Le Polisario : genèse et objectifs

Bien qu'étant une affaire à caractère purement interne, la question du Sahara a pris une dimension internationale, notamment à travers l'intervention de certaines puissances qui en ont fait un terrain d'affrontement où se mêlent divergences idéologiques et intérêts géostratégiques. Dans ce cadre, le Polisario a joué un rôle capital en tant qu'instrument à la merci desdites puissances, qui l'ont transformé en vecteur d'instabilité dans la région.

Toutefois, une rétrospective du parcours du Front Polisario dévoile que celui-ci a connu un tournant capital et décisif qui a influé sur ses orientations et ses objectifs, de telle sorte qu'il s'est transformé en un mouvement séparatiste aspirant à instituer, ex nihilo, une entité étatique sur cette partie du territoire marocain. Rappelons dans ce cadre que le Maroc avait récupéré la Saguia el Hamra en organisant, le 6 novembre 1975, une marche pacifique, -la «Marche Verte» en l'occurrence- qui a été scellée par la signature de l'Accord tripartite de Madrid (le 14 novembre 1975) en vertu duquel le Maroc a recouvré cette partie de son territoire ; l'Espagne a annoncé le retrait définitif des forces espagnoles le 28 février de la même année. 

Quels sont donc les facteurs qui ont contribué à l'émergence du Front Polisario ? Quelles sont les raisons qui ont motivé le changement de ses orientations et ses objectifs? Et quelles sont ses aspirations actuelles?

I.       Contexte historique de l'institution du Front Polisario     

L'émergence du Front Polisario a été favorisée par plusieurs facteurs intérieurs ainsi que d'autres relatifs à la conjoncture internationale et aux calculs régionaux.

Le Front Polisario, acronyme de « Frente Popular de Liberación de Saguía el Hamra y Río de Oro » (Front Populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro), a été créé le 10 Mai 1973, à Zouerate en Mauritanie. Institué par un groupe d'étudiants sahraouis qui suivaient leurs études à la Faculté de Droit de Rabat, menés par El-Ouali Mustapha Sayed, ce mouvement avait pour vocation initiale la lutte pour la libération du Sahara marocain de l'emprise du colonialisme espagnol.

Or, l'immixtion de l'Algérie dans cette affaire a joué un rôle crucial quant à la conversion des orientations de ces étudiants sahraouis. Ainsi, elle les a placé sous sa tutelle en les approvisionnant en armes ; et ce, en guise de réplique à  la défaite que le Maroc lui a infligée dans «la guerre des sables» en 1963. En parrainant ce mouvement séparatiste, l'Algérie aspirait à concrétiser ses ambitions géostratégiques, notamment en cherchant à se garantir un accès à l'océan Atlantique. De même, les dirigeants politiques et militaires algériens ont été convaincus que leur suprématie sur la région ne se confirmerait qu'en affaiblissant le Maroc via la création, sur cette partie du Sahara, d'une entité étatique qui lui serait inféodée.

Tous ces éléments réunis ont favorisé l'établissement de ladite «République arabe sahraouie démocratique» (RASD) en date du 27 février 1976 ; et ce, trois ans après l'institution du Polisario. Il est à noter que les étudiants précités avaient pour objectif initial, la défense du territoire marocain contre l'occupation espagnole, et non l'institution d'un mouvement séparatiste. Dans ce sens, Mustapha Bouh (ancien membre du bureau politique du Polisario) affirme que le Front n'a pas vu le jour en Algérie, ni même au Sahara, mais à Rabat à environ un Kilomètre de l'Université Mohammed V.

Les liens profonds avec le Maroc sont illustrés par un bref aperçu du cursus des membres fondateurs et dirigeants du Front Polisario :

  • El-Ouali Mustapha Sayed, fondateur du Polisario et premier «président» de la pseudo «RASD», assassiné le 9 juin 1976 dans des circonstances mystérieuses à proximité de la capitale mauritanienne, Nouakchott. Il a étudié les sciences politiques à l'Université Mohammed V à Rabat.
  • Mohamed Abdelaziz, «président» actuel de la pseudo «RASD», est originaire de la ville de Marrakech où il est né le 17 août 1947, d'où son surnom «Abdelaziz el Marrakchi». Il a suivi ses études secondaires dans sa ville natale avant d'aller à Rabat où il a passé une année à la Faculté de médecine.
  • Mohamed Salem Ould Salek, ministre des Affaires étrangères de la «RASD», titulaire d'une licence en sciences politiques de l'Université Mohammed V à Rabat.
  • Mohamed Sidati, ministre délégué pour l'Europe, titulaire d'une licence en sciences économiques de l'Université Mohammed V à Rabat.

Sur le plan international, un ensemble de facteurs ont contribué à l'escalade de la question du Sahara. En effet, les calculs et les enjeux procédant de la guerre froide font de tout différend un terrain d'affrontement EST-OUEST ; d'où les tentatives de chaque bloc de circonscrire les troubles locaux dans le cercle de cet affrontement. Ceci était accompagné par l'instauration d'alliances, soutenues d'un côté par l'Union Soviétique (l'Algérie, la Libye, l'Ethiopie, le Yémen du sud, etc.), et de l'autre côté par les Etats-Unis d'Amérique (le Maroc, le Sénégal, le Zaïre, l'Egypte, etc.).       

