Potentialité d'une dérive terroriste du polisario

Les groupes terroristes, notamment Al Qaïda, utilisent certaines zones du Sahel, qui constituent  de véritables «zones grises» pour l'entraînement de leurs membres ou de nouvelles recrues, mais également pour la vente de produits d'origine criminelle. Ces zones, difficiles à contrôler en raison de leur structure géographique, rendent plus difficile la lutte anti-terroriste. A cela, il faut ajouter que le changement de dénomination du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) qui prend désormais le nom de «Al Qaïda aux pays du Maghreb Islamique», traduit une mutation dans ses orientations pour renforcer ses liens avec Al-Qaïda. De plus, cette dernière s'intéresse désormais aux noirs africains pour rejoindre la «guerre sainte». Ainsi, on estime que «plus de 600 disciples de Ben Laden arpentent la zone désertique Sahélo-saharienne».

Dans ce cadre, il est indispensable, de se pencher sur le Polisario afin d'évaluer la possibilité d'une dérive islamiste. En effet, cette organisation est actuellement en perte de vitesse, et sa base arrière se situe dans un espace où la porosité avec certaines zones grises du pourtour sahélien est avérée.

Pour ce faire, il s'agit de mettre en relief les éléments clés de la conflictualité endogène du Polisario susceptibles de présenter un intérêt stratégique pour la sécurité régionale et internationale, plus précisément de cartographier le contexte favorisant la survenance de l'événement projeté. Celui-ci est dans notre cas : le Polisario pourrait il basculer vers le terrorisme ? D'où la nécessité d'appréhender la structuration de la conflictualité au sein de la direction du Polisario (I) afin d'en examiner les conséquences pour la sécurité régionale et internationale (II). L'enjeu étant d'anticiper le plus en amont possible le risque de survenance de l'événement projeté. Plus tôt le risque est détecté, et plus large sera la marge de manœuvre de la communauté internationale. D'où le rôle vital de l'anticipation. Ainsi, après avoir évalué le risque de dérive terroriste du Polisario, qui matérialisera éventuellement la potentialité d'une menace, des recommandations (III) seront émises. En effet, aucun «dérèglement» ne peut être négligé, ignoré, ou marginalisé. La prévention doit prévaloir.

I.    La structuration de la conflictualité au sein de la direction du polisario

La Direction du Polisario concentre une multitude de facteurs crisogènes pouvant porter atteinte à la sécurité, régionale et internationale. D'où l'intérêt de mettre en exergue le contexte qui rendrait possible la dérive terroriste de l'organisation séparatiste et in fine l'intérêt stratégique qui se traduirait par une menace pour la sécurité des pays du Maghreb et de son environnement international. Aussi, le Polisario, produit de la guerre froide (A), souffre d'une illégitimité chronique (B), dont la faiblesse (C) est génératrice d'un «système» de rentiers (D).

A.    Le polisario : produit de la guerre froide

La genèse du Polisario participe d'une dynamique obéissant à des impératifs spécifiques à la guerre froide. Emanation du Pouvoir algérien, jadis satellite de l'URSS, il était en fait un instrument de l'affrontement interposé entre les deux blocs, est et ouest. Dès sa création, le Polisario est d'emblée soutenu par l'Algérie qui est encore aujourd'hui d'une aide vitale pour cette organisation séparatiste tant aux niveaux, matériel, logistique, territorial que diplomatique. Le Front Polisario s'est en effet formé en 1973 sous la direction de son premier chef, El-Ouali Moustapha Sayed, avec une revendication indépendantiste sous couvert de l'existence d'un «peuple sahraoui», alors même que si nation «sahraouie» il y a, elle devrait englober non seulement une partie du sud marocain, mais également du nord mauritanien et du sud ouest algérien. Dès lors, le Polisario se dota d'une branche armée dénommée «Armée de Libération Populaire Sahraouie» (ALPS) qui lui a servi à mener une série de coups de force, mais en vain, contre des objectifs militaires, que ce soit au Sahara ou sur le territoire de la Mauritanie.

