algérie, à l'acquisition par cette dernière de son indépendance. De plus, même après le recouvrement par l'Algérie de son indépendance, le gouvernement marocain a apporté à l'Etat algérien une aide substantielle à tous les niveaux, exprimant par là ses bonnes intentions, et la considérant comme un préliminaire vers l'intégration maghrébine.

Ce soutien apporté par le Maroc à l'Algérie va très vite s'estomper. En effet, les deux pays vont entrer dans un conflit direct en raison de la volonté de l'Algérie de conserver le contrôle de la région de Tindouf qui était historiquement une partie du territoire marocain, annexée au territoire algérien par les français, durant la colonisation. Le plus grand paradoxe réside dans le fait  que l'Algérie a par la suite transformé cette région en une base arrière du Polisario. Le soutien de l'Algérie au front Polisario et le parrainage de la thèse sécessionniste ont freiné la normalisation des relations maroco-algériennes, et plus encore, a constitué  un obstacle à toutes les tentatives de construction de l'Union du Maghreb Arabe.

Le Maroc a tenté, par différents moyens diplomatiques et pacifiques, de faire valoir la supériorité des intérêts maghrébins et de se rapprocher des divers pays du Maghreb, y compris ceux qui s'opposaient à son intégrité territoriale. Ces démarches ont fini par payer puisque la Libye a radicalement changé sa position relative à l'affaire du Sahara, jadis favorable aux thèses séparatistes, en cessant son aide financière à ce mouvement séparatiste et en s'opposant à la reconnaissance du pseudo «Etat Sahraoui». De plus, elle a signé avec le Maroc un Traité de l'Union arabo-africaine en 1984.

Par la suite, et  dans un contexte marqué par la volonté des pays de la région de réaliser une confédération maghrébine complémentaire, économiquement, politiquement et scientifiquement, l'Union du Maghreb Arabe (UMA) fut créée. Le Traité de sa création qui fut signé à Marrakech le 17 février 1989,  précise dans son article 15 que : «Les Etats membres s'engagent à ne permettre sur leurs territoires respectifs aucune activité ni organisation portant atteinte à la sécurité, à l'intégrité territoriale ou au système politique de l'un des Etatsmembres». Cette disposition est claire ; elle affirme la non-intervention des Etats membres dans les affaires intérieures des autres Etats et l'obligation de s'interdire d'accueillir des organisations qui peuvent mettre  en danger la sécurité et l'intégrité du territoire des autres Etats membres, ou leur régime politique. Malgré cela, l'Algérie n'a pas respecté cette obligation comme l'ont fait les autres Etats maghrébins. Elle a persévéré dans son aveuglement, en parrainant le Front Polisario militairement, financièrement et diplomatiquement.

Si l'on fait abstraction des relations maroco-algériennes, marquées par l'instabilité et l'hétérogénéité, les rapports politiques inter-maghrébins ne sont entachées par aucun problème qui retarderait la marche vers la complémentarité maghrébine. Nous pouvons même avancer que toutes les conditions requises existent, pour la construction de l'UMA, surtout  que la Libye a pu résoudre  les  nombreux différends qui l'opposaient à certaines puissances étrangères. De même, les relations mauritano-tunisiennes s'inscrivent dans la même logique de stabilité. Le seul obstacle à la réalisation du projet de complémentarité maghrébine est la persévérance de l'Algérie dans le parrainage du Front Polisario et la défense de sa thèse sécessionniste. C'est la seule déduction que l'on peut tirer du gel du projet de l'UMA depuis plus de 10 ans, sans qu'apparaissent à l'horizon des lueurs d'espoir qui puissent dissiper les problèmes entachant les relations entre le Maroc et l'Algérie.

Dire que le Front Polisario est un obstacle à l'intégration maghrébine signifie que la nature des relations entre le Maroc et l'Algérie est le réel indicateur par lequel on peut mesurer le degré d'avancement ou de retard de ladite intégration. De même, elle constitue un déterminant majeur de l'avenir de tous les projets liés à cette complémentarité, eu égard à la place du Maroc et de l'Algérie et de leur position stratégique au sein de l'espace maghrébin. C'est pour cela qu'on ne peut concevoir d'union maghrébine sans un rapprochement entre les deux pays. Il faut également les reconnaître en tant que principaux acteurs de toutes les interactions, positives ou négatives, de la région maghrébine. En conséquence, la présente étude va principalement s'intéresser aux effets négatifs de l'existence du Front Polisario sur les relations entre le Maroc et l'Algérie.

