L'affaire du Sahara occupe une place de choix parmi les priorités de la diplomatie marocaine. Une telle place a clairement marqué les grands aspects des relations extérieures du Maroc. Dès lors, l'étude combinée des positions de la Tunisie et de la Libye concernant la question du Sahara revêt une importance capitale, du fait que ces deux Etats peuvent être classés, par rapport au Maroc, comme étant des pays du voisinage indirect, en raison de l'appartenance géographique qui est le Nord de l'Afrique, mais en tant qu'Etats n'ayant pas de frontières directes avec le Maroc, en raison du positionnement de l'Algérie sur les frontières Est du Maroc.

Certes, si cette situation a fait éviter aux relations du Maroc avec la Tunisie et la Libye l'émergence de problèmes directement liés au règlement des conflits frontaliers hérités de l'époque coloniale, ces relations ont été affectées, dans une large mesure, par la tension permanente des relations maroco-algeriennes. Il est donc difficile de dissocier les positions de la Tunisie et de la Libye dans l'affaire du Sahara des relations intermaghrébines dans leur ensemble, et des relations des pays maghrébins avec les grandes puissances.

Lorsque l'on s'arrête sur le contexte dans lequel les relations Maroc-Tunisie et Maroc-Libye ont évolué durant les dernières années concernant la question du Sahara, l'on s'aperçoit que la trajectoire de ces relations est restée généralement en direction de la stratégie globale marocaine. En effet, le Maroc cherchait, d'une part, à établir un équilibre géopolitique dans une région à haut coefficient stratégique      -l'Afrique du Nord en l'occurrence-, et d'autre part l'action pour le dépassement de la léthargie qui a frappé l'Union du Maghreb Arabe (UMA), et la tentative d'exploiter ces relations dans la recherche d'un règlement permanent de cette affaire; un règlement qui puisse être utile pour les intérêts vitaux des Etats de la région.

I.      L'affaire du Sahara et la politique des axes : l'entrée de la Libye et de la Tunisie dans le jeu des équilibres

La période de la moitié des années 70 constitue un tournant majeur dans la redéfinition des relations du Maroc avec les Etats maghrébins, à la suite de certaines évolutions mondiales ayant conduit au retrait de l'Espagne du Sahara et la récupération par le Maroc de ses territoires du sud en vertu de l'accord de Madrid de 1975, et l'organisation de la Marche Verte. L'Algérie a trouvé dans ces évolutions une occasion pour un règlement de comptes avec le Maroc, et une opportunité pour montrer sa place aux niveaux, régional et continental. L'Algérie a tiré profit de ses potentialités pétrolières en vue d'atteindre cet objectif, et de la dynamique de son action diplomatique dans les années 70 et le début des années 80.

Effectivement, et afin d'exercer  une pression sur le Maroc, l'Algérie s'est déployée à exacerber la crise à propos de l'affaire du Sahara. Elle a fait en sorte d'attiser le conflit dans la région, en soutenant la thèse séparatiste. En effet, l'ancien président algérien, Houari BOUMEDIENE, est celui a qui œuvré pour abriter le mouvement séparatiste « Polisario », et lui a fourni le financement, l'armement et l'entraînement. Qui plus est, il l'a autorisé à s'établir sur un territoire sous contrôle algérien, à savoir Tindouf. Ainsi, le président Boumediene a fait de la thèse du Polisario l'un des plus importants axes de la diplomatie algérienne en Afrique et dans les pays du Tiers monde. Il a en outre réussi à faire admettre le Polisario comme membre au sein de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA).

L'opinion la plus largement admise, est que cette attitude algérienne, qui s'inscrit en porte-à-faux des ambitions marocaines, constitue un moyen pour la réalisation d'un équilibre des forces en Afrique du Nord, dans lequel l'Algérie aurait une place prédominante. C'est une carte de pression sur le Maroc en vue de neutraliser ses capacités politiques, économiques et militaires. Le président Boumediene a en effet estimé que la Marche Verte et l'accord tripartite de Madrid -conclu en 1975 entre le Maroc, l'Espagne et la Mauritanie- sans une consultation préalable de l'Algérie, constitue une conspiration tripartite qui ne prend pas en compte la position de l'Algérie. Le Président Boumediène cherchait en fait à faire de son pays la première puissance dans la région. Certaines opinions vont jusqu'à dire que le président algérien avait des intérêts expansionnistes au « Sahara occidental » en vue de procurer à l'Algérie un passage vers l'Atlantique.