En 1975, le Polisario s'installe à Tindouf, en Algérie, où il administre des camps de séquestrés sahraouis, et un an plus tard, en février 1976, il a annoncé la création de la «RASD», la «République Arabe Sahraouie Démocratique» et reçoit le soutien des mouvements de gauche. Par ailleurs, la «RASD» fut reconnue par de nombreux Etats, principalement sous la pression du Pouvoir algérien. Cependant, aucun pays européen ne reconnaît cette entité, ni même l'ex-URSS. Au cours des premières années, le Polisario rencontre des succès diplomatiques et militaires. Entre 1974 et 1980, il lance plusieurs offensives réussies grâce à une stratégie de guérilla, renforcée notamment par l'apport d'armements sophistiqués. En réaction à ces opérations armées, le Maroc entame dès les années 1980, un «mur de défense» de plusieurs centaines de kilomètres. Finalisé en 1987, il permettra de stabiliser le conflit armé voire même de modifier la situation militaire en sa faveur. Le Polisario commence alors à connaître un essoufflement aussi bien militaire que diplomatique. En effet, de nombreux pays avaient commencé à retirer leur reconnaissance à la «RASD». En 1991, le cessez-le-feu est prononcé conformément aux accords de paix de 1988. Année qui marque également la fin de la guerre froide. Ce qui, combiné à d'autres facteurs, a provoqué chez certains de ses membres, une démobilisation voire même des défections. En effet, le mode de gestion des dirigeants du Polisario a largement contribué à démotiver ses adhérents. Il participe de l'illégitimité de sa Direction.

B.     L'illégitimité de la direction du polisario

Celle-ci, formée d'un clan, qui, «couvert» par des puissances étrangères, confisque les sphères du débat démocratique sous des paravents légitimistes. Aussi, la Direction du Polisario recourt-elle fallacieusement à des formules identitaires et séculières fortes, telles que celles de «peuple», de «Mouvement de Libération Nationale», ou de «droit des peuples à disposer d'eux-mêmes».

La dynamique interne régissant le Polisario se situe dans un continuum de cette illégitimité sur le plan du droit international. Un certain nombre de poteaux indicateurs l'illustrent. En voici un panorama non exhaustif.

Premièrement, le Polisario est une organisation hiérarchisée de type staliniste qui entraîne le monopole de la prise de décision par un noyau. Dans ce cadre, toute initiative venant de la base est étouffée ; bien plus, elle n'est pas tolérée sous peine d'être qualifiée de complot. En cas de contestations, les sanctions sont très sévères, comme l'illustrent les quatre vagues de répression de 1974, 1977, 1982 et 1988 contre certaines tribus, qui ont fait de nombreux morts et beaucoup de torturés parmi les séquestrés.

Selon Laurence Ammour, ce mouvement «reste, malgré un déclin idéologique certain, un mouvement socialiste radical tant dans ses idées que dans ses méthodes».

Ce qui va de pair avec l'étroite surveillance des étrangers de passage dans les camps grâce au service du «protocole».

Signalons également que pour rester fidèle aux préceptes staliniens, interdiction est faite à tout membre du Polisario de quitter les camps de séquestrés avec toute sa famille. Pour mieux s'en assurer, et sous couvert de scolarisation, les enfants des séquestrés sont «exportés» principalement vers Cuba, sans même l'avis de leurs parents et ce, malgré leur très jeune âge (parfois 7 ans). Ils sont parfois exploités dans leur force de travail voire même abusés sexuellement. Certains d'entre eux reçoivent un endoctrinement politique ainsi qu'une formation militaire. Il apparaît donc qu'il s'agit bien d'une violation des droits élémentaires de l'enfant ainsi que celle des parents qui sont contraints de vivre loin de leur progéniture. Selon Saadani Ma Oulanie, séparée de ses parents à l'âge de 9 ans pour travailler dans les exploitations de sucre et de citron à Cuba, le Polisario agit de la sorte pour obliger les parents à rester dans les camps, dans l'attente de leurs enfants.

