La question saharienne a fait couler beaucoup d’encre. Souvent, elle a été traitée avec une méconnaissance effarante des principes qui ont présidé à l’expérience de décolonisation menée depuis 1945 par l’ONU. On ne peut donc comprendre la crise saharienne sans faire ce rappel historique. Ceci est d’autant plus nécessaire que le cas saharien a bénéficié, par rapport à toutes les autres situations de décolonisation classique, d’une spécificité certaine. Avant même la création de l’ONU, les puissances alliées se sont réunies entre 1942 et 1945 dans le cadre de plusieurs conférences internationales pour préparer l’après-guerre.

Le sort des pays colonisés était une des préoccupations majeures des Etats vainqueurs lors du second conflit mondial. Il ressort de cette phase préparatoire un certain nombre de divergences par rapport au phénomène de libération nationale. On pouvait distinguer deux grands groupes d’Etats. Le premier groupe était composé des Etats-Unis, des pays socialistes, des Etats du Tiers-Monde déjà indépendants et des pays scandinaves. La thèse de ce groupe était simple et se réduisait à l’appel pour la libération des peuples colonisés, d’autant plus que les puissances coloniales leur avaient promis l’indépendance à la fin du conflit.

Mais au terme de ce conflit, toutes les promesses ont été oubliées : c’est la position du second groupe. Ainsi, les puissances coloniales se sont opposées systématiquement à toute idée d’indépendance de leurs colonies. Dans ce contexte précis et surtout au moment de la rédaction finale de la Charte, notamment durant la conférence Dumbarton Oaks, un verrouillage a été opéré. L’existence de ces deux positions antinomiques s’est donc traduite au niveau de la Charte. Certains ont considéré que celle-ci ne pouvait être qu’un compromis entre les deux thèses. D’autres ont estimé que la Charte de l’ONU n’a fait que consacrer la colonisation.

En témoignent les limites introduites dans les dispositions relatives à l’émancipation des peuples colonisés. L’insertion du droit des peuples à disposer d’eux mêmes n’a pas été libellée de telle manière à en faire une règle impérative imposable à tous les Etats membres. Dans l’esprit des rédacteurs de la Charte, ce principe n’est qu’une mission, un but de l’ONU, mais nullement une disposition impérative. Bien plus, pour verrouiller davantage la Charte, les puissances coloniales ont tenu à y introduire le Paragraphe 7 de l’Article 2. Ce paragraphe dispose en effet qu’aucune « disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un Etat, ni n’oblige les membres à soumettre des affaires de ce genre à une procédure de règlement aux termes de la présente Charte ; toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte à l’application des mesures de coercition prévues au Chapitre VII ». Et comme ces puissances considéraient que les colonies faisaient parties de leur territoire national, toute ingérence (un soutien aux peuples colonisés) serait comme incompatible avec les buts des Nations Unies. Quant au statut définitif des peuples colonisés inscrit dans la Charte, il était en deçà de leurs légitimes aspirations.

saharadumaroc.net

03/10/2012