Radioscopie générale du Polisario

La genèse du Polisario participe d'une dynamique obéissant à des impératifs spécifiques à la Guerre Froide. Emanation du Pouvoir algérien, jadis satellite de l'URSS, il était en fait un instrument de l'affrontement interposé entre les deux blocs, est et ouest. Dès sa création, le Polisario est d'emblée soutenu par l'Algérie qui est encore aujourd'hui d'une aide vitale pour cette organisation séparatiste tant aux niveaux, matériel, logistique, territorial que diplomatique. Le Front Polisario s'est en effet formé en 1973 sous la direction de son premier chef, El-Ouali Moustapha Sayed, avec une revendication indépendantiste sous couvert de l'existence d'un « peuple sahraoui », alors même que si nation « sahraouie » il y a, elle devrait englober non seulement une partie du sud marocain, mais également du nord mauritanien et du sud ouest algérien. Dès lors, le Polisario se dota d'une branche armée dénommée « Armée de libération Populaire Sahraouie » (APLS) qui lui a servi à mener une série de coups de force, mais en vain, contre des objectifs militaires, que ce soit au Sahara ou sur le territoire de la Mauritanie.

En 1975, le Polisario s'installe à Tindouf, en Algérie, où il administre des camps de séquestrés sahraouis, et un an plus tard, en février 1976, il annonce la création de la « R.A.S.D », la « République Arabe Sahraouie Démocratique » et reçoit le soutien des mouvements de gauche. Par ailleurs, la « R.A.S.D » fut reconnue par de nombreux Etats, principalement sous la pression du Pouvoir algérien. Cependant, aucun pays européen exceptée la Yougoslavie (reconnaissance retirée depuis) ne reconnaît cette entité, ni même l'ex URSS. Au cours des premières années, le Polisario rencontre des succès diplomatiques et militaires. Entre 1974 et 1980, il lance plusieurs offensives réussies grâce à une stratégie de guérilla, renforcée notamment par l'apport d'armements sophistiqués. En réaction à ces opérations armées, le Maroc, obéissant à des considérations de préservation de la paix dans la région, entame dès les années 1980, la construction d'un «mur de défense » de plusieurs centaines de kilomètres. Finalisé en 1987, il permettra de stabiliser le conflit armé voire même de modifier la situation militaire en sa faveur.

Le Polisario commence alors à connaître un essoufflement aussi bien militaire que diplomatique. En effet, de nombreux pays avaient commencé à retirer leur reconnaissance à la RASD. En 1991, le cessez-le feu est prononcé conformément aux accords de paix de 1988. Année qui marque également la fin de la guerre froide ; ce qui, combiné à d'autres facteurs, a provoqué chez certains de ses membres, une démobilisation voire même des défections. En effet, le mode de gestion des dirigeants du Polisario a largement contribué à démotiver ses adhérents. Il participe de l'illégitimité de sa Direction.

La Direction du Polisario est formée d'un clan, qui, « couvert » par des puissances étrangères, confisque les sphères du débat démocratique sous des paravents légitimistes. Aussi, la Direction du Polisario recourt-elle fallacieusement à des formules identitaires et séculières fortes, telles que celles de « peuple », de « Mouvement de Libération Nationale », ou de « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Elle est restée identique depuis une trentaine d'années, ce qui dénote de son caractère dictatorial.

La dynamique interne régissant le Polisario se situe dans un continuum de cette illégitimité sur le plan du droit international. Un certain nombre de poteaux indicateurs l'illustrent. En voici un panorama non exhaustif.

Premièrement, le Polisario est une organisation hiérarchisée de type staliniste qui entraîne le monopole de la prise de décision par un noyau. Dans ce cadre, toute initiative venant de la base est étouffée ; bien plus, elle n'est pas tolérée sous peine d'être qualifiée de complot. En cas de contestations, les sanctions sont très sévères, comme l'illustrent les quatre vagues de 1974, 1977, 1982 et 1988 contre certaines tribus, qui ont fait de nombreux morts et beaucoup de torturés parmi les séquestrés.

Selon Laurence Ammour[1], ce mouvement « reste, malgré un déclin idéologique certain, un mouvement socialiste radical tant dans ses idées que dans ses méthodes ».

Ce qui va de pair avec l'étroite surveillance des étrangers de passage dans les camps grâce au service du « protocole ».