En vue de contrer les pressions algériennes, le Maroc a œuvré, dès l'éclatement du conflit, pour préserver l'équilibre régional à travers l'établissement d'alliances tactiques, notamment avec la Tunisie et la Libye, pour neutraliser l'encerclement que veut lui imposer l'Algérie. Toutefois, ces alliances n'étaient pas constantes ; elles évoluaient en fonction du changement dans les positions des parties au conflit sur le Sahara.

Ainsi, si le Maroc a consolidé ses relations au départ avec la Mauritanie dans la cadre de l'action commune pour étendre leur souveraineté sur le Sahara, il a réussi en parallèle  à attirer vers lui la Tunisie ne serait-ce, qu'en s'assurant de sa neutralité. Mais de son côté, la Tunisie a préféré la neutralité dans ce dossier en préservant son amitié avec tous les pays de la région, en dépit de l'apparition, de temps à autre, d'événements sous forme de tensions sporadiques avec ses deux voisins immédiats, l'Algérie et la Libye, comme pour le cas des événements de Gafsa.

En revanche, les relations du Maroc avec la Libye seront marquées, depuis la fin des années 60, et plus précisément après la période consécutive à la révolution du 1er septembre 1969 -menée par le Colonel Mouammar Kadhafi-, par plusieurs tensions et un éloignement, résultant des nouvelles orientations du régime qui a pris le pouvoir en Libye. Avec le déclenchement de l'affaire du Sahara, les relations du Maroc avec la Libye se sont encore dégradées. En effet, les tentatives de normalisation des relations avec la Libye ont connu de grandes entraves à la suite de l'opposition des choix politiques et idéologiques des deux régimes en place au Maroc et en Libye. Ceci a compliqué la tâche de la diplomatie marocaine pour s'assurer du soutien libyen. Au demeurant, la Libye a préféré se situer dans l'axe opposé aux positions du Maroc en ce qui concerne l'affaire du Sahara. En effet, la Libye a joué un rôle central dans l'attisement du conflit dans la région maghrébine. Le colonel Kadhafi a été l'un des premiers à avoir accordé le soutien au Polisario.

Toutefois, cet équilibre allait être rompu avec le début des années 80. Ainsi, pour des raisons qui lui sont propres, la Tunisie s'est alliée à l'Algérie dans le cadre de la Convention de fraternité et de solidarité signée entre elles le 19 mars 1983. Depuis, la Tunisie a pris des positions moins proches de celles du Maroc concernant la question du Sahara. Ainsi, la Tunisie a été attirée dans le giron de l'axe algérien en créant une union entre les deux pays. La Mauritanie l'a rejointe plus tard. En effet, la Mauritanie a adhéré à la même convention en décembre 1983, abandonnant ainsi sa neutralité sur la question. Devant l'élargissement de cet axe dirigé par l'Algérie, le Maroc s'est trouvé dans un équilibre de force inconfortable; il sera contraint de revoir ses cartes et de chercher à rompre cet isolement. Dans un sens opposé, la Libye, qui souffrait d'un isolement international, africain et maghrébin, et qui était connue par ses positions traditionnelles hostiles aux revendications territoriales du Maroc, a changé radicalement sa position, en abandonnant son soutien à la thèse algéro-polisarienne, améliorant ainsi ses relations avec le Maroc. Par conséquent, dans sa quête de rétablissement de l'équilibre régional, qui était en faveur de l'Algérie, le Maroc a œuvré à modifier ses relations avec la Libye en une alliance entre les deux pays dans la région du Maghreb arabe, en annonçant la création de l'Union arabo-africaine en vertu de l'accord d'Oujda conclu le 13 août 1984.

