Les relations franco-algériennes ne sont pas au beau fixe. Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer leur détérioration. Le poids historique du colonialisme, qui pèse lourdement sur les rapports entre les deux pays, n'explique pas à lui seul cette situation. En effet, le dossier du Sahara occidental figure parmi les points majeurs de divergence qui affectent les relations bilatérales franco-algériennes. L'Algérie, protagoniste principal mais occulte dans le différend saharien, ne cesse de réitérer son soi-disant engagement en faveur de l'application du droit du « peuple sahraoui » à l'autodétermination et à l'indépendance, tandis que Paris soutient le Projet Marocain d'Autonomie. La France, alliée majeure du Maroc, considère que ce Projet constitue une solution politique réaliste et réalisable à même de mettre fin définitivement au conflit autour du Sahara. Lequel est devenu un enjeu de la politique étrangère de l'Algérie. Les affinités politiques d'Alger et le schéma de ses alliances internationales sont déterminés, ne serait-ce qu'en partie, par la position de ses partenaires sur l'affaire du Sahara.

Selon « une approche fonctionnelle », les deux pays, la France et l'Algérie, se sont mis d'accord sur la nécessité d'approfondir leurs relations économiques et de multiplier leurs échanges commerciaux comme prélude à une normalisation des relations politiques. La désignation du sénateur Jean Pierre Raffarin, ex-Premier ministre français, par le président Nicolas Sarkozy, au poste d'envoyé spécial en Algérie, s'inscrit dans cette perspective. Mais, force est de constater que la divergence des points de vue quant au dossier saharien s'impose d'elle-même et pèse sur les négociations qu'entretient Raffarin avec les responsables algériens. Ainsi, lors d'une conférence de presse qui a précédé la visite du ministre français des Affaires étrangères, Allain Juppé, le mercredi 15 juin 2011, en Algérie, celui-ci a « minimisé les divergences entre la France et l'Algérie sur la question du Sahara occidental, affirmant que son pays a toujours été favorable à un règlement politique (...) » de la question. L'Algérie ne voit pas d'un bon œil ces déclarations car elle estime que le parti pris de Paris dans ce dossier contredit sa volonté de trouver une solution politique. Le fait est que si le dossier saharien n'est pas à l'ordre du jour de Juppé lors de sa visite, qui ne durera que 48 heures, ce n'est pas parce qu'il ne revêt pas d'importance, mais par pragmatisme politique et nécessité économique.

Sur l'échiquier international, l'Algérie impute ses récents échecs diplomatiques au sujet du dossier saharien à Paris. En effet, le dynamisme algérien qui cherche à enliser le Maroc dans des labyrinthes politiques devant les instances onusiennes s'est toujours confronté au veto français. Tel est le cas par exemple de l'activisme diplomatique d'Alger dans les rouages onusiens en vue de pousser le Conseil de sécurité à élargir le mandat de la Mission des Nations Unies pour l'Organisation d'un Référendum au Sahara Occidental (MINURSO) à la question des droits de l'Homme. Ce dynamisme algérien s'illustre également à travers les tentatives avortées d'Alger d'amener le Conseil de sécurité à envoyer une mission d'enquête au Sahara suite aux événements ayant suivi le démantèlement, par les autorités marocaines, du campement de Gdeim Izik, près de Laâyoune.

Le dossier du Sahara empoisonne les relations franco-algériennes. Il est, faut-il le rappeler, inscrit dans l'agenda algérien parmi les dossiers qui nécessitent un dialogue renforcé avec Paris. A ce titre, l'on peut soutenir que l'Algérie œuvrerait en vue de neutraliser la France et obtenir son désengagement de ce différend. Ce qui ne semble pas être à l'ordre du jour de la France.

Zakaria ABOUDDAHAB
Professeur à la Faculté de Droit de Rabat-Agdal

08/10/2012