I. Le conflit maroco-algérien par polisario interposé ou l'instrumentalisation du polisario

Après l'indépendance de l'Algérie, le Maroc s'est engagé dans la construction d'une confiance mutuelle entre les deux pays, étant conscient que les relations maroco-algériennes constituent l'axe central des relations inter-maghrébines. À cet égard, Abdelhadi Boutaleb, ex-ministre marocain, a relevé qu'à ses débuts, les relations maroco-algériennes étaient prometteuses d'un avenir différent de celui qui a prévalu pendant les dernières décennies : «la lune de miel a commencé lorsque le roi Hassan II a effectué une visite d'amitié au premier gouvernement Algérien après l'indépendance (...). Le Roi Hassan II a exprimé au président Algérien ses vœux personnels et les félicitations du Maroc à l'occasion de l'indépendance de l'Algérie, estimant qu'il s'agit du prolongement de celle du Maroc, mettant toutes les potentialités du Maroc indépendant au service du renforcement de l'indépendance de l'Algérie, affirmant que le soutien du Maroc à l'Algérie indépendante sera la suite de son soutien à la question de sa libération du colonialisme français, auquel le Maroc a contribué généreusement. En guise de réponse, le président Algérien a loué l'aide matérielle et morale fournie par le Maroc à l'Algérie pour la libération de l'Algérie du joug de la colonisation. La plupart des ministres Algériens avaient trouvé l'exil au Maroc, et avaient bénéficié de son soutien inconditionnel. La ville marocaine d'Oujda était devenue, pendant les années de lutte Algérienne en particulier,  un second front pour la libération. Pendant cette visite, le Roi du Maroc a accepté la demande faite par le président Ahmed Ben Bella de reporter la remise par l'Algérie du territoire marocain s'étendant le long de ses frontières orientales avec l'Algérie, que la France avait découpé du territoire marocain et annexé à celui de l'Algérie (...). L'Algérie ne contestait pas la marocanité de cette partie du territoire, mais le président Ben Bella avait demandé au Maroc de reporter son transfert au Maroc après que l'Algérie ait fini d'établir ses structures de base. Le Roi a accepté ce report provisoire, car l'essentiel était que le président Algérien renouvelle son accord pour rendre les territoires marocains spoliés par le colonialisme français à leur propriétaire (le Maroc). Mais cette lune de miel n'a pas duré longtemps. Après le retour du Roi Hassan II au Maroc, la guerre des sables s'est déclenchée entre les deux pays, à la suite d'accrochages entre leurs armées. Les actes de cette guerre ont eu lieu sur les territoires marocains spoliés, dont la région de Tindouf, sur laquelle l'Algérie abrite, soutient, arme et finance actuellement le groupe du Polisario qui s'est rebellé contre son pays». Tel est l'essentiel de l'histoire des relations maroco-algériennes contemporaines, écrit de la main d'un marocain qui connaît les arcanes des relations entre les deux pays, à travers sa longue expérience diplomatique et le suivi de l'évolution de ces relations d'avant l'indépendance jusqu'à nos jours.

Concernant le comportement de l'Algérie à l'égard de l'affaire du Sahara marocain, une contradiction apparaît entre les déclarations épisodiques faites par les grands responsables Algériens, et leur attitude sur le plan pratique. Parmi ces contradictions, la déclaration exprimée par le président Algérien Houari Boumediene, tout au début de la crise du Sahara. En effet, il a avancé que l'Algérie n'avait aucun intérêt dans cette affaire, et a reconnu le droit du Maroc dans cette province saharienne. De même, il a affirmé que l'Algérie soutient toute solution sur laquelle se mettront d'accord les deux pays frères, le Maroc et la Mauritanie. Mais les dirigeants Algériens ont renié tous leurs engagements relatifs à la question du Sahara marocain, justifiant leur position par des interprétations étroites de certains concepts comme le principe de l'autodétermination et l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation.

Récemment, il est remarquable que l'Algérie - même après avoir dépassé sa crise économique due à la hausse excessive des prix du pétrole, ainsi que sa crise politique résultant des projets de réconciliation nationale - défend avec encore plus d'acharnement que par le passé la séparation des provinces sahariennes du Maroc. Ce que confirment les différentes déclarations faites par certains responsables Algériens de temps à autre, notamment au cours des négociations entre le Maroc et le Front Polisario. L'Algérie a renforcé son implication dans les thèses des séparatistes, après que les Nations Unies aient approuvé le projet marocain d'autonomie. Le projet a été considéré comme une solution juste et équilibrée pour la résolution du conflit du Sahara marocain. Les défenseurs de la thèse séparatiste ont senti le danger représenté par l'adhésion internationale à l'initiative marocaine.