Ainsi, cette affaire a été instrumentalisée en vue de diviser le Maroc et de l'affaiblir. D'où l'implication de la Libye, de la Syrie et de Cuba et leur soutien financier et logistique au mouvement séparatiste. Ce fait a d'ailleurs était confirmé par l'ex ambassadeur de Etats Unis au Maroc, Michael USSERY, qui avait déclaré dans le cadre d'un article publié par le quotidien «Washington Times», que «le Polisario faisait partie d'une stratégie soutenue par l'Union Soviétique pour déstabiliser l'un des alliés des USA, le Maroc en l'occurrence, et jouissait du soutien militaire et financier de l'Algérie et de Cuba, entre autres».

En somme, si quelques-uns des facteurs qui ont favorisé la naissance du Front Polisario demeurent encore présents -on peut citer dans ce sens le parrainage de ce mouvement par l'Algérie-, d'autres ont en revanche changé, notamment suite à l'effondrement du bloc communiste qui a contraint certains pays à surseoir à leur soutien au mouvement séparatiste.

 

II.    Les objectifs du Front Polisario 

En proclamant l'avènement de la « RASD», le 27 février 1976, le Polisario avait dévoilé ses véritables desseins sécessionnistes. Ceci a été affirmé à maintes occasions à travers les discours des leaders du Front. En effet, l'actuel président de ce mouvement, en l'occurrence Mohamed Abdelaziz, avait annoncé, lors d'un entretien accordé à la chaîne qatarie «Al-Jazeera», le 15 juin 2007 : « il y a un consensus national sur l'obtention de notre indépendance ». De même, le 17 juin 2007, dans un discours à l'occasion du 37ème anniversaire du soulèvement de «Zemla», Abdelaziz a souligné son attachement à la thèse séparatiste, ambitionnant l'institution d'une entité étatique indépendante. Dans le même sens, les conférences populaires organisées depuis le deuxième congrès du Front Polisario (25-31 août 1974) jusqu'au onzième (12-19 octobre 2003)  affirment et revendiquent l'institution d'un «Etat sahraoui».

Ainsi, le Polisario fournit une preuve supplémentaire de la dualité qui a toujours caractérisé son discours. En effet, alors qu'il affiche un attachement à la légalité internationale et appelle à l'organisation d'un référendum pour trancher sur le différend qui l'oppose au Maroc, sa décision semble arrêtée, puisqu'il a proclamé, unilatéralement, l'avènement d'une entité étatique indépendante. Laquelle entité reste  hypothétique car ne vérifiant aucun des éléments constitutifs de l'Etat, à savoir : un peuple, un territoire et un gouvernement effectif. Pour preuve, le territoire sur lequel le Polisario est établi relève de l'Algérie, et celui qu'il revendique appartient au Maroc ; d'où l'absence du premier élément constitutif de l'Etat ; en second lieu, il n'y jamais eu de « peuple sahraoui », mais il s'agit d'un ensemble de tribus nomades dont la majorité ont prouvé, historiquement et juridiquement, leur attachement à la souveraineté du Maroc ; d'où l'inexistence du deuxième élément ; quant au troisième élément, celui du gouvernement effectif en l'occurrence, il est systématiquement inexistant en l'absence des deux premiers éléments. Il convient ici de souligner soigneusement la fonction politique du territoire : c'est l'espace sur lequel s'exerce la souveraineté de l'Etat. On peut donc parler, à ce titre, du couple Etat et Territoire, le premier ne pouvant exister sans le second et vice versa (les territoires sans maîtres ayant pratiquement tous disparu).

De ce fait, le Front Polisario n'a jamais pu accéder à une reconnaissance auprès de la communauté internationale.         

Par ailleurs, pour concrétiser ses objectifs et légitimer sa présence, le Front Polisario œuvre à maintenir son emprise sur les populations séquestrées dans les camps de Tindouf en poursuivant une politique basée sur la répression et soutenue par une propagande dolosive.

En effet, concernant la gestion des camps, le Polisario soumet les séquestrés à une étroite surveillance aussi bien physique que morale ; et ce, dans le but de contrer toute prise de position qui irait à l'encontre de ses orientations. De même, sa structure est élaborée de telle manière à faire croire que l'existence de la prétendue « RASD » dépend de celle du Polisario en tant que parti unique.

Concernant ses manœuvres dolosives destinées à convaincre la communauté internationale de la légitimité de sa prétendue « cause », le mouvement séparatiste mène une propagande mystificatrice, bénéficiant en cela du soutien diplomatique de l'Algérie. Ainsi, en tant que mouvement séparatiste faisant fi de la légalité internationale et transgressant tous les instruments internationaux relatifs à la protection des droits de l'Homme, le Polisario constitue une menace constante pour la stabilité de la région du Maghreb dans son ensemble.

Somme toute, au vu des objectifs auxquels le Polisario aspire, il est à remarquer qu'il ne sort pas du cadre des mouvements séparatistes qui instrumentalisent le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes à des fins sécessionnistes.

De ce fait, donner l'occasion à un tel groupe d'instaurer une entité étatique instable, ne fera qu'endiguer la situation, déstabilisant ainsi la région du Maghreb dans son ensemble et constituant une menace pour la paix et la sécurité internationales. Il suffit de rappeler dans ce cadre la sécession du Timor oriental de l'Indonésie en 1999, et tout ce qu'elle a engendré comme drames humanitaires.

 

Mohamed Zahraoui
Analyste
03/10/2012