Alors que les dirigeants du mouvement séparatiste « Polisario » préparent leur douzième congrès, ils sont conscients que le climat politique général dans lequel il sera tenu n'est plus en leur faveur. Il est à rappeler que ce congrès a été reporté à plusieurs reprises,  le temps que les séparatistes puissent faire face à la montée des oppositions avec évidemment l'appui de l'Algérie.

En fait, ces dernières années, le conflit du Sahara occidental a pris  de nouvelles dimensions qui dépassent largement celles dans lequel il était circonscrit depuis plus d'une trentaine d'années.

Il est patent de constater que de nouvelles considérations géopolitiques, économiques et sécuritaires, aussi bien régionales qu'internationales conditionnent largement les positions et les attitudes des puissances étrangères envers le conflit du Sahara. Le dépassement de cette conflictualité est la condition sine qua non pour la préservation de la sécurité dans la région maghrébine et méditerranéenne.

Un bref aperçu de la situation actuelle du Polisario témoigne de la fragilité et de la vulnérabilité des supports sur lesquels se fondent ses dirigeants pour revendiquer un Etat hypothétique sans assise historique ou juridique et encore moins sociologique. Trois facteurs permettent de se rendre compte des faiblesses dont souffre cette entité séparatiste :

Un référentiel idéologique désuet et anachronique (I).

Une légitimité factice (II).

Une reconnaissance internationale en perte de vitesse (III).

I.         Un référentiel idéologique désuet et anachronique

Au départ, ce mouvement dirigé par El Ouali Mustapha Sayed visait l'expulsion de l'occupant espagnol et le retour du Sahara au Maroc.

Toutefois, les évènements ont pris un autre tournant. Plusieurs facteurs internes et externes ont été favorables à sa transformation en un mouvement séparatiste réclamant l'indépendance. Soutenu en cela par certains pays hostiles au parachèvement de l'intégrité territoriale en l'occurrence l'Algérie et l'Espagne. Si cette dernière visait à travers ce mouvement séparatiste la déstabilisation du Maroc et le maintien de ses intérêts militaires, l'Algérie quant à elle, voyait en ce mouvement la seule issue pour garantir ses intérêts économiques et stratégiques. Ce qui lui permettra de contrôler le Sahara marocain pour affaiblir le pays et profiter de ses ressources naturelles en ouvrant un couloir dans le désert pour atteindre l'océan atlantique.

Pour réaliser ces objectifs, le Polisario n'avait d'autres choix que de se référer  au modèle stalinien. Un référentiel dicté d'une part par la soumission inconditionnée au régime algérien fortement imprégné de l'idéologie communiste et proche de l'union Soviétique. D'autre part, par les enjeux majeurs liés à l'affrontement interposé entre le camp des Etats-Unis d'Amérique et celui de l'Union Soviétique.

En fait, ces enjeux ont considérablement conditionné l'affiliation des pays du monde à l'un des deux blocs. Dans ces conditions géostratégiques, le Polisario a réussi à se trouver une place parmi les mouvements séparatistes pris comme instrument pour la création de zones de tension en vue d'affaiblir les pays de l'Ouest et leurs alliés. En contrepartie, il a bénéficié d'un soutien substantiel destiné aux régimes communistes socialistes.

Actuellement, le Polisario cherche désespérément à se trouver une identité dans un monde unipolaire où les pays même socialistes ont dénoncé leur référentiel idéologique pour pouvoir survivre et faire face à la mondialisation qui a réduit le monde en un petit village. L'exemple des pays de l'Europe de l'Est qui se sont pliés aux exigences d'intégration à l'Union Européenne et au monde capitaliste est significatif.

Depuis quelques années, certains mouvements  locaux séparatistes qui avaient du temps de la guerre froide adopté le marxisme-léninisme comme idéologie transnationale, changent de référentiel idéologique et optent pour l'islamisme radical. Ce dernier qui constitue selon Aymeric Chauprade[1] la nouvelle idéologie révolutionnaire transnationale, contestant l'ordre mondial et l'hégémonie des grandes puissances capitalistes. La mutation du Polisario qui est actuellement à la recherche d'un nouveau souffle idéologique, pourrait aller dans ce sens. En raison d'une impuissance politique et militaire croissante et surtout de l'arrivée dans ses rangs d'une nouvelle génération imprégnée de l'islamisme radical lors de son passage dans les universités algériennes.