Par ailleurs, pour corroborer leurs pratiques despotiques et tout en soulignant le cas des prisonniers marocains qui étaient détenus par le Polisario, et dont d'autres le sont toujours, le rapport de «France-Libertés» de 2003 est très significatif quant aux conditions de vie qui leur étaient imposées. Il fait notamment état des mauvais traitements qu'ils ont subis : assassinats, tortures, exhibitions, malnutrition, privation de logement et de vêtements, travail forcé auquel participaient les militaires algériens, ce qui constitue une entorse au droit international humanitaire.

Deuxièmement, il s'appuie sur un système de rentiers.

Une différence de traitement est de mise entre les séquestrés ainsi qu'un système de clientélisme visant à maintenir une forte dépendance avec le noyau.

Une infime minorité, proche de la Direction du polisario, dispose de toutes les commodités pour mener une vie agréable alors que l'écrasante majorité vit dans des conditions de précarité extrême.

Ce système permet aux responsables du polisario de contrôler de très près les séquestrés de Tindouf. Quant aux contestataires, ils en sont exclus. Leur désaffection est aggravée lorsqu'il s'agit de la question des aides. En effet, outre celles émanant de certains Etats dont l'Algérie, le Polisario trouve également ses ressources dans les aides humanitaires octroyées par les ONG et les Organisations Internationales.

La direction du Polisario effectue des détournements de grande envergure des aides précitées, ce qui participe au financement des activités du Front et à l'enrichissement de ses dirigeants. En témoigne notamment monsieur Ghloulam Mouichame, ex-représentant du Polisario en Allemagne qui a constaté «qu'une importante quantité des aides humanitaires envoyées aux populations des camps de Tindouf par les donateurs allemands est systématiquement détournée par les membres de la nomenklatura du Polisario qui procèdent à sa vente...».Second exemple, le détournement d'une importante aide émanant de la croix rouge espagnole. Les aides ainsi détournées, parfois au détriment de la santé des séquestrés, sont vendues sur les marchés, algérien, mauritanien, malien et nigérien. 

Pour «Gonfler»l'allocation des aides émanant de l'étranger, la direction du Polisario n'hésite pas à recourir aux techniques de la manipulation et de la désinformation. C'est ainsi qu'elle surévalue le nombre de séquestrés en vue de l'obtention d'une aide conséquente. Le surplus servant à des ventes sur le marché noir.

Troisièmement, il ne dispose d'aucune marge de manœuvre par rapport au Pouvoir algérien. Etant une création du Pouvoir algérien, c'est chez ce dernier que le Polisario trouve ses principaux soutiens. C'est dire que l'organisation séparatiste est téléguidée par Alger.

Ce qui implique qu'elle ne peut, pour «survivre», qu'adopter des postures autocratiques préemptives afin d'annihiler toute tentative de contestation susceptible de porter atteinte à ses devantures légitimistes. Ainsi le Polisario recherche en permanence la protection directe de son parrain pour le prémunir de toute velléité contestataire naissante en contrepartie d'objectifs futurs géoéconomiques et de leadership régional.

C.    Conséquences internes au polisario

En premier lieu, l'ensemble des éléments précités explique les défections des membres du Polisario, y compris de ses propres dirigeants.

Ainsi, l'appel du monarque défunt Hassan II envers «les frères égarés pour regagner la patrie clémente et miséricordieuse», a conduit à de nombreuses défections et ralliements au Maroc de représentants du Polisario dans les années 80. Citons par exemple, Ahmed Moulay M'Hamed dit Ahmed Cherif, ancien chef des services de sécurité et le commandant Ayoub Lahbib, membre fondateur du Polisario. De plus selon Baba Sayed, frère du fondateur du mouvement indépendantiste, «au cours des quinze dernières années seulement, le tiers de la direction du Front Polisario a rejoint le Royaume du Maroc».