L'un des coûts les plus élevés du non achèvement de la construction du Maghreb Arabe est la situation de discorde qui domine les relations maroco-algériennes depuis plus de 30 ans, après que l'Algérie ait contesté les droits du Maroc. Depuis le déclenchement de l'affaire du Sahara marocain, tout concourt à établir que les problèmes fondamentaux du Maroc dans cette affaire émanent de l'Algérie, et non du Polisario lui-même. Ce dernier se désagrégera dès qu'elle décidera de le priver de son soutien très généreux. Par conséquent, cette question restera la pierre d'achoppement sur laquelle se briseront tous les projets de complémentarité maghrébine. Si la question du Sahara marocain ne trouve pas une solution juste, elle constituera un obstacle insurmontable devant toutes les tentatives de normalisation des relations entre le Maroc et l'Algérie.

II. L'algérie et le polisario : le soutien continu

Certes, le Front Polisario n'a pas été créé que par la seule Algérie; d'autres pays ont contribué à son apparition. Mais l'Algérie a par la suite pris en main cette question, pour faire du Front Polisario un instrument malléable au service de la machine diplomatique et militaire algérienne. Les dirigeants du Front n'avaient aucune indépendance dans la prise de décision, ni aucune marge de manœuvre possible.

Le parrainage par l'Algérie de la thèse sécessionniste a été entrepris contre toutes les promesses, exprimées par les dirigeants Algériens à plusieurs reprises, d'appuyer le droit du Maroc dans ses provinces sahariennes. La thèse sécessionniste a été placée en tête des priorités de la politique étrangère algérienne, qui a mobilisé tous ses organes diplomatiques pour sa défense. L'Algérie a même été la première à défendre cette thèse dans les forums internationaux et régionaux. Il suffit de rappeler à cet égard que la conférence des pays non alignés réunis à Alger en 1973, est la première instance internationale importante dans laquelle a été soulevée l'affaire de l'indépendance du Sahara occidental du Maroc. De même, la proclamation faite par le Front Polisario de la création de la «république sahraouie» a été faite pour la première fois sur les ondes de la radio algérienne.

L'objectif principal de l'Algérie à travers son soutien continu du Front Polisario a été d'affecter négativement le Maroc et de réduire son influence régionale, particulièrement en Afrique. Suite à la pression exercée par l'Algérie sur certains Etats africains et la corruption d'autres d'entre eux, l'adhésion de la «république sahraouie» comme membre au sein de l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine, actuelle Union Africaine) a causé le retrait du Maroc de cette organisation, alors même qu'il était l'un de ses plus importants membres fondateurs. 

L'Algérie a apporté au Front Polisario tout ce qu'elle pouvait : financement, armes et soutien diplomatique. Sans ce soutien algérien très magnanime, cette organisation n'aurait pu continuer à survivre pendant toute cette période, ni constituer une menace pour la sécurité du Maroc.

Un examen attentif de la position algérienne sur la question révèle une nette contradiction dans les intérêts de l'Algérie à travers son adhésion à la thèse sécessionniste. Si l'on admet que l'objectif essentiel est d'affaiblir la position du Maroc au niveau régional et de faire obstacle à son ambition de devenir une grande force régionale, il est difficile d'admettre aussi facilement les bonnes intentions de l'Algérie dans la création d'un Etat sahraoui dans les provinces du sud marocain. Cela retarderait non seulement le processus d'intégration maghrébine et ferait perdre aux peuples de la région l'occasion de tirer des bénéfices de l'effectivité de l'UMA. Plus grave encore, cet état de fait attisera les tendances séparatistes, et en particulier au sud de l'Algérie. Ce qui constitue un danger non pas uniquement pour l'unité du Maroc, mais également une menace pour la composition démographique et géographique de l'Algérie en particulier. Car cette dernière présente toutes les conditions de déclenchement de pareils conflits, en comparaison avec les autres Etats maghrébins.