Avec ce pacte, le Maroc a opéré une percée diplomatique importante, qui lui a permis de maintenir l'équilibre dans la région du Maghreb arabe, laquelle a été caractérisée par l'existence de deux nouveaux axes, pilotés par le Maroc et l'Algérie. Il est parvenu en outre à stopper l'appui matériel et diplomatique important qu'offrait la Libye au Polisario, son élimination du conflit sur le Sahara et son écartement définitif du cercle d'alliance pro-algérien.

II. L'institution de l'Union du Maghreb Arabe et l'échec de la maîtrise du problème du Sahara

L'objectif primordial de la diplomatie marocaine a été le parachèvement de l'intégrité territoriale. Elle devait agir avec patience pour la consolidation de cette intégrité et faire prévaloir le discours du dialogue sur celui de la confrontation. Elle a été aidée en cela par des évolutions internes et internationales.

Sur le plan interne, le contrôle militaire total du Maroc sur le territoire a commencé dans la partie la plus grande du Sahara, notamment après la construction du murs de défense. De même, le Maroc est parvenu à offrir aux provinces du sud un cadre de développement réel, qui n'a rien à envier aux autres provinces du Royaume. Et c'est une situation qui a encouragé de nombreux séquestrés de Tindouf à rejoindre le Maroc, dont plusieurs dirigeants du Polisario.

Sur le plan régional, l'attisement de la crise et l'éloignement des perspectives de résolution du problème ont poussé à chercher une solution collective à travers la création de l'Union du Maghreb Arabe (UMA), en vue d'atténuer les dangers qui guettent la région. En effet, l'UMA a été créée, à Marrakech, le 17 février 1989, par cinq pays : la Libye, la Tunisie, l'Algérie, le Maroc et la Mauritanie. Sa constitution est intervenue après qu'une série d'évolutions aient été constatées, manifestées dans le rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et l'Algérie, à la suite de la rencontre du 10 juin 1988 entre feu le Roi Hassan II et l'ancien président algérien, Chadly Ben Jedid. Et après un compromis maroco-onusien autour d'un projet de règlement de l'affaire du Sahara, et le recul de la pression étrangère avec le début du démantèlement du camp soviétique et l'absence de compétition entre les pôles idéologiques, dans une atmosphère d'augmentation du défi constitué par l'intégration européenne face aux Etats de l'Afrique du nord.

Toutefois, l'Union maghrébine n'a pas connu de succès. En effet, elle a buté sur plusieurs obstacles qui ont empêché son aboutissement. Chaque Etat y avait une part de responsabilité, à commencer par l'éclatement de la crise algérienne en 1992, après la réussite électorale du Front islamiste du salut (FIS), en passant par la crise de Lockerbie entre la Libye d'un côté et les Etats-Unis et la Grande-Bretagne de l'autre. Cette dernière a provoqué des sanctions internationales la même année. Quant à la Mauritanie, elle était enchevêtrée dans des problèmes politiques et économiques. Tout cela a conduit à la paralysie de l'UMA à partir du sommet de 1994, avec le passage de la présidence périodique à l'Algérie.

Mais la continuité du problème saharien demeure la cause principale de l'inconsistance des relations intermaghrébines en général. La dégradation des relations entre l'Algérie et le Maroc a constitué une sorte de « guerre froide » entre les deux pays. Cela s'est répercuté directement sur la marche de l'UMA. Durant le printemps 1993, en effet, le ministre marocain des affaires étrangères à l'époque, Monsieur Abdellatif Filali, a invité à une pause pour la révision de l'Union à cause des positions provocatrices de l'Algérie sur la question du Sahara. Vinrent ensuite les événements de l'hôtel Atlas-Asni à Marrakech en août 1994, creusant encore la crise de l'UMA et détériorant les relations maroco-algériennes; lesquelles sont entrées dans une nouvelle spirale  annihilant toute tentative de recherche d'un règlement à l'affaire du Sahara.

