Les perspectives de partenariat "gagnant-gagnant" entre le Maroc et le Conseil de Coopération du Golfe (CCG), mises en avant à l'occasion de la tournée de SM le Roi Mohammed VI dans la région, pourraient augurer de la constitution d'un nouvel axe de coopération triangulaire Europe, Golfe, Maghreb/Afrique, centré autour du Royaume, estime le directeur l'Observatoire d'études géopolitiques de Paris, le Pr. Charles Saint-Prot.

 

"A partir d'un Maroc, associé aux puissances financières arabes et porte d'entrée vers une partie de l'Afrique noire, pourrait se constituer l'ébauche d'un nouvel axe de coopération triangulaire ?Europe, Golfe, Maghreb/Afrique noire-, capable de redonner aux économies européennes le souffle dont elles ont tant besoin tout en offrant de nouvelles perspectives aux pays en développement", écrit-il dans l'éditorial du dernier numéro du bulletin d'information de son observatoire.

 

L'expert français qui revient sur les différentes étapes du périple royal dans la région du Golfe, dans le sillage du partenariat stratégique du Maroc avec le CCG prévoyant notamment le financement de projets de développement à hauteur de cinq milliards de dollars sur cinq ans, souligne que cette visite a permis de démontrer que SM le Roi "est bien l'artisan des grands changements et des initiatives visant à faire du Maroc un pays émergent".

 

Cette visite, destinée à présenter aux dirigeants du CCG les projets sélectionnés au regard des priorités portant sur des investissements d'infrastructures pour faciliter l'accès aux services sociaux de base, le renforcement et le développement de l'agriculture au Maroc (Plan Maroc Vert), les secteurs du transport (les ports, les autoroutes), a également été une occasion, selon lui, de mettre en avant les différentes opportunités "prometteuses" d'investissement au Maroc dans différents secteurs, dans le cadre d'un partenariat "gagnant-gagnant" pour les deux parties mais également pour l'Afrique et l'Europe.

 

"Les nations européennes devraient redécouvrir que leur avenir passe par le Sud", d'autant plus que "la montée en puissance du développement du Maroc se fera également avec l'apport et l'expertise des sociétés européennes, en particulier françaises, et sans négliger la construction maghrébine", écrit le chercheur français.

 

L'attractivité du Maroc a déjà séduit, relève-t-il, de grands groupes français à l'instar de Renault installé dans la région de Tanger ou encore le groupe agro-alimentaire Danone qui a investi dans la Centrale laitière marocaine.

 

Le Pr. Saint-Prot souligne les atouts stratégiques du Maroc aux yeux des investisseurs du Golfe. "Disposant du tiers des fonds souverains à l'échelle mondiale, les Etats du CCG, qui sont en quête de zones sûres pour investir, se tournent naturellement vers un pays politiquement et économiquement stable tout en offrant des ressources humaines qualifiées et un bon climat des affaires", affirme-t-il.

 

Il met en avant "l'exception marocaine qui continue à se manifester, en particulier sur le plan international" puisque le Royaume, bénéficiant d'un statut avancé auprès de l'Union européenne, "attire d'autant plus les investissements directs étrangers que ceux-ci se sont détournés de la Tunisie et de l'Egypte", sur fond des révoltes arabes.

 

Une situation confortée, retient-il, par "l'évolution dans la sérénité et le renforcement du processus démocratique dans le cadre d'une monarchie marocaine réformatrice, considéré comme un modèle par les dirigeants du Golfe qui partagent également le souci de préserver la stabilité, la sécurité et l'intégrité territoriale des pays arabes".

 

A cet égard, l'expert met l'accent sur l'importance des rencontres du Souverain à Amman et dans le Golfe arabe pour le renforcement de "la coordination des efforts au sein du Groupe des Amis de la Syrie, dont une réunion est prévue prochainement au Maroc, lequel est actuellement membre du Conseil de sécurité".

 

Sur le dossier du Sahara, il considère que "le Maroc qui fait bénéficier ses partenaires du Golfe de son expertise en matière sécuritaire et contre-terroriste, peut également compter sur leur soutien pour ce qui concerne l'intégrité territoriale du Royaume et ses efforts sous les auspices des Nations unies visant à parvenir à une solution définitive, réaliste et mutuellement acceptable à la question du Sahara marocain".

 

En même temps, relève-t-il, "l'implication du Maroc sera nécessaire pour trouver une solution à la crise malienne et à la lutte contre le narco-terrorisme au Sahel".

 

"Là encore, pour les pays européens légitimement inquiets des risques de déstabilisation au sud de la Méditerranée et au Sahel, le Maroc se présente bien comme la seule puissance d'équilibre sérieuse dans la région", conclut le chercheur français.

 

30/10/2012