Après le cessez-le-feu, beaucoup de séquestrés ont quitté Tindouf, la plupart pour regagner le Maroc et de nombreux combattants se sont repliés en Mauritanie : alors que les décideurs du Polisario continuaient à vivre dans l'opulence, les soldats, invalides et blessés de guerre, n'ont pas été récompensés. Beaucoup ne recevaient plus leurs soldes.

Ces départs des campements de Tindouf continuent jusqu'à aujourd'hui, principalement vers le Maroc et l'Europe.

En effet, d'après les témoignages de séquestrés qui ont réussi à rallier leur mère patrie, le Maroc, 8000 sahraouis dont 30% sont des cadres du Polisario, ont fui Tindouf pour regagner le Royaume. Ainsi, le phénomène des défections ne concerne pas seulement les familles fuyant les conditions d'extrême précarité, mais il s'étend également aux membres de la Direction du Polisario. Tous ont fini par se rendre compte que le mouvement séparatiste a perdu toute crédibilité, d'autant plus qu'il est responsable des malheurs des populations séquestrées, alors que leurs concitoyens sur le territoire marocain mènent une vie décente et jouissent de l'ensemble de leurs droits et libertés.

Ainsi, une famille marocaine de huit personnes, originaire des provinces du Sud du Royaume, a regagné, le 23 septembre 2007 la Mère Patrie, fuyant les camps de Tindouf.

Le père de cette famille a souligné la «vie de désespoir et de misère dont souffrent l'ensemble des détenus dans les camps de Lahmada à Tindouf».

La situation dans les camps, a-t-il relevé, «est de plus en plus désespérante eu égard à la recrudescence d'actes d'extorsion et d'exploitation commis à l'encontre des détenus par des éléments du Polisario et des marchands parasites inféodés à la direction du front, notamment pour ce qui est des aides alimentaires, particulièrement le lait pour enfants, fournies gracieusement par certaines organisations humanitaires.

Ce filon est devenu une source d'enrichissement pour ces marchands».

En second lieu, il y a lieu de signaler la création vers la fin de l'année 2003 de l'organisation «Le Polisario Khat Achahid» (Polisario, ligne du martyr), faction dissidente du Front Polisario, née en réaction aux pratiques dictatoriales et autocratiques des dirigeants du Front. Dirigée par une quinzaine de personnes basées en Espagne, cette organisation réfractaire prône la négociation pour la résolution de la question du «Sahara», sans toutefois exclure l'éventualité d'une lutte armée. Son porte-parole Mahjoub Salek, a récemment affirmé son souhait de négocier directement avec le Roi du Maroc.

Par ailleurs, elle exige «la démission collective de la direction actuelle» du Polisario et dénonce «la mauvaise gestion administrative et la propagation de la corruption, du clientélisme et du tribalisme». De plus à l'occasion du trente et unième anniversaire de la «RASD» en février 2007, elle a dénoncé la «politique de mendicité» pratiquée par le Polisario et les besoins cruels en nourriture, alors que des cérémonies et festivités aux budgets faramineux ont lieu. Ce qu'elle a réitéré en décembre de la même année, à l'occasion du 12ème congrès du Polisario.

Au delà du discours véhiculé par cette structure dissidente, «le Polisario Khat Achahid» traduit bien une crise de légitimité d'une extrême gravité au sein des rangs du polisario. C'est dans cette perspective qu'il y a lieu d'insister sur l'implosion de l'organisation séparatiste.

De plus, un autre groupe de membres du Polisario a déclaré sa dissidence au moment ou le groupe séparatiste organisait son 12ème congrès. Composé de diverses tribus sahariennes notamment les Rguibat, les Oulad Dlim et les Oulad Sbaâ, il a annoncé son soutien au projet marocain d'autonomie pour le Sahara et dénoncé la politique dictatoriale du Polisario, corroborant ainsi l'existence d'une réelle fissuration du mouvement qui demeure soumis aux décisions prises par Alger.