Le président Libyen Mouammar Kadhafi a tenté de repositionner son pays, producteur de pétrole, dans la carte mondiale après avoir abandonné son programme d'armement. Il a organisé une réunion des chefs des Etats de l'UMA à Tripoli, dans le but de renforcer son rôle de précurseur de paix en Afrique. Mais ce sommet a échoué quelques jours avant son lancement en Libye le 26 mai 2005, en raison des propos tenus par le président algérien Bouteflika, qui a envoyé une lettre exprimant la solidarité et le soutien de l'Algérie au Polisario à l'occasion de l'anniversaire de la création de ce dernier. A la lumière de ces déclarations, le Roi Mohammed VI a annulé sa participation au sommet, considérant que l'attitude algérienne est contraire aux aspirations de normalisation, et qu'elle traduit un choix contradictoire à l'atmosphère de détente qui planait dans l'horizon des relations bilatérales entre les deux pays. Le président libyen a décidé l'annulation du sommet, ce qui peut être interprété comme une compréhension de la position marocaine, et en même temps comme un acte destiné à neutraliser une visée algérienne latente.

III. Les relations du Maroc avec la Tunisie et la Libye : de la coopération régionale à la coopération bilatérale

Au début des années 70, la dégradation des relations maroco-algériennes, consécutive à l'affaire du Sahara, a considérablement entravé les avancées dans la région du Maghreb Arabe. Cela a conduit à une diminution du rôle des pays constituant cette entité et les a privés d'influer sur le cours des événements au double plan, régional et international. Par conséquent, le Maroc chercha à opter pour le développement et la diversification de ses relations bilatérales avec les Etats de la région, notamment la Tunisie et la Libye, loin de la politique des axes, dans l'attente d'une évolution positive ou, du moins, neutre dans la position de l'Algérie, et la réunion des conditions adéquates pour parvenir à une solution définitive au problème du Sahara.

Le Maroc a ainsi œuvré pour nouer des relations solides avec la Tunisie dans plusieurs domaines, et ceci pour éviter d'attirer la Tunisie dans le giron algérien. Sur le plan diplomatique, plusieurs contacts entre les deux pays ont eu lieu au plus haut niveau. En effet, le Maroc a participé, en la personne de son souverain, au forum 5 + 5 méditerranéen, tenu à Tunis début décembre 2003. Cela prouve que les positions politiques prises de la part du Maroc envers la Tunisie, dénotaient du souci du Maroc de ne pas abandonner ses relations avec les pays du voisinage proche, compte tenu de l'importance de son rôle dans l'équilibre régional. On peut palper ce souci également dans la poursuite des contacts et la concertation à plusieurs niveaux entre les deux pays afin de hisser le degré de coopération bilatérale à un niveau avancé, et le renforcement de la compétitivité des économies nationales.

En ce qui concerne les relations avec la Libye, le Maroc a considéré que le rôle influent de cette dernière sur le plan africain à travers la reconfiguration des relations interafricaines  -passage de l'Organisation de l'Unité Africaine  à l'Union Africaine- , constitue une échappatoire en ce qui concerne la position de ce regroupement continental à propos de la question de l'intégrité territoriale du Maroc. Il a par conséquent tablé sur le rôle que pouvait jouer la Libye auprès des pays de cette Union. De même, la place qu'occupe la Libye dans l'organisation des Etats du Sahel et du Sahara, constitue un autre catalyseur pour la consolidation des liens avec ce pays.

Pour cela, les relations avec la Libye ont connu une amélioration après la visite royale de janvier 2001, dans la mesure où elle a constitué une évolution remarquable sur le plan des relations politiques. Sur les plans économique, commercial, industriel et celui des investissements, les relations se sont renforcées.

Ce qui aidera à raffermir les relations entre les deux pays, c'est le changement que la politique libyenne vis-à-vis de l'Occident allait connaître à partir de 2004, après que la Libye ait accepté de détruire son arsenal militaire « non conventionnel », et qu'elle ait agréé le principe de dédommagement des victimes de l'explosion de deux avions, américain et français, qui lui a été attribuée. Ce changement a dissipé la perplexité de la diplomatie marocaine, qui trouvait beaucoup de difficulté à concilier entre la solidarité avec la Libye dans ses prises de position et le rapprochement avec les positions des grandes puissances.