III. Le paradoxe des relations maroco-algériennes

Les pays du Maghreb arabe adhèrent de manière inconditionnelle aux différents projets de complémentarité régionale proposés par les parties extérieures, et notamment européennes, comme le groupe 5+5, le processus de Barcelone et dernièrement le projet de Sarkozy d'établir une Union méditerranéenne. Cependant, ces pays s'interdisent de mettre en œuvre l'UMA, gelée depuis longtemps, bien que cette union soit d'un coût moindre et apporte plus de bénéfices et qui, de surcroît, est plus facile à réaliser si la question du Sahara est résolue. D'autre part, l'échec des pays de la région à reprendre la construction de l'UMA a poussé certains Etats Maghrébins à opter pour des choix stratégiques individuels dans leurs relations avec les puissances internationales, surtout sur le plan économique. Ces choix se sont concrétisés par la conclusion de conventions de partenariat entre certains Etats Maghrébins et l'Union européenne ainsi que des traités de libre-échange avec les Etats-Unis d'Amérique. Alors que les Etats Maghrébins pouvaient réaliser de larges bénéfices s'ils avaient adopté face à ces puissances internationales une attitude unitaire. C'est-à-dire comme groupement économique et démographique fort dans le cadre d'une union maghrébine homogène. Partant de là, on ne peut comparer le peu de bénéfices réalisés à travers ces options individuelles avec les opportunités qui auraient pu être saisies par les Etats Maghrébins s'ils avaient pu concrétiser un minimum de complémentarité régionale.

Parmi les autres paradoxes du conflit maroco-algérien sur l'affaire du Sahara, l'asymétrie des comportements des deux pays l'un envers l'autre. Les gouvernements algériens successifs ont toujours opté pour l'interventionnisme total direct dans les affaires intérieures marocaines, à travers le soutien inconditionnel à la thèse sécessionniste. Plus encore, l'Algérie s'est portée comme le représentant diplomatique de la thèse sécessionniste dans les différentes instances internationales, s'opposant par là aux intérêts supérieurs du Maroc. A l'inverse de cela, le Maroc a toujours opté pour la non-intervention dans les affaires algériennes malgré l'existence de conditions politiques qui le permettent. Cette position de principe de la part du Maroc est attestée par le fait que les autorités marocaines ne prêtent pas attention au soutien initié par Alger au front Polisario. Et ce, en dépit de l'hébergement par l'Algérie des éléments du Polisario et de toute l'aide qu'elle leur fournit, ainsi que de l'utilisation de certaines régions algériennes comme point de départ pour attaquer le Maroc. En somme, le Maroc n'a jamais pris l'initiative de s'introduire dans les régions algériennes utilisées par les séparatistes. De même, le Maroc n'a jamais essayé de provoquer des conflits ou des révoltes ou d'attiser des divergences existant à l'intérieur de l'Algérie, bien que  les conditions objectives pour le faire existent.

Quant aux dirigeants algériens, il y a lieu de mettre en exergue leur mauvaise appréciation des intérêts supérieurs de l'Algérie. L'Algérie peut réaliser des bénéfices à tous les niveaux dans le cadre d'une Union maghrébine forte et sans conflits, formée de pays forts et stables. Ce qui dépassera de loin les objectifs qu'elle voudrait réaliser en greffant dans l'espace maghrébin une entité étatique microscopique, dénuée des conditions nécessaires de viabilité et de permanence. Une telle entité ne peut constituer qu'un nouveau fardeau pour les Etats et les peuples de la région. Et même si l'on admet que le soutien algérien au Polisario se base sur des questions de principe, l'attribution aux provinces sahariennes d'un statut particulier d'autonomie ne peut que donner aux algériens des assurances quant aux résultats désirés. En particulier, les algériens apparaîtront comme n'étant pas vaincus. En effet, le principe du statut d'autonomie tel qu'il a été proposé par le Maroc est basé sur la philosophie de ni vainqueur ni vaincu, et sur une vision très large de la question qui donne aux intérêts supérieurs des peuples de la région la place qu'ils méritent. De plus, le projet marocain basé sur l'ouverture et la globalité prend en considération les dimensions multiples de cette affaire, ainsi que les différents avis émis à ce sujet. En effet, le texte du projet marocain relatif au statut d'autonomie de la région du Sahara s'inspire «des propositions pertinentes de l'ONU et des dispositions constitutionnelles en vigueur dans les Etats géographiquement et culturellement proches du Maroc, et s'appuie sur des normes et standards internationalement reconnus».

IV. L'affaire du sahara et le cout économique maghrébin

On évalue les pertes de la région maghrébine dues à l'échec de l'Union maghrébine à environ 2% de la moyenne annuelle du revenu national global dans chaque pays maghrébin. La Tunisie perd, à elle seule, environ 20 000 postes d'emploi chaque année à cause du gel de l'Union maghrébine.

