Que les Etats-Unis projettent de demander au Conseil de Sécurité de l’ONU l’extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’homme au Sahara (et à Tindouf), ceci n’était guère attendu ni par les autorités marocaines, ni par le peuple marocain lui-même. Cette superpuissance qui considérait le Maroc comme un allié stratégique depuis l’élection du Président démocrate feu John Fitzgerald Kennedy, vient de marquer un tournant dans sa politique à l’égard de ce pays.

 

Sa nouvelle position à l’égard du Maroc, le premier dans le monde à l’avoir reconnue dès les premiers instants de son indépendance, juste après la signature du traité de Paris en 1783 ayant mis fin à la guerre entre américains et britanniques, est un geste somme toute des plus hostiles jamais enregistré dans les rapports des USA avec leurs alliés, mêmes à l’égard d’Israël dont les crimes commis contre le peuple palestinien ne peuvent être tus et tolérés. 

 

Le projet de résolution que les USA envisagent de soumettre au Conseil de Sécurité de l’ONU pour demander l’extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’homme au Sahara et à Tindouf, marque une rupture de la position constante de ce pays à l’égard du problème du Sahara et le place du côté du Polisario et de l’Algérie qui n’ont pas cessé depuis plusieurs années de revendiquer cette extension pour contrarier le Maroc et pour gêner sa tentative de faire aboutir les propositions d’autonomie qu’il avait faites pour régler le conflit à propos de ses provinces sahariennes.

 

Une extension du mandat de la Minurso signifierait la présence au Sahara même d’un nombre assez important d’agents onusiens chargés de « promouvoir et de surveiller les droits de l’homme dans le territoire », à travers des actions de sensibilisation et de formation auprès de la population et des autorités locales, mais aussi de rédiger des rapports réguliers à transmettre aux instances compétentes de l’ONU.

 

Les éléments séparatistes de l’intérieur qui à chaque fois commettent des provocations amenant les forces de l’ordre à intervenir pour les disperser, seraient donc « protégés » dans leurs actions défiantes et bénéficieraient ainsi d’un espace politique sans précédent pour organiser en toute légalité : meetings, discours publics, création d’associations et de médias pro-séparatistes. Que resterait-t-il alors de la souveraineté du Maroc sur ses province sahariennes? L’ONU n’aurait-elle pas ainsi offert aux séparatistes se sentant en sécurité, les conditions propices pour qu’ils mènent les troubles à l’ordre public  à leur plus haut niveau ?

 

Le Maroc ne pourrait nullement accepter une éventuelle décision du Conseil de Sécurité, conçu en ces termes. Ceci transformerait à néant ses efforts pour protéger ses province du sud des infiltrations d’éléments séparatistes pouvant créer des troubles se révélant incontrôlables et pouvant ternir l’image de ses forces de sécurité qui ne pourront pas ainsi intervenir pour assurer l’ordre public.

 

Avec ce projet de résolution, il n’y a pas lieu de douter un instant que les américains portent un grand défit à l’endroit d’un allié sûr et sincère; puisqu’ils savent d’avance à quoi mène la logique d’une éventuelle extension des pouvoirs de la Minurso sur ses provinces du sud. On dirait qu’ils veulent sournoisement le mettre en difficulté, alors qu’il n’y a pas si  longtemps, la diplomatie US le soutenait fermement.

 

De fait, si aujourd’hui les USA semblent changer de cap et se diriger vers une solution n’excluant pas « l’indépendance » et réconforter les séparatistes du Polisario et leur protectrice l’Algérie, ils n’ont jamais cru à une quelconque viabilité d’un Etat au Sahara marocain et allaient même franchir le pas en voulant proposer en avril 2008 une résolution à l’ONU qualifiant l’indépendance du territoire d’option « irréaliste », chose qui allait placer la proposition marocaine d’autonomie au centre des négociations. D’après des documents émanant du Département d’Etat et publiés récemment par Wikileaks, il a fallu le volte-face de Sarkozy pour dissuader les américains d’aller jusqu’au bout de leur tentative d’exclure toute référence à l’option d’indépendance dans ce dossier. A leur surprise, la France a refusé à la dernière minute d’appuyer cette résolution. Ils se sont interrogés : « Cela semble inconsistant avec ce que le ministère des Affaires étrangères présentait comme étant une évolution rapide de la position française, étant donné la situation instable en Afrique du nord et ses inquiétudes à propos de la possibilité, même minime, d’un « état failli » à travers lequel des terroristes pourraient circuler avec une relative impunité ».

 

Les Américains avaient même regretté que le communiqué proposé à la place par les Français n’eut pas été aussi explicite que « ce sur quoi nous nous étions mis d’accord lors de nos discussions en privé ». Ils expliquent cette attitude de Paris par le poids du « lobby algérien » au sein du gouvernement français, alors que le président Sarkozy avait besoin à cette époque du soutien de l’Algérie pour son Union de la Méditerranée et que le business français lorgnait toujours le marché algérien…

 

A présent, les choses ont pris une autre tournure. Ajouté à la déclaration de l’ambassadeur US  Samuel Kaplan qui ; lors d’une conférence qu’il a récemment tenue devant la presse à la veille de son départ définitif du Maroc et lors de laquelle il a considéré que la proposition d’autonomie que le Maroc avait faite ne peut demeurer la seule base des négociations tendant à résoudre le conflit du Sahara, le projet de résolution que les USA compte présenter au Conseil de Sécurité appelé à examiner le renouvellement du mandat de la Minurso à la fin du mois, confirme fort bien qu’un changement important vient d’être opéré par l’Administration Obama quant à la politique à suivre à l’égard du Maroc, alors que jusqu’à la veille du départ de Mme Clinton et son remplacement au Département d’Etat par Kerry, la position de cette Administration était même favorable au plan de paix par l’autonomie élargie présenté par le Maroc.

 

 Que s’est-il passé depuis cette date ? Serait-il là un désaveu du « processus de réformes » engagé par Rabat depuis le déclenchement du printemps arabe? Ou serait-il là une manière de précipiter les événements dans le but d’en finir avec un conflit ayant trop longtemps duré et menaçant de rendre toute la Région du Sahel incontrôlable? Ne peut-on pas voir là-dedans les signes d’une tentative des américains à vouloir amplifier encore l’animosité entre le Maroc et l’Algérie poussant ainsi vers une guerre déstabilisatrice des deux pays et les affaiblissant pour que l’occasion soit offerte ainsi  à  Israël pour qu’elle en finisse définitivement avec la question palestinienne maintenant que l’Irak, l’Egypte et la Syrie sont hors jeu? La réponse nous viendra d’elle-même une fois que le remue-ménage que connaîtra ce dossier aura livré ses secrets et ses prolongements…

 

Sami Shérif

17/04/2013

Commentaires (1)

  • anon
    perceneige (non vérifié)

    j espère que l algérie est prête pour le pire car on voit bien le système de déstabilisation entourant l algérie et les usa changeant d avis sur ses pseudos alliés ça sent le brûlé et la france qui essai d impliquer l algérie s est vraiment pas bon tout ça car contrôler toute ses frontière sera très difficile surtout siils font comme en syrie

    sep 23, 2013