Cette situation est fort inquiétante pour la sécurité du Maroc, des pays de la région et de ceux de la rive méditerranéenne ainsi que pour le reste du monde. L'islamisme radical et le terrorisme international sont en effet des  menaces transversales.

II.      Une légitimité factice

Sous couvert des formules légitimistes fortes tel que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la démocratie populaire, la libération nationale, le front de Polisario se cherche une légitimité tant sur le plan interne qu'international.

La prétendue constitution de la « République Arabe Sahraouie Démocratique » (RASD) se réfère aux principes universels tels que ceux des droits de l'Homme et qui procèdent uniquement de la volonté du peuple. Ce qui témoigne d'un grand décalage entre le discours politique en vigueur et la dynamique interne du Polisario qui veille par tous les moyens à occulter la réalité.

En fait, l'organisation interne et le mode de fonctionnement du front Polisario qui d'ailleurs n'a pas changé depuis son instauration, témoigne du constat qu'il n'est que le produit du courant engendré par le conflit idéologique, politique et économique pendant la guerre froide, dépassé actuellement .

Une organisation hiérarchisée de type stalinien, reposant sur des structures autoritaires qui confisquent toute initiative issue de la base. La prise de décision est monopolisée par un noyau  central. En cas de contestation, la cœrcition est très sévère. Telle est la structure du Polisario. Il use de tous les moyens sous couvert d'une prétendue légitimité pour faire perdurer le monopole du pouvoir par une poignée de personnes qui ne défendent en réalité que leurs propres intérêts et ceux de l'Algérie.

Si la notion de démocratie tant évoquée par les séparatistes ne trouve de place que dans le discours politique, la pratique est tout autre. Ce qui a engendré un mécontentement général de la population sahraouie mais aussi de certains dirigeants qui ont réussi malgré l'embargo et la répression de toute forme de contestation, à faire entendre leur voix. La liste des dirigeants du Polisario, qui ont pris le chemin de la raison est longue sans compter ceux qui ont répondu à l'appel de la patrie « clémente et miséricordieuse ». Ainsi, Bachir Mustapha Sayed, l'un des dirigeants du Polisario qui n'est autre que le frère d'El Ouali Mustapha Sayed, fondateur du Polisario et premier président de la « RASD », n'a jamais approuvé la ligne politique prêchée par la Direction du mouvement séparatiste. Il a clairement affiché son désaveu de la hiérarchie actuelle du Polisario en la qualifiant de « corrompue » et sans projet politique. De son côté, Mahjoub Salek, membre du Polisario et membre fondateur d'une fraction dissidente du front dénommée « Khat Achahid » (ligne du Martyr), considère que le Polisario n'est pas le représentant légitime de la population sahraouie et ne doit pas agir en son nom.

Cette organisation, opposée à la Direction du Polisario, révèle les problèmes organisationnels et politiques des séparatistes. Sa démarche traduit le mécontentement général de la population sahraouie qui rejette la gestion autocratique du Polisario.

Une organisation qui a atteint les limites de l'incompétence à tous les niveaux : au niveau de la gestion interne, du fait qu'elle est devenue incapable de résoudre les problèmes des sahraouis qu'elle détient dans les camps en renforçant le comportement privilégiant l'intérêt individuel au détriment de la collectivité. Le Polisario est perçu actuellement par les sahraouis comme illégitime, la crise politique engendrée par les pratiques autoritaires lui ayant fait perdre toute légitimité pour représenter les sahraouis. Au niveau externe, le front voit sa crédibilité érodée aussi bien au niveau des Etats qu'à celui des organisations humanitaires.

C'est ce qui a été souligné par Mahjoub Salek lors d'un entretien accordé à un média marocain[2]. Il qualifie le Polisario de « Direction incapable de réaliser les aspirations des populations locales et qui bloque toute initiative pour la résolution du problème. »

En réponse à une question sur les rumeurs concernant l'implication des services secrets marocains pour la création de Khat Achahid, le porte parole a précisé que « la Direction du Polisario a toujours utilisé la carte de la trahison pour liquider ses opposants. Dans les années 1970, lorsque pour la première fois, nous avons critiqué la Direction du Front, nous avons été accusés de collaboration avec le Maroc. Nous avons été torturés et jetés en prison par les réels traîtres de la nation. »