Signalons également que pour rester fidèle aux préceptes staliniens, interdiction est faite à tout membre du Polisario de quitter les camps de séquestrés avec toute sa famille. Pour mieux s'en assurer, et sous couvert de scolarisation, les enfants des séquestrés sont « exportés » principalement vers Cuba, sans même l'avis de leurs parents et ce, malgré leur très jeune âge (parfois 7 ans). Ils sont parfois exploités dans leur force de travail voire même abusés sexuellement. Certains d'entre eux reçoivent un endoctrinement politique ainsi qu'une formation militaire. Il apparaît donc qu'il s'agit bien d'une violation des droits élémentaires de l'enfant ainsi que celle des parents qui sont contraints de vivre loin de leur progéniture. Selon Saadani Ma Oulanie, séparée de ses parents à l'âge de 9 ans pour travailler dans les exploitations de sucre et de citron à Cuba, le Polisario agit de la sorte pour obliger les parents à rester dans les camps, dans l'attente de leurs enfants.

Par ailleurs, pour corroborer leurs pratiques despotiques, soulignons le cas des prisonniers marocains qui étaient détenus par le Polisario, et dont d'autres le sont toujours. Le rapport de « France Libertés » de 2003 est, à cet égard, très significatif des conditions de vie qui leur étaient imposées. Il fait notamment état des mauvais traitements qu'ils ont subis : assassinats, tortures, exhibitions, malnutrition, privation de logement et de vêtements, travail forcé auquel participaient les militaires algériens ; ce qui constitue une entorse au droit international humanitaire.

Deuxièmement, il s'appuie sur un système de rentiers.

Une différence de traitement est de mise entre les séquestrés ainsi qu'un système de clientélisme visant à maintenir une forte dépendance avec le noyau.

Une infime minorité, proche de la Direction du Polisario, dispose de toutes les commodités pour mener une vie agréable alors que l'écrasante majorité vit dans des conditions de précarité extrême.

Ce système permet aux responsables du Polisario de contrôler de très près les séquestrés de Tindouf. Quant aux contestataires, ils en sont exclus. Leur désaffection est aggravée lorsqu'il s'agit de la question des aides. En effet, outre les aides émanant de certains Etats dont l'Algérie, le Polisario trouve également ses ressources dans les aides humanitaires octroyées par les ONG et les Organisations Internationales.

La direction du Polisario effectue des détournements de grande envergure des aides précitées, ce qui participe au financement des activités du Front et à l'enrichissement de ses dirigeants. Les aides ainsi détournées, parfois au détriment de la santé des séquestrés, sont vendues sur les marchés, algérien, mauritanien, malien et nigérien.

Pour « Gonfler »l'allocation des aides émanant de l'étranger, elle n'hésite pas à recourir aux techniques de la manipulation et de la désinformation. C'est ainsi que la direction du Polisario surévalue le nombre de séquestrés en vue de l'obtention d'une aide conséquente. Le surplus servant à des ventes sur le marché noir.

Troisièmement, il ne dispose d'aucune marge de manœuvre par rapport au Pouvoir algérien. Etant une création du Pouvoir algérien, c'est chez ce dernier que le Polisario trouve ses principaux soutiens. C'est dire que l'organisation séparatiste est téléguidée par Alger.

Ce qui implique qu'elle ne peut, pour « survivre», qu'adopter des postures autocratiques préemptives afin d'annihiler toute tentative de contestation susceptible de porter atteinte à ses devantures légitimistes. Ainsi le Polisario recherche en permanence la protection directe de son parrain pour le prémunir de toute velléité contestataire naissante en contrepartie d'objectifs futurs géoéconomiques et de leadership régional.

Le Polisario, étant entre les mains de dirigeants rentiers, a donc institué un système autocratique sous des paravents légitimistes artificiels couverts par des puissances étrangères. Il s'ensuit un tropisme des exclus du clan polisarien, qui constituent l'écrasante majorité d'un tel système.

Quels peuvent être les conséquences internes au Polisario ?

En premier lieu, l'ensemble des éléments précités explique les défections des membres du Polisario, y compris de ses propres dirigeants.

Ainsi, l'appel du monarque défunt Hassan II envers « les frères égarés pour regagner la patrie clémente et miséricordieuse », a conduit à de nombreuses défections et ralliements au Maroc de représentants du Polisario dans les années 80. Citons par exemple, Ahmed Moulay M'Hamed dit Ahmed Cherif, ancien chef des services de sécurité et le commandant Ayoub Lahbib, membre fondateur du Polisario. De plus selon Baba Sayed, frère du fondateur du mouvement indépendantiste, « au cours des quinze dernières années seulement, le tiers de la direction du Front Polisario a rejoint le Royaume du Maroc ».

