Il y a de l’électricité dans l’air. Au lendemain du soutien américain à l’élargissement des prérogatives de la Minurso sur la question des droits de l’homme, le Maroc réagit. En effet, les États-Unis se préparent à soumettre au Conseil de sécurité un avant-projet de résolution pour élargir l’action de la Minurso au contrôle et à l’établissement de rapports sur les droits de l’homme dans les provinces du sud et dans les camps de Tindouf. Un revirement majeur qui a fait monter la moutarde au nez des responsables marocains. Ces derniers perçoivent l’initiative américaine comme une ingérence dans les affaires internes du royaume. C’est la raison pour laquelle, les chefs des partis de la majorité comme de l’opposition auraient été convoqués hier par le Cabinet royal à une réunion d’urgence. Cela dénote de cette ouverture vertueuse sur les partis politiques concernant tout ce qui se rapporte à la question de l’intégrité territoriale du pays. Le fait que la proposition marocaine pour une large autonomie au Sahara ait fait l’objet d’une large concertation en atteste. La symbolique est donc forte comme l’est d’ailleurs cette forte mobilisation qui a pris forme à partir d’hier lundi. Contacté, M’Hammed Grine, membre du PPS, affirme que la mobilisation est générale autour de cause nationale. «Quand il s’agit de la question de l’intégrité territoriale de notre pays, toutes les autres considérations s’éclipsent», ajoute Grine qui se préparait à prendre part à une réunion de militants des droits de l’homme représentant plusieurs ONG. 

Selon le membre du PPS, cette position américaine en faveur de l’extension des prérogatives de la Minurso ne date pas d’hier. En avril 2011, à l’occasion d’une réunion avec l’ambassadeur Samuel Kaplan, l’éventualité a été exprimée. En tout cas, il n’y a plus aucun doute, c’est à un changement de cap que l’on assiste. Les événements s’accélèrent et il faut dire que le dossier du Sahara marocain a évolué ces derniers temps sous le signe de l’urgence. Durant sa visite d’État au Maroc, le président français, François Hollande, a parlé de l’urgence de trouver une solution politique sur la base de la proposition d’autonomie qu’il a qualifiée de base sérieuse. L’entretien accordé, mercredi dernier à Fès, par le souverain à l’émissaire onusien pour le Sahara, Christopher Ross, s’inscrit aussi dans cette logique d’activation d’une affaire qui n’a que trop duré. Cet entretien s’inscrit aussi dans la droite ligne des «garanties et précisions confirmées par Ban Ki-moon au souverain au mois d’août dernier», indique un communiqué du Cabinet royal. Il intervient quelques jours seulement après la remise de son rapport au Conseil de sécurité, après une tournée régionale qui a conduit le responsable au Maroc, en Algérie et en Mauritanie. Les trois pays qui participent habituellement, en plus du polisario, aux négociations officielles sur le Sahara marocain à Manhasset (banlieue new yorkaise). Justement au deuxième round des négociations à Manhasset en août 2007, la plateforme marocaine pour une autonomie élargie dans les provinces du sud avait inspiré les experts onusiens. Ces derniers avaient présenté durant les négociations un exposé sur les ressources naturelles et la gouvernance locale en rapport avec l’autonomie. Aujourd’hui, le Maroc a fait preuve de beaucoup d’initiatives dans les provinces du sud, y compris et surtout dans le domaine des droits de l’homme. En témoignent les travaux effectués par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) sur les opportunités économiques qui peuvent profiter aux autochtones et représenter un vrai levier pour les questions sociales et des droits de l’homme.

Mostafa Bentak   

17/04/2013