Cet ancien fondateur du Polisario n'écarte aucune possibilité de règlement du conflit du Sahara, toutes les possibilités étant négociables : « nous pourrons tout négocier. Indépendance, autonomie, fédéralisme... aucune piste ne sera exclue. L'essentiel, c'est qu'il y ait une volonté sincère d'arrêter l'hémorragie. »

III. Une reconnaissance internationale en perte de vitesse

Selon la résolution de l'Institut de Droit international[3] sur la reconnaissance des nouveaux Etats de 1936 « La reconnaissance d'un Etat nouveau est l'acte libre par lequel un ou plusieurs Etats constatent l'existence sur un territoire déterminé d'une société humaine politiquement organisée, indépendante de tout autre Etat existant, capable d'observer les prescriptions du droit international et manifestent en conséquence leur volonté de la considérer comme membre de la Communauté internationale. »

L'acte de reconnaissance est donc soumis à l'existence d'une assise territoriale, d'une population, d'un gouvernement effectif et souverain. Se pose alors la question suivante : la pseudo « RASD » répond-elle aux conditions précitées d'existence d'un Etat (éléments constitutifs) ?  Jouit-elle d'une légitimité interne pour la faire valoir au niveau international ?

En se référant aux règles de Droit public, cette organisation est loin d'être une construction étatique.

Il est question d'une organisation séparatiste, composée de dirigeants qui n'épargnent aucun  effort pour maintenir la population sahraouie séquestrée dans des camps, dépourvue des conditions de vie les plus élémentaires. Une communauté privée d'opter pour un choix libre et loyal sur son sort. Telle est la population sur laquelle reposent les prétentions des séparatistes pour  légitimer leur action. Concernant l'assise territoriale, le Polisario revendique un territoire qui, au regard de l'histoire et du Droit, revient incontestablement au Royaume du Maroc.

Sur quel critère se base alors le Polisario pour bénéficier d'une reconnaissance internationale? En l'absence de base solide, il continue tout simplement de véhiculer un discours sur la décolonisation qui d'ailleurs ne suscite plus l'intérêt de la communauté internationale. Cette dernière a fini par se rendre compte de la fragilité de la position du Polisario et de l'influence active et déterminante de l'Algérie sur le dossier saharien.

C'est ce qui conduit certains pays ayant reconnu le Polisario à geler leur reconnaissance ou à la retirer définitivement (les pays reconnaissant ladite « RASD » étant au nombre de 79 en 1989, seuls 35 pays subsistent en 2007). Il faut retenir dans ce cadre que la prétendue république n'a jamais été reconnue par les grandes puissances ayant un poids au sein des Nations Unies.

Devant cette situation de dégradation et d'incompétence, le Polisario doit se rendre à l'évidence que le discours prônant la décolonisation est désuet. Et que ce conflit ne fait qu'entraver la dynamique régionale, hypothéquant ainsi son avenir.

Si de nombreuses propositions de règlement du conflit du Sahara, notamment celles de l'ONU, n'ont abouti à aucun résultat, l'initiative marocaine d'autonomie rompt avec l'immobilisme.

Par le Projet d'Autonomie du Sahara, le Maroc a le mérite de proposer une approche qui épouse les limites du réel en mettant fin à de longues tergiversations juridico-politiques. De même qu'il renforce le processus de démocratisation et de modernisation du pays du fait qu'il permettra aux populations sahraouies de gérer démocratiquement leurs propres affaires dans le cadre d'une autonomie régionale élargie et bien consolidée.  Et ce, en conformité avec le principe d'autodétermination. 


[1] Professeur de géopolitique à la Sorbonne.

[2] TELQUEL n° 243 (Hebdomadaire marocain francophone d'informations générales).

[3] L'Institut de Droit international a été fondé le 8 septembre 1873, à l'Hôtel de ville de Gand, en Belgique. Onze internationalistes de renom avaient décidé de se réunir pour créer une institution indépendante de toute influence gouvernementale, susceptible de contribuer au développement du droit international et d'agir pour qu'il soit appliqué. En 1904, l'Institut de Droit international a reçu le Prix Nobel de la Paix, en reconnaissance de son action en faveur de l'arbitrage entre Etats, moyen pacifique de règlement des conflits.

 

Khadija Ennaciri 
Professeur à la Faculté de Droit de Mohammedia
03/10/2012