De plus, après le cessez- le feu, beaucoup de séquestrés ont quitté Tindouf, la plupart pour regagner le Maroc et de nombreux combattants se sont repliés en Mauritanie : alors que les décideurs du Polisario continuaient à vivre dans l'opulence, les soldats, invalides et blessés de guerre, n'ont pas été récompensés. Beaucoup ne recevaient plus leurs soldes.

Ces départs des campements de Tindouf continuent jusqu'à aujourd'hui, principalement vers le Maroc et l'Europe.

En effet, d'après les témoignages de séquestrés qui ont réussi à rallier leur mère patrie, le Maroc, 8000 sahraouis dont 30% sont des cadres du Polisario ont fui Tindouf pour regagner le Royaume. Ainsi, le phénomène des défections ne concerne pas seulement les familles fuyant les conditions d'extrême précarité, mais il s'étend également aux membres de la Direction du Polisario. Tous ont fini par se rendre compte que le mouvement séparatiste a perdu toute crédibilité, d'autant plus qu'il est responsable des malheurs des populations séquestrées, alors que leurs concitoyens sur le territoire marocain mènent une vie décente et jouissent de l'ensemble de leurs droits et libertés.

Récemment, en réponse à l'appel Royal « la Patrie est clémente et miséricordieuse », une famille marocaine de huit personnes, originaire des provinces du Sud du Royaume, a regagné, le 23 septembre 2007 la Mère Patrie, fuyant les camps de Tindouf.

Le père de cette famille a souligné la « vie de désespoir et de misère dont souffrent l'ensemble des détenus dans les camps de Lahmada à Tindouf ».

La situation dans les camps, a-t-il relevé, « est de plus en plus désespérante eu égard à la recrudescence d'actes d'extorsion et d'exploitation commis à l'encontre des détenus par des éléments du Polisario et des marchands parasites inféodés à la direction du front, notamment pour ce qui est des aides alimentaires, particulièrement le lait pour enfants, fournies gracieusement par certaines organisations humanitaires.

Ce filon est devenu une source d'enrichissement pour ces marchands ».

Pour ce père de famille, qui servait dans les rangs de « l'armée » du Polisario, les sujets récursifs évoqués dans les camps demeurent la situation de détresse, les scissions dans les rangs du front et l'aspiration au retour à la Mère Patrie.

Il est à noter que le retour s'effectue dans un seul sens : de Tindouf, à la Mère Patrie, le Maroc, mais jamais dans l'autre. Ce qui montre le degré d'engagement des citoyens de la région du Sahara à leur marocanité et la situation funeste dans les Camps de Tindouf.

En second lieu, il y a lieu de signaler la création en 2004 de l'organisation « Le Polisario Khat Achahid » (Polisario, ligne du martyr), faction dissidente du Front Polisario, née en réaction aux pratiques dictatoriales et autocratiques des dirigeants du Front. Dirigée par une quinzaine de personnes basées en Espagne, cette organisation réfractaire prône la négociation pour la résolution de la question du « Sahara », sans toutefois exclure éventuellement la lutte armée. Par ailleurs, elle exige « la démission collective de la direction actuelle » du Polisario et dénonce « la mauvaise gestion administrative et la propagation de la corruption, du clientélisme et du tribalisme ». De plus à l'occasion du trente et unième anniversaire de la « RASD » en février 2007, elle a dénoncé la « politique de mendicité » pratiquée par le Polisario et les besoins cruels en nourriture, alors que des cérémonies et festivités aux budgets faramineux ont lieu.

Bien plus, lors d'une conférence de presse tenue le 8 août 2007, son porte-parole Mahjoub Salek a clairement affirmé l'illégitimité des dirigeants actuels du Polisario à parler au nom des Sahraouis, pour mener des négociations avec le Maroc. D'où sa proposition d'élire les dirigeants censés les représenter. Au cours de cette même conférence de presse, il s'est déclaré favorable à une solution autonomiste dans le cadre de la souveraineté marocaine.

Au delà du discours véhiculé par cette structure dissidente, « le Polisario Khat Achahid » traduit bien une crise de légitimité d'une extrême gravité au sein des rangs du polisario. C'est dans cette perspective qu'il y a lieu d'insister sur l'implosion de l'organisation séparatiste.

[1] Sociologue, Section de la recherche, Collège de Défense de l'OTAN, Rome, Italie.

03/10/2012