Cette évolution a coïncidé avec un autre événement sur le plan maghrébin, ayant incité le Maroc à consolider ses liens avec la Libye, à savoir le transfert de l'initiative de la tenue du Sommet Maghrébin à la Libye. Après l'échec des tentatives successives pour la tenue d'un sommet maghrébin, et l'accord sur le transfert de l'initiative de son organisation à la Libye, le Maroc a tablé sur un rôle que la Libye pouvait jouer au profit d'un règlement définitif du problème du Sahara. Dans cette perspective, le Maroc a escompté un soutien actif de la Libye pour la recherche des bases de la paix dans la région, qui prennent en considération l'esprit de l'Accord de Marrakech portant création de l'UMA; surtout que le Colonel Kadhafi avait annoncé que l'affaire du Sahara sera à la tête des sujets qui seront abordés durant le sommet. Celui-ci n'avait pas eu lieu en raison de la tension qui a caractérisé les relations maroco-algériennes ; ce qui a ramené les choses au point de départ.

IV. L'initiative marocaine pour le règlement de l'affaire du Sahara comme opportunité pour la relance de l'UMA

La décennie quatre-vingt-dix, en ce qu'elle a apporté comme transformations au plan mondial, dont plusieurs ruptures d'équilibres, a poussé la majorité des parties à un examen critique de la conscience. Ainsi, l'affaire du Sahara est entrée dans une nouvelle phase, marquée par des tentatives diplomatiques marocaines pour dépasser l'héritage du passé, à la lumière des changements positifs que le Maroc a connus dans le domaine politique, ainsi que les transformations profondes qui ont affecté l'ordre international.

Parmi les points positifs de l'expérience de l'alternance au Maroc, la dynamisation du dispositif diplomatique, manifesté en particulier dans l'augmentation du nombre des Etats ayant retiré ou gelé leur reconnaissance à la prétendue « RASD ». De même, après l'accession du Roi Mohammed VI au pouvoir, la diplomatie marocaine allait connaître une réelle réactivation, dans le sens de l'ouverture de la politique étrangère marocaine sur les différents acteurs politiques, l'adoption d'une nouvelle approche pour le dossier du Sahara et le renforcement de la place du Maroc au plan mondial. Cette réactivation consistait également en la défense énergique de l'intégrité territoriale, la réalisation de plus de communication et de dynamisme avec les parties maghrébines et internationales, afin de convaincre la communauté internationale du bien fondé de la position marocaine au sujet de la question du Sahara.

Après plusieurs années de tentatives internationales ayant abouti à l'impasse, l'affaire du Sahara marocain est entrée dans la liste des problèmes délicats et complexes auxquels les Nations Unies sont confrontées. Qui plus est, elle constitue l'un des rares litiges en instance depuis la guerre froide. Le plan de règlement onusien a connu en effet plusieurs reports en ce qui concerne l'organisation du référendum. Ces reports sont justifiés notamment par la lenteur qu'a connue l'opération d'identification, et par les positions divergentes des parties. Ce qui a fait régner un sentiment d'échec, à tel point que le Secrétaire Général des Nations Unies a proposé le retrait de la MINURSO de la région. L'ensemble de la communauté internationale, y compris les Etats-Unis et les Etats européens, a réalisé que la  tenue du référendum n'est pas seulement une opération ardue mais qu'elle est devenue impossible.

Convaincu de l'importance de l'option pacifique, loin de toute tension militaire pouvant entraîner un embrasement de la région -aspirant à régler de manière diplomatique la question du Sahara à travers une solution durable et définitive prenant en compte sa souveraineté et l'intégrité de son territoire et les spécificités de la région, conformément aux principes de démocratie et de décentralisation qu'il cherchait à développer-, le Maroc a exprimé sa volonté de chercher une solution politique négociée. Sur cette base, il a proposé l'initiative sur l'autonomie élargie dans le cadre de la souveraineté marocaine.

