Les 300 « combattants » du Polisario , incorporés ou éléments actifs du MUJOA, ne sont en fait que l’écran de fumée d’une politique qui a fourvoyé pendant des années bien des esprits.

La rumeur n’est plus une rumeur ! Elle se transforme en une vérité irréfragable, difficile à démentir : le Polisario reste le bras armé du terrorisme sahélo-saharien et le paravent d’une politique de déstabilisation au Maghreb.

Nous n’avons cessé de le dire, de le rappeler… Et voilà qu’une experte, tunisienne, vient de nous décrire son implication profonde dans le mouvement terroriste MUJOA ( Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’ouest) , lui-même branche dissidente – mais allié objectif – d’al Qaïda Maghreb (Aqmi). Ce n’est donc pas le gouvernement ou les autorités marocaines qui l’affirment, mais une académicienne tunisienne qui vient d’effectuer une visite de travail au Mali, là où se déroule de nos jours, à coup sûr, l’une des graves crises internationales modernes. Alaya Allani , puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a publié une longue étude dans la revue « Al Arabiya Institute for Studies » qui a valeur d’enseignement. Le MUJAO, écrit-elle, « comprend environ 1.000 combattants et se compose d’éléments étrangers, dont 300 membres du Polisario et 200 militants du groupe terroriste Boko Haram , en plus d’autres activistes originaires de certains pays africains et arabes de la région, écrit l’académicienne qui s’était rendue au Mali pour évaluer la situation dans ce pays ». Ce constat, pour le moins neutre et surtout ne provenant pas d’une source marocaine, résume à lui seul une réalité que le Maroc, arguments à l’appui , n’a eu de cesse de dénoncer. Curieusement, la démonstration de Alaya Allani vient dans le même temps corroborer les dires de Yonah Alexander , directeur du Centre international pour les études contre le terrorisme (ICTS) , qui relève du Potomac Institute à Washington. Il affirme lui aussi que « le ralliement de dizaines de membres du polisario au MUJAO dans le nord du Mali constitue, ainsi, la suite somme toute logique d’une radicalisation du Polisario et de l’exacerbation des conditions de vie dans les camps de Tindouf, où les populations sont séquestrées contre leur gré par les milices des séparatistes ».

Une force d’appui de la guerre d’AQMI

Deux analyses non pas contradictoires, mais nuancées, complémentaires, nous apprennent ainsi la nouvelle vocation, de plus en plus affichée, du Polisario, de ses attaches avec le terrorisme le plus violent que le groupe al-Qaïda pratique et inspire dans la région. Paradoxalement, il serait intéressant de savoir comment le gouvernement algérien accueille une telle forfaiture, et comment réalise-t-il à quel point son rejeton, crée un certain mai 1973, est-il en train de lui planter la dague dans le dos ? L’information qui est tombée samedi dernier souligne par ailleurs que « le constat de l’académicienne tunisienne rejoint les conclusions de plusieurs experts américains selon lesquelles le Polisario, convaincu de collusion et de complicité avec AQMI, comme en témoigne le kidnapping de ressortissants occidentaux en plein cœur de Tindouf, s’est mué en force d’appoint de la guerre déclarée par AQMI et le MUJAO contre l’Occident. ». On n’oublie pas, également, comment il se livre au trafic de drogue, des armes venues de Libye, et comment il terrorise à mort les populations séquestrées depuis 1975 dans les camps de Tindouf Lahmada. La collusion ne date pas d’hier, les 300 « combattants » du Polisario , incorporés ou éléments actifs du MUJOA, ne sont en fait que l’écran de fumée d’une politique qui a fourvoyé pendant des années bien des esprits. Il faudra peut-être s’efforcer un jour de faire la part des choses. En l’occurrence souligner cette réalité qu’en novembre 1975, à l’issue de la Marche verte, ce sont seulement quelques milliers de sahraouis qui avaient été conduits de force aux camps de Tindouf, sous la menace des baïonnettes de la sécurité algérienne. Il ne s’est jamais agi d’un « peuple sahraoui » comme la propagande du Polisario et des services algériens n’ont cessé de le faire croire, affirmant notamment plus de 100 000 sahraouis « réfugiés », voire même près de 1 million… Cet aspect de la propagande algéro-polisarienne est d’autant plus significatif d’une volonté de fourvoyer l’opinion mondiale sur l’existence d’un peuple réel, justifié par un nombre effarant inventé de toutes pièces, alors que les services algériens et leurs stipendiés du Polisario « récupéraient » et enrôlaient de force les populations en déshérence suite aux graves sécheresses des années quatre-vingt, au nord du Mali, du Niger, de Mauritanie et du Sahel en général pour grossir le nombre des populations parquées à Tindouf. D’où l’impossibilité pendant de longues années pour le HCR (Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies) de se rendre dans les camps de Tindouf pour distinguer entre sahraouis authentiques et sahraouis « fabriqués », parce la démarche gênait aux entournures un Polisario et un gouvernement algérien confondus dans leur politique mensongère ! Voilà la réalité géopolitique d’une époque traversée par le trouble retournement des choses ! Nous en recueillons à présent les retombées , la région étant devenue une sorte de peau de léopard, découpée entre la légalité affichée et la déstabilisation en œuvre comme un rouleau compresseur. Que le polisario, versus MUJAO , combatte désormais aux côtés d’al-Qaïda ne nous apprend rien, tant il est vrai que le vaste « no man’s land » que constitue cet espace sahélo-saharien, aux frontières poreuses pour ne pas dire inexistantes, constitue également le prolongement géographique d’une vision : celle d’al-Qaïda qui instrumentalise le polisario, prend en considération le désespoir des jeunes qui , à force d’attendre et d’espérer sous le soleil de plomb dans les camps de Tindouf , décident leur « tout va… » !

Mea-culpa

Le gouvernement algérien, qui a longtemps joué avec le feu, aussi bien au Sahara, au Sahel qu’au Nord du Mali, n’a pas encore fini de mesurer le grave danger qui pointe à son horizon sud. La récente et sanglante affaire du complexe gazier d’In Amenas devrait pourtant lui donner à réfléchir, à révéler la part d’ombre qu’il s’obstine à couvrir.  On ne citera ici que le secrétaire général du FFS , Ali Laskri, qui, lors d’une session du Conseil national de son parti, tenue vendredi à Alger, a estimé que « l’agression terroriste perpétrée le 16 janvier dernier vient rappeler brutalement (…) la grande vulnérabilité sécuritaire, économique et politique de notre pays, mais également que l’absence de démocratie et de libertés, le népotisme, la corruption, l’exercice du pouvoir en dehors du cadre institutionnel et de tout contrôle, la marginalisation des élites et le mépris des populations, menacent aujourd’hui dangereusement la stabilité du pays et son devenir ». Dont acte ! Le MUJOA , Aqmi et consorts en savent quelque chose….

04/02/2013