II.   Les conséquences pour la sécurité régionale et internationale

 

Le Polisario, étant entre les mains  de dirigeants rentiers, a institué un système autocratique sous des paravents légitimistes artificiels couverts par des puissances étrangères. Il s'ensuit un tropisme des exclus du clan polisarien, qui constituent l'écrasante majorité d'un tel système. Le but étant de transcender et de supplanter ces paravents légitimistes. A cette fin, il convient d'attirer l'attention de la communauté internationale, que l'action terroriste pourrait être privilégiée par une communauté marginalisée.

Celle-ci, par l'instrumentalisation du caractère intangible, supérieur et sacré du message coranique, et une interprétation radicale et déformante de l'islam, y recourra, pour contourner le rideau de fer polisarien. En effet, il ne faut pas négliger le risque qu'une frange des militants du Polisario écartent les instruments séculiers de contestation eu égard à son despotisme stalinien.

Aussi, ces réseaux de militants portent-ils en eux les germes d'une menace pour la sécurité régionale et internationale : «Al Qaïda aux pays du Maghreb Islamique» pourrait agréger plusieurs de ces réseaux déterritorialisés à travers notamment le Maghreb, l'Afrique subsaharienne, le Sahel et l'Europe. Ces réseaux ainsi intégrés changeront d'objectif et épouseront ceux d'Al Qaïda, organisation mère «d'Al Qaïda aux pays du Maghreb Islamique», c'est à dire, une rupture entre le monde musulman et le reste du Monde. Ainsi, Zouerate où s'implante de plus en plus Al Qaïda, accueille également des éléments du Polisario. Certaines des recrues émanant du Polisario sont «achetés» par Al Qaïda tandis que d'autres rejoignent cette organisation terroriste, nourris par les promesses non tenues que leurs leaders corrompus, font depuis ces trente dernières années. Il n'est pas exclu que les éléments séparatistes parviennent à Zouerate grâce à des «courses de caravanes du désert» organisés et financés par Al Qaïda voire le Polisario.

Ces groupes agiront par conséquent sous le label d'Al Qaïda, érigée en référence quasi mythique ayant pu défier et humilier la première puissance mondiale. Loin du contexte ayant présidé à la création du Polisario par son parrain, ces militants activistes se déploieront sous l'étendard d'une prétendue légitimité religieuse en faisant fi de leur filiation au Polisario. Quelques indicateurs sont en mesure d'exhorter la communauté internationale à s'interroger sur l'évolution de cette organisation. En effet, à une question posée à Mohamed Abdelaziz, chef coopté de l'organisation séparatiste,  par un journal algérien daté du 23 août 2005 et portant sur une prétendue existence en Mauritanie d'un centre d'entraînement pour terroristes qui aurait été fréquenté par des militants polisariens, celui-ci a répondu : «Certes, nous ne vivons pas dans une île et tout ce qui touche l'Afrique, le monde arabe et le Maghreb nous touche ! Il se peut que l'attente, les déceptions, ainsi que les «idées» ayant cours au Maghreb puissent toucher quelque peu notamment la jeunesse. Il se peut qu'il puisse se trouver de jeunes Sahraouis «intéressés» par l'islamisme radical...». De plus, relevons que l'Agence France-Presse a rapporté le samedi 11 juin 2005 que le  chef du Polisario a condamné l'attaque de la base militaire mauritanienne de Lemgheity en ces termes : «Nous condamnons cette attaque que nous considérons comme une action terroriste injustifiée». Ce qui signifie que le polisario ne condamne pas le terrorisme dans l'absolu !