L'initiative marocaine a mis en place la base qui pourrait mettre un terme au conflit. En effet, un examen attentif de cette initiative, permet de relever qu'elle répond aux aspirations de toute collectivité qui désire que soit reconnue sa spécificité. En outre, l'initiative marocaine permet aux habitants du Sahara de constituer un gouvernement local, en plus d'un parlement et d'une instance judiciaire.

Dans le cadre de ces évolutions, le Conseil de Sécurité a adopté, le 30 avril 2007, la résolution 1754, qui invitait les parties à entrer en négociations directes pour aboutir à une solution juste sur la base de la légalité internationale et le droit à l'autodétermination. Dans ce sens, le Conseil de Sécurité a mentionné l'initiative marocaine d'autonomie, qui lui a été présentée le 11 avril 2007. Il a estimé que l'initiative marocaine est « sérieuse et crédible » et qu'elle répond aux aspirations internationales pour la résolution du conflit, et notamment la prise en compte du principe d'autonomie du territoire du Sahara comme l'une des applications du principe d'autodétermination.

Durant cette phase décisive, et en dépit des défis que l'affaire du Sahara a posés, la diplomatie marocaine a œuvré à récolter le soutien autour de l'initiative d'autonomie, en se déplaçant vers plusieurs pays concernés par l'affaire du Sahara, dont les pays du Maghreb. Cette tournée  tendait donc à éclaircir la position du Maroc et à expliquer l'esprit du projet d'autonomie élargie pour les provinces du sud du Royaume, afin de rechercher un règlement définitif et permanent au problème du Sahara. Dans cette perspective, le Roi Mohammed VI a dépêché une délégation ministérielle importante à Tunis en mars 2007, présidée par M. Chakib Benmoussa, Ministre de l'Intérieur. La délégation a été reçue par le Président tunisien Zine El Abidine Benali. A l'issue des discussions, M. Benmoussa a expliqué que l'objectif de cette rencontre est d'informer la Tunisie sur les grandes lignes et les grands aspects du contexte général du projet. Lequel prend en considération les spécificités régionales, et répond aux aspirations des habitants du sud, et leur confère la possibilité de gérer eux-mêmes leurs affaires, dans un esprit démocratique et dans le respect des normes internationalement reconnues. Cette initiative est en mesure de mettre un terme au conflit et de créer des conditions favorables propices pour la relance de l'UMA, ce qui ne manquera pas d'avoir des conséquences positives sur la région en matière de paix, de prospérité et de développement.

Dans la même période, le chef de l'Etat Libyen, Mouammar Kadhafi, a reçu la délégation ministérielle marocaine. Celle-ci a exposé au Président libyen le contenu et la philosophie du projet sur l'autonomie, et l'a informé sur les étapes traversées par ce projet conformément aux résultats des consultations tenues à ce propos au plan local et national, dans un esprit démocratique et participatif. La délégation marocaine a présenté les grandes lignes, les grands aspects et le contexte de la proposition marocaine. Une proposition ouverte, consistant à mettre en place une autonomie au Sahara marocain respectant les critères internationaux et conférant un pouvoir large aux habitants des provinces du sud pour la gestion de leurs affaires, dans le cadre de la souveraineté du Maroc et son intégrité territoriale. La délégation a précisé que le projet ambitionne de créer une dynamique créative en mesure d'ouvrir le champ à la construction du Grand Maghreb Arabe et le renforcement du développement économique et social de ces pays. En plus, ledit projet est de nature à réunir les conditions pour la garantie de la sécurité et la stabilité dans la région conformément aux intérêts des peuples de ces pays. Le président libyen a souligné la nécessité d'enterrer définitivement ce conflit et la relance pour une unité globale à laquelle aspirent les peuples maghrébins compte tenu des divers intérêts communs qui les réunissent, et œuvrer à la réalisation du développement, la sécurité et la stabilité dans la région du Sahel et du Sahara.

