Depuis la fin de la guerre froide, les relations bilatérales entre les pays du Maghreb et les Etats tiers n'ont cessé de se diversifier, offrant une mosaïque d'accords avec notamment les Etats-Unis d'Amérique et l'Union Européenne. La nouvelle recomposition régionale et internationale accorde au conflit du Sahara des dimensions qui dépassent le cadre dans lequel elles ont été confinées depuis trente ans. Animés par les principes de la mondialisation sur le plan économique et par des considérations purement sécuritaires sur le plan de la stabilité, les différents acteurs (intervenants) vont opter pour de nouveaux partenariats stratégiques.

En 1998, Stuart Eizeinstat, vice-secrétaire américain aux affaires économiques, propose aux Etats du Maghreb un partenariat économique qui, juste après les évènements du 11 septembre 2001, va être renforcé, mais cette fois sur un plan politique et sécuritaire. La lutte contre le terrorisme dicte ici les principes de la coopération bilatérale. En effet, l'aide accordée au Maroc va passer de 20 millions de dollars en 2004 à 57 millions en 2005. Le statut « d'allié préférentiel non-membre de l'Alliance atlantique » va permettre, d'ailleurs, au Maroc de participer à des programmes américains en matière de défense.

Le développement de ces relations touche également l'Algérie qui a connu une installation de firmes multinationales américaines sur son territoire (le secteur des hydrocarbures). Une alliance militaire entre les Etats-Unis et l'Algérie s'est ensuite dessinée notamment pour lutter contre le terrorisme. « L'initiative transsaharienne anti-terroriste » (TSCTI), en 2004, vient confirmer l'engagement des Etats-Unis sur le plan militaire avec un ensemble plus vaste d'Etats comprenant huit pays africains : Tchad, Niger, Mali, Sénégal, Mauritanie, Maroc, Algérie et Tunisie. L'espace sahélien est intégré dans la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme nécessitant de la sorte une convergence de vues et d'objectifs avec les Etats maghrébins concernés.

Parallèlement à sa politique maghrébine avec les Etats-Unis, la région du Maghreb est naturellement tournée vers le continent européen. Les liens historiques, économiques et culturels qui unissent les Etats maghrébins à certains Etats européens, la France et l'Espagne notamment, ont longtemps favorisé les intérêts de ces deux derniers Etats avec le Maghreb. La conclusion d'une série d'accords d'association avec l'Union Européenne vient confirmer l'ancrage européen du Maghreb. L'association est d'ordre politique, économique, financier, social et culturel et vise avant toute chose  la création d'une zone de libre-échange.

L'intérêt des puissances étrangères pour le Maghreb ne laisse cependant pas de doutes sur leurs positions relatives à la question du Sahara. L'ensemble converge vers un ralliement plus prononcé à la thèse marocaine. Les Etats-Unis, pas plus que la France et l'Espagne, n'acceptent une indépendance du Sahara qui menacerait la stabilité de la région. Les Etats-Unis n'ont pas hésité, d'ailleurs, à exhorter le Maroc « à présenter une proposition d'autonomie globale et crédible ».

En réalité, le développement des relations des Etats maghrébins avec les puissances étrangères a relégué au second plan la coopération horizontale Sud-Sud. Préférant les échanges commerciaux avec l'Occident, les pays du Maghreb ont oublié que leurs économies sont complémentaires à plus d'un titre. Et il est tout à fait loisible de constater ici que le conflit sur le Sahara est l'une des causes du retard de l'intégration maghrébine et de l'incapacité des institutions en place, notamment l'UMA, à fonctionner normalement.

Sur le plan économique, « le manque à gagner, c'est-à-dire ce que perd le Maghreb à cause de la panne de l'Union du Maghreb Arabe, serait de l'ordre de 2% du PIB annuel en moyenne, pour chaque pays : Algérie, Maroc, Tunisie, Libye et Mauritanie... Les échanges inter-maghrébins ne représentent en moyenne que 2% du commerce extérieur de chacun de ces pays ».

Sur le plan universel, l'Organisation des Nations-Unies a tiré des leçons de ces dernières années, compte tenu de l'obstination des parties au conflit à camper sur leurs positions et à privilégier leurs propres thèses. Désormais les principaux acteurs sont invités à assumer leurs responsabilités en s'engageant dans des négociations directes susceptibles de conduire à une solution acceptable par l'ensemble des intervenants. L'ONU menace même de démanteler la Mission des Nations Unies pour l'Organisation du Référendum au Sahara Occidental (MINURSO) « si celle-ci ne pouvait remplir son mandat ou si les parties se révélaient incapables de progresser en direction d'une solution politique ». Le Royaume-Uni constate à cet effet qu'aucun « mandat des Nations Unies ne devait être considéré comme un mandat à durée indéterminée ». En effet, depuis sa création en 1991, la Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un Référendum au Sahara Occidental  a coûté pas moins de 45 millions de dollars par an au budget onusien.

Les différentes résolutions du Conseil de Sécurité ainsi que le renouvellement de la mission de la MINURSO n'ont désormais pas  d'effets positifs sur la question du Sahara. Certains observateurs constatent ici qu'il s'agit plutôt d'un conflit qui est un pur produit de la guerre froide et du clivage idéologique de l'époque. Le principe des droits des peuples à disposer d'eux-mêmes en vogue dans les années soixante et vivement défendu par l'Algérie perd en réalité de sa teneur devant la situation actuelle du conflit.

D'où les perspectives qu'ouvre aujourd'hui l'initiative marocaine sur l'autonomie du Sahara. L'impact de cette initiative ne sera pas dénué d'incidences positives sur la région du Maghreb et pour la Communauté internationale. Mettant fin à de longues tergiversations juridico-politiques et surtout à l'impossibilité d'appliquer un hypothétique référendum, le Maroc a le mérite de proposer une approche réaliste qui tient compte des intérêts particuliers des acteurs directs et indirects du conflit.

Dans une logique d'intégration régionale, et d'interdépendance des économies à l'échelle planétaire, la persistance de ce vieux conflit va à l'encontre des intérêts réels des Etats maghrébins. Ces derniers n'ont-ils- pas intérêt à dynamiser leur regroupement régional ? Quid du développement économique et du bien être social ? Tout porte à croire que le statut quo n'est pas pour l'heure.

Aujourd'hui, le Front Polisario ne joue plus le rôle d'acteur principal dans l'affaire du Sahara. Les Etats-Unis, pas plus que l'Union européenne ou le Conseil de sécurité de l'ONU, n'érigent ce mouvement en une priorité de leurs actions internationales. En définitive les discussions sur le plan d'autonomie, présentent une ultime opportunité à saisir par les acteurs du conflit.

 

Pr. Abdelmounaim Elgueddari
03/10/2012