De même, l'arrestation par les services de sécurité mauritaniens, à la mi-janvier 2004, de Baba Ould Mohamed Bakhili, membre actif du Polisario, paraît être une atteinte à la paix et à la sécurité internationales. En effet, début décembre 2003, de grandes quantités d'explosifs ont été subtilisées dans des entrepôts de la Société nationale mauritanienne de l'industrie minière (SNIM). L'expertise a montré que les explosifs en question sont destinés à fabriquer des bombes pour un autre usage : des attentats terroristes. D'où la question : le Polisario avait-il l'intention de passer à l'acte ou cherchait-il à vendre ces produits volés à des groupes radicaux islamistes présents dans les régions frontalières poreuses du Grand Sahara ? Une telle question revêt un enjeu vital. En effet, que les activistes polisariens se soient emparés des explosifs pour le compte de leur «Direction» ou pour leur propre compte, ou même pour celui des groupes terroristes proliférant dans la région, cela n'y change rien. Quelles que soit l'option retenue, toutes sont alarmantes. Ce qui souligne le danger que représente aujourd'hui le Polisario pour la sécurité régionale et internationale.

Rappelons que selon Charles Saint Prot, Directeur de l'Observatoire d'études géopolitiques, le Polisario a déjà eu recours à des attaques terroristes, à l'instar d'une action contre un bateau espagnol en 1985.

Cette probabilité d'une dérive terroriste du Polisario est d'autant plus importante que la menace s'accélère au Sahel. En témoigne l'assassinat en Mauritanie de quatre touristes français le 24 décembre 2007, par des individus qui se déclarent d'Al Qaïda. De plus l'annulation du Rallye Paris-Dakar de l'édition 2008 et son transfert pour 2009 en Amérique latine, conforte l'hypothèse d'une menace grandissante dans la zone sahélienne.

Bien évidement, certains catalyseurs sont susceptibles d'intervenir dans le processus de radicalisation du polisario. Ainsi en serait-il de sa collusion avec le crime organisé dont le commerce illégal et la traite des migrants subsahariens transitant par le Sahara marocain pour rejoindre les rives européennes. De même que pourrait être envisagée une contamination du polisario par des activistes radicaux subsahariens.

Mais ce ne sont là que des facteurs aggravants, car la conflictualité au sein du Polisario est d'ordre «génétique», et donc structurelle. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, cette organisation sera condamnée soit à disparaître, soit à basculer, selon un rythme plus ou moins lent en fonction de l'effet des déclencheurs précités, vers le terrorisme.

Au final, étant en perte de vitesse depuis l'effondrement de l'URSS, et eu égard à la nouvelle stratégie d'Al Qaïda dans les pays du Maghreb, il ne serait pas étonnant que l'islamisme récupère ce résidu post guerre froide.

En effet, il faut appréhender le développement d'Al Qaïda au Maghreb comme étant une réplique du cas irakien au triple niveau, idéologique, stratégique et opérationnel.

A ce titre, l'implantation d'Al Qaïda au Maghreb vise à fédérer les activistes en Afrique du Nord et au Sahel. L'enjeu étant l'unification des groupes radicaux sous la bannière d'un symbole, Al Qaïda, qui permet aux organisations locales de se doter d'une certaine notoriété et d'être des pôles d'attraction en termes de recrutement. Etant bien entendu que l'organisation algérienne dénommée, «Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat» est bien «l'avant-garde du Jihad au Maghreb islamique» de l'aveu même de son chef Abou Moussab Al Wadoud. Ce qui signifie bien qu'«Al Qaïda aux pays du Maghreb Islamique» trouve son assise dans le GSPC. Elle en est le prolongement et l'émanation, mais avec les rectifications stratégiques, opérationnelles et idéologiques assurant la continuité stratégique avec Al Qaïda afin que la sphère opérationnelle terroriste transcende les frontières nationales.