Il convient de noter que si la Tunisie s'est contentée d'une neutralité positive en ce qui concerne ces derniers développements de l'affaire du Sahara, la Libye s'est fortement inscrite dans le soutien de l'initiative marocaine. En effet, Monsieur Joumâa Abou El Kheyr, Directeur de l'Information extérieure libyenne, a souligné que le projet d'autonomie présenté par le Maroc constitue un pas positif dans la voie de la résolution du plus ancien conflit africain. Il a souligné, en outre, que ce projet aidera à rechercher les meilleures solutions pour toutes les parties au conflit. Après qu'il ait précisé que les parties concernées par le conflit restent le Maroc et l'Algérie et le Polisario, il a dit : « Nous n'avons jamais été des sécessionnistes et nous espérons la fin de ce problème pour que le Maroc joue un rôle principal dans le soutien du continent africain ». Il a également exprimé le souhait que le Maroc devienne un membre actif dans l'Union Africaine signalant que l'absence du Maroc de la scène africaine a « laissé un grand vide qui ne peut être remplacé que par le retour fort et rapide du Royaume ».

Le projet d'autonomie constitue une initiative courageuse se basant sur une solution médiane, attribuant aux habitants du sud leur droit de gérer leurs affaires locales spécifiques avec des garanties substantielles. Elle préserve les attributions régaliennes du Royaume du Maroc. L'initiative marocaine constitue une base réelle pour la négociation en vue d'aboutir à une solution politique consensuelle, juste et définitive au Sahara se fondant sur la règle « gagnant-gagnant ». La tension permanente dans les relations maroco-algériennes, au sujet de l'affaire du Sahara, doit pousser les autres parties maghrébines, notamment la Libye et la Tunisie, à jouer un rôle plus dynamique pour aider les parties au conflit à trouver un règlement définitif à cette question, sachant que la résolution de ce conflit est la clé de la réactivation de l'UMA. Cette aspiration concorde avec les nouvelles orientations des parties occidentales, notamment l'Union Européenne et les Etats-Unis, lesquels ont exprimé leur souhait pour la réalisation de l'intégration au plan maghrébin, et qu'une solution politique à ce conflit est de nature à favoriser l'UMA, qui dispose de tous les éléments de complémentarité. Ce qui lui permettra de jouer un rôle régional effectif et influent dans ses relations avec ses partenaires européens et américains. Par ailleurs, elle constituerait un cadre propice pour la coopération et la coordination des efforts pour affronter plusieurs défis sécuritaires, à leur tête le terrorisme international, notamment après les événements terroristes survenus dans les pays maghrébins durant les derniers mois, et la transformation du « Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) » en Algérie à ce qui est convenu d'appeler l' « Organisation d'Al Qaïda dans le Maghreb islamique ». Une telle situation a poussé les européens et les américains à plus de vigilance, en vue de pousser les parties au litige à accélérer la recherche d'une solution politique au problème saharien.

De son côté, le Maroc met en oeuvre tous les moyens internes et diplomatiques possibles, et encourage la Libye et la Tunisie à jouer des rôles dynamiques pour fédérer toutes les parties maghrébines autour du projet marocain d'autonomie. Cette initiative a en effet connu un large soutien de la part des grandes puissances, à leur tête les Etats-Unis, la France, l'Espagne et la Grande-Bretagne. De son côté, la résolution 1754 du Conseil de Sécurité qui a qualifié l'initiative marocaine de sérieuse et crédible va dans le même sens de la position qu'a confirmée la représentante américaine aux Nations Unies, Madame Jackie Sanders Walcott, à la suite de l'examen, par le Conseil de Sécurité, du rapport du Secrétaire général de l'ONU, le 11 juillet 2007. En effet, la représentante américaine a fait l'éloge des efforts sérieux du Maroc; efforts dignes d'être pris en compte pour faire avancer le dossier vers une solution définitive.                        

 

Docteur Mohammed El Bazzaz 
Enseignant à l'Université Moulay Smail - Meknès
03/10/2012