On la croyait si lointaine cette région sahélienne où l’on parle beaucoup de terroristes regroupés sous différentes nébuleuses, Aqmi, Mujao, Ansar Eddine…

Mais voilà que la prise d’otages qui s’est terminée dans le sang en Algérie vient nous mettre devant le fait accompli : L’Algérie voisine du Maroc a été attaquée sur son sol par des islamo-terroristes qui s’activaient impunément, et depuis longtemps, dans la région du Sahel. Le danger est d’autant plus sérieux suite à la dispersion forcée des membres des différents groupuscules terroristes suite à l’intervention militaire française au Nord Mali et suite à ce qui vient de se passer en Algérie. La preuve, selon des informations recueillies par le site du polisario, plusieurs combattants islamistes ont fui vers les camps de Tindouf en Algérie. Lorsque les autorités algériennes ont décidé de fermer les frontières, il était trop tard et des témoins des camps ont signalé l’arrivée de dizaines de pick-up transportant des combattants. On précise même que l’opération s’était déroulée samedi et dimanche 12 et 13 janvier. Selon les mêmes sources, il s’agit d’habitants sahraouis, originaires de Tindouf. Il y avait cependant parmi eux des étrangers, comme l’a assuré un témoin oculaire, cité par le site d’information.

Un dissident du Polisario, dont les informations sont généralement fiables, a affirmé avoir constaté, depuis l’offensive franco-malienne au Nord Mali, un mouvement inhabituel des milices armées du Polisario et des unités mobiles de l’armée algérienne. Parmi les fuyards, quelques noms célèbres notamment Hamada Ould Khaïrou, alias « El Sicario » (Le Sicaire), un haut dirigeant du MUJAO qui aurait rallié le groupe d’Omar Belmokhtar, l’un des chefs très connu d’AQMI. Hamada Ould Khaïrou qui est marié à une femme d’origine Sahraouie aurait, lui aussi, fui la zone des affrontements en compagnie de plusieurs combattants sahraouis.

L’alliance entre AQMI et le Polisario n’est pas une nouveauté liée à la guerre au mali. Depuis longtemps, des rapports ont circulé sur ce fait. Déjà, au moment de la guerre en Libye, des éléments du Polisario avaient été repérés aux côtés des forces de Kadhafi. Des experts en sécurité comme Walter Bruyères-Ostells ont évoqué le phénomène de « contamination » des jeunes sahraouis séquestrés à Tindouf par l’idéologie d’Aqmi et d’Ansar Eddine.

Selon le politologue Michel Galy, il y a fort à craindre que toute la région s’embrase. « Le Nord Mali sert de terre d’accueil à des groupes islamistes proches ou lointains », a-t-il expliqué sur RTBF.be. Les groupes dont ils s’agit sont, selon lui : « Ansar Dine, composé de touareg islamisés; le Mujao qui tient la ville de Gao; Aqmi, surtout composé d’Algériens, installé à Tombouctou. Il y a aussi des combattants du mouvement Boko Haram qui viennent du nord du Nigéria. Il y a aussi des djihadistes afghans et pakistanais, et d’autres qui viendraient de Somalie et du Polisario ». Sa conclusion : « Le scénario catastrophe de mon point de vue c’est justement pour les peuples du Sahel ».

« Il n’est point secret qu’un nombre important de jeunes sahraouis résidant dans les camps de Tindouf, complètement désespérés et déboussolés, ont adhéré à AQMI, en changeant complètement de conviction ou en espérant toucher des rançons importantes en contrepartie de leurs services rendus aux Djihadistes », soutient Abdelkader Lakhssassi, chercheur au laboratoire de Recherches Frontières, Acteurs et Représentations de l’Europe (FARE) à l’Université de Strasbourg. Selon le chercheur, les liens entre le Polisario et l’AQMI sont prouvés par l’état de paix entre les deux mouvements et par l’implication du Polisario dans l’enlèvement des bénévoles occidentaux dans les camps de Tindouf.

« Ainsi, les ONG et les Etats qui continuent de soutenir le polisario se trouvent d’une manière ou d’une autre coupables dans le développement des activités terroristes au Sahel » soutient A. Lakhssassi, précisant que le rêve du Polisario et de l’Algérie consistant dans la création d’un Etat minuscule au Sahara

« laisse place à un autre projet d’Al Qaeda, à savoir la création d’un grand Etat néo-salafiste, en commençant par le Sahel et en arrivant au Grand Maghreb Islamique ». Ainsi, conclue-t-il, « il est temps de comprendre que la situation au Sahel ne permet plus la pérennité du conflit sur le Sahara marocain et il est temps de concevoir également que la lutte contre le terrorisme au Sahel passe en premier lieu par la fin des camps de Tindouf et par le renforcement du développement des pays africains et des pays sahélo-sahariens, afin d’arrêter toute propagation désastreuse des réseaux terroristes dans la région et dans le monde ».

Dans son rapport de décembre 2012, intitulé « les défis de la sécurité en Libye et dans la région du Sahel », le Centre Stratégique des Etudes de la Marine Américaine (Virginie aux États-Unis) souligne que « l’infiltration par Al-Qaïda au Maghreb islamique des milices du Polisario dans les camps de Tindouf sur une grande échelle, constitue fort bien une menace directe pour la sécurité des pays du Maghreb et du Sahel ». L’alliance entre les militants séparatistes et les combattants extrémistes, réunis de par leurs intérêts, constitue un réel danger, ajoute le rapport qui précise que «des informations fiables confirment l’arrivée de dizaines de membres du Polisario au nord du Mali pour apporter un soutien à des groupes terroristes dans ce pays dans la région du Sahel. »

Le rapport cite la Fondation américaine Carnegie Endowment qui avait mis en garde les responsables américains contre les activités criminelles et les tensions sociales dans les camps de Tindouf, qui constituent une autre menace pour la stabilité et la sécurité en Afrique du Nord et la région du Sahel dans son ensemble.

Par : Hakim Arif

 

06/04/2013