III.      Recommandations

Dans ce qui précède, nous n'avons pas exclu que l'effondrement du bloc soviétique puisse provoquer une atomisation du polisario. Ses membres, ses soutiens, ses militants et ses sympathisants, en déshérence d'objectifs, et également de moyens (les aides destinés aux séquestrés de Tindouf sont détournés), peuvent changer de référentiel idéologique et opter pour l'islamisme radical. En d'autres termes, c'est ce dernier qui constitue, aujourd'hui, la nouvelle idéologie révolutionnaire transnationale, contestant le Nouvel Ordre Mondial. En somme, la menace pour la paix et la sécurité internationales réside dans le fait que si le Polisario était à ses débuts, une organisation, produit de la Guerre Froide, il est aujourd'hui un résidu post guerre froide. Par conséquent, toutes les dérives sont possibles.

A.    Recommandations à l'attention de la communauté internationale

Ainsi, l'attention de la Communauté Internationale doit être attirée sur le danger, pour la sécurité internationale, d'un foyer terroriste naissant dans les camps de Tindouf.

La situation se présente schématiquement comme suit : une organisation illégitime et déliquescente dont la raison d'être est le séparatisme, face à laquelle le Maroc propose une solution optimale d'autonomie s'inscrivant dans le cadre de sa souveraineté sur son Sahara.

Le corollaire est que si le Polisario et/ou son parrain n'intègre(nt) pas cette condition sine qua non à la résolution du conflit, l'on assistera à une érosion suivie d'une décadence couronnée in fine par la possible transformation du Polisario en organisation terroriste atomisée et incontrôlable, à l'instar d'Al Qaïda.

Enfin, si la période de la guerre froide était marquée par une lutte idéologique opposant deux blocs quasi imperméables, celle qui lui succède se caractérise par la mondialisation des échanges notamment économiques. C'est dire que l'époque contemporaine est celle des «Unions», c'est-à-dire des groupements économiques régionaux et non des morcellements. Or, un autre «Etat» dans la région est aux antipodes du nouvel ordre mondial.

Il résulte de ce qui précède que la communauté internationale devrait procéder à un traitement étiologique (quant aux symptômes, il sont suffisamment manifestes et persistants pour justifier une telle thérapeutique) afin d'appréhender les raisons objectives, spécifiques au Polisario, qui le transformeraient, du fait de son érosion, en organisation terroriste diffuse donc insaisissable. Elle doit faire pression sur le tandem Polisario-Algérie pour l'amener à accepter la proposition marocaine d'autonomie pour le Sahara, qui soulignons le, demeure ouverte à la négociation. La résolution de la question du Sahara atténuera les risques de survenance d'actions terroristes qui trouvent un terrain propice dans les zones de conflits.

B.     Recommandations à l'attention de l'algérie

Il est recommandé à l'Algérie de faire preuve de réalisme en adhérant à la proposition marocaine pour une autonomie au Sahara. Rappelons que l'Algérie est le premier pays du Maghreb à souffrir des attentats terroristes. Son adhésion au projet marocain d'autonomie lui sera bénéfique notamment du fait que les risques d'attentats sur son sol se réduiront et ce, pour maintes raisons :

  1. La coordination entre les services de sécurité marocains et algériens sera optimale.
  2. Les conditions de vie du peuple algérien seront améliorées. En effet, il pourra disposer de revenus supplémentaires en raison d'une meilleure allocation des ressources. Le budget alloué à l'armement baissera, pour être redéployé vers des activités créatrices de valeurs. De plus, il n'y aura plus de raison d'être au blocage de l'UMA qui observera un redémarrage, catalyseur d'une croissance supplémentaire pour l'Algérie.

L'Algérie aurait tort de croire que son rayonnement passe par un affaiblissement du Maroc. Bien au contraire, elle en est l'une des grandes perdantes d'autant que cela contribue à déstabiliser la région toute entière.

Comme l'a souligné le rapport de l'OTAN déclassifié au début de l'année 2008, la non résolution du problème du Sahara constitue en elle-même, un risque pour la sécurité en méditerranée occidentale.

 

Meriem Aouad et Nabil Lamrani
CEI
 
03/10/2012