Bien que les Etats Maghrébins réunis disposent de tous les éléments nécessaires pour une complémentarité économique, leurs relations commerciales mutuelles ne dépassent pas actuellement 2% du total du commerce extérieur de chaque pays. Dans le cas du Maroc par exemple, et d'après les statistiques de 2006, l'Europe occupe une place dominante en ce qui concerne le commerce extérieur marocain. Le continent européen demeure le partenaire commercial principal du Maroc avec 77% des exportations marocaines et 62% de ses importations. Pour chaque pays pris individuellement, la France et l'Espagne sont les principaux partenaires du Maroc avec successivement 28% et 21¨G de ses exportations, 17% et 12% du total de ses importations. Le monde arabe occupe la troisième place dans la classification des grands groupements économiques avec 12% des importations marocaines et 4% du total de ses exportations. On remarque également que, parmi les pays arabes, les Etats du golfe s'accaparent la grande partie des importations du Maroc avec 8¨G de l'ensemble de ses importations. Le pétrole et ses dérivés constituent les principales marchandises importées. Alors que les Etats du Conseil du golfe réunis n'importent du Maroc que 1¨G de l'ensemble de ses exportations à l'étranger. Au sein des pays arabes, le Royaume d'Arabie Saoudite occupe la première place quant aux importations marocaines avec 7%. La région maghrébine occupe la dernière place dans le classement des partenaires économiques du Maroc selon les régions, avec 2% du total de ses exportations et de 3% du total de ses importations. On ne trouve aucun Etat Maghrébin parmi les dix premiers partenaires économiques du Maroc. C'est la Turquie qui occupe la dixième place parmi les partenaires économiques du Maroc concernant les importations ; ce qui équivaut au pourcentage des importations du Maroc de tous les pays du Maghreb Arabe réunis. Quant à la part de l'Iran, qui occupe la septième place dans les importations marocaines, elle dépasse le taux de l'ensemble des importations du Maroc des quatre pays du Maghreb. Cette part atteint 4¨G de l'ensemble des importations marocaines. On remarque le même déséquilibre concernant les exportations du Maroc. Le Brésil, pourtant très loin géographiquement du Maroc, et appartenant à un espace civilisationnel et continental différent, occupe la neuvième place avec 2% du total des exportations marocaines. Ce qui équivaut au taux des exportations du Maroc vers l'ensemble des pays Maghrébins.

Conclusion

La prolongation de l'affaire du Sahara ne peut servir que l'intérêt des puissances étrangères, qui veulent maintenir une hétérogénéité de l'espace maghrébin. Ce qui leur permet de renforcer leur influence non seulement dans la région maghrébine, mais également dans l'ensemble du continent africain. En effet, l'espace maghrébin occupe une position stratégique multidimensionnelle.  C'est ce que le Roi Feu Hassan II a exprimé de manière éloquente lorsqu'il a décrit la position géographique et stratégique du Maroc, qui s'applique d'ailleurs aux autres pays Maghrébins, en disant que : «Le Maroc ressemble à un arbre dont les racines nourricières plongent profondément dans la terre d'Afrique et qui respire grâce à son feuillage bruissant aux vents d'Europe».

Les grandes puissances internationales ne s'empressent pas de trouver une solution rapide à la question du Sahara marocain. La preuve est qu'elles n'ont pas opté pour une initiative globale pour sa résolution, et qu'elles n'ont exercé aucune pression significative sur l'Algérie pour adhérer positivement au processus de règlement du conflit. C'est comme si ces puissances ne désiraient pas mettre fin à cette crise. Elles considèrent peut-être que la situation actuelle leur permet de tirer plus de bénéfices de la part des deux parties, le Maroc et l'Algérie. Ce que les décideurs de ces grandes puissances doivent savoir, c'est que les opportunités offertes pour développer leurs intérêts dans la région, seront mieux garanties dans le cadre d'une Union maghrébine homogène stable et forte. Alors que la pérennisation de la situation actuelle fait perdre à ces puissances de nombreuses occasions. De nombreuses expériences ont montré que l'environnement dans lequel peut se développer convenablement l'investissement étranger est celui  constitué par les groupements régionaux économiques stables, qui offrent des marchés étendus. Car la complémentarité régionale développe toujours le pouvoir d'achat des habitants concernés.

 

 


[1]- L'Union Européenne, l'Accord de libre-échange nord-américain (en anglais, North American Free Trade Agreement abrégé en NAFTA) et l'Association des nations du sud-est asiatique (A.S.E.A.N.).

 

Saïd Saddiki
Professeur de l'université sidi mohammed ben abdellah de fès
03/10/2012