Plan de régionalisation du Maroc

La nouvelle année apporte un nouveau souffle dans la résolution définitive du conflit sur le dossier du Sahara. Après plusieurs années de tergiversations et de rounds de négociations sous l’égide de l’ONU, le Maroc reprend en main la mise en œuvre de l’initiative d’autonomie pour les provinces du Sud, territoire au cœur de cet éternel conflit qui en plus de freiner l’intégration régionale, influe négativement sur l’atteinte des objectifs de développement politique et socioéconomique que vise le Maroc, principalement pour ses provinces du Sud. 

 

Dans le sillage des réformes  politiques et socioéconomiques engagées par le Maroc et qui accordent un accent particulier au développement territorial, notamment à travers l’ambitieux chantier de régionalisation, le royaume vient donc d’inaugurer une nouvelle approche pour la mise en œuvre d’un véritable modèle spécifique aux provinces du Sud. Le ton a été donné, mercredi dernier à Agadir, où le souverain, entouré pour la circonstance du chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, et de plusieurs conseillers, a reçu des mains de Chakib Benmoussa, le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), la note de cadrage pour le rapport que s’apprête à élaborer l’institution pour servir de base à la mise en œuvre de la nouvelle politique. Le document a été préparé par la commission ad hoc mise en place par le CESE au lendemain du discours royal prononcé le 6 novembre dernier à l’occasion de la commémoration du 37e anniversaire de la Marche verte. À cette occasion, le roi a tenu à souligner la nécessité de renforcer les multiples chantiers de développement lancés au profit des populations de la région et surtout «de leur insuffler une nouvelle dynamique, au vu des perspectives ambitieuses qui s’ouvrent grâce aux projets structurants en voie de réalisation, de programmation ou d’évaluation». C’est en ce sens qu’il a appelé à l’élaboration d’un modèle de développement régional intégré et rigoureux, s’appliquant sur une échelle la plus large possible et visant à créer une synergie et une complémentarité entre les programmes sectoriels. Ce modèle devrait permettre «de relever les différents défis auxquels la région fait face et de favoriser la mise en place d’un système économique régional, favorable à la croissance et à la création de richesses et générateur d’emplois, notamment au profit des jeunes». Le choix du CESE, institution constitutionnelle et consultative, a été guidé par les attributions qui lui sont dévolues et qui constituent des gages permettant la réussite de ce projet, dont les enjeux pour le Maroc sont multiples. «Afin d’assurer les conditions de réussite de ce projet ambitieux, et compte tenu de ce dont dispose le Conseil économique, social et environnemental en termes de compétences, d’attributions et de composition plurielle, il est le plus apte à en assurer la préparation, suivant une approche participative permettant la participation des populations concernées et le concours de tous les acteurs nationaux», a expliqué le souverain.

 

La préparation de ce rapport constitue donc un prélude à la concrétisation de l’initiative marocaine d’autonomie en faveur du Sahara marocain, à travers notamment la mise en œuvre du vaste chantier de régionalisation. Dans son discours du 6 novembre dernier, Mohammed VI a en effet tenu à réaffirmer l’engagement du Maroc à mettre en œuvre la régionalisation avancée, en commençant, en premier lieu, par les provinces du Sud. Selon le souverain, ce choix s’explique par «la possibilité qu’elles offrent aux populations de participer à la gestion de leurs affaires locales et de contribuer au développement humain intégré et durable». De plus, a souligné le souverain, la régionalisation avancée «crée un climat mobilisateur porté par une dynamique sociétale prometteuse, favorisant l’émergence de nouvelles élites, notamment parmi les femmes et les jeunes, dans le cadre d’une alternance démocratique ouverte au pouvoir». Le rapport du CESE, qui sera décliné en octobre prochain, constituera donc une expérience pilote dans le cadre de la mise en œuvre de la régionalisation avancée, à qui une nouvelle dynamique vient d’être insufflée. C’est d’ailleurs à ce titre que le président du CESE a expliqué que dans le cadre de la réalisation de ce rapport, «le Conseil inscrira ses travaux dans le cadre du projet de régionalisation avancée et s'intéressera à l'ensemble des provinces du Sud, même si une attention particulière sera réservée aux provinces récupérées». Les travaux pourraient, par la suite, constituer une plate-forme facilitant la mobilisation des acteurs autour d'un projet fédérateur, pouvant être mis en œuvre dans un horizon temporel réaliste de 10 à 15 ans, avec des premiers résultats dès son démarrage, a indiqué Benmoussa lors de la présentation de la lettre de cadrage au souverain.

 

Enjeux politiques et socioéconomiques

En insufflant une nouvelle dynamique à la mise en œuvre de l’Initiative d’autonomie pour les provinces du Sud, le Maroc entend donner une nouvelle impulsion à la résolution du conflit sur le dossier du Sahara, tout en mettant en œuvre les bases de l’atteinte des objectifs de développement qu’inaugure la régionalisation avancée. «L’initiative judicieuse de conférer au Sahara marocain une autonomie dans le cadre de la souveraineté du royaume, de son unité nationale et de son intégrité territoriale, constitue un tournant important dans le processus de règlement définitif de ce conflit régional artificiel, dans la mesure où elle accorde à toutes les populations de la région une grande latitude pour gérer leurs affaires locales, dans le respect de leurs spécificités culturelles», a justifié le souverain en donnant le signal de départ de la nouvelle démarche marocaine. «La dynamique que cette initiative audacieuse a enclenchée en mettant en marche un nouveau processus de négociations, n’a pas abouti, jusqu’à maintenant, à la solution politique consensuelle et définitive escomptée, a déploré par la même occasion le souverain. Il s’agit donc à présent d’aller de l’avant en s’appuyant sur l’accueil favorable reçu au niveau international par l’approche marocaine. Plusieurs puissances internationales dont les États-Unis et la France, considèrent la proposition marocaine comme une «base crédible pour les négociations». Le contexte géopolitique international et la situation régionale s’y prêtent d’ailleurs favorablement. Après l’échec consommé de l’approche de l’émissaire du secrétaire général des Nations unies, Chritopher Ross, qui a lui-même reconnu les limites de sa médiation à travers les négociations informelles, cette nouvelle approche marocaine ne manquera pas de mettre tous les différents acteurs devant les faits. Le Maroc ne pouvait en effet plus se permettre le luxe d’accuser encore du retard à cause de cette affaire qui prend en otage le pari national pour l’émergence, alors que se profilent des perspectives de développement pour l’ensemble du pays, grâce au modèle de développement mis en œuvre depuis des années et qui a été conforté par l’expérience du printemps arabe.


 

«Un rapport à mi-étape sera remis en mars prochain»

                    

Ahmed Abbadi, Membre du CESE.

Les Échos quotidien : Le CESE vient de remettre au souverain la lettre de cadrage définissant les grandes lignes du rapport sur le développement des provinces du Sud. En quoi consiste la mission du CESE dans ce cadre?

Ahmed Abbadi : L’élaboration de ce rapport fait suite au discours royal du 6 novembre qui a confié au CESE, en vertu de ses attributions et de ses compétences, la mission de réfléchir sur un modèle de développement pour les provinces du Sud. C’est à cet égard que le CESE a mis en place une commission ad hoc composée de 25 membres, qui a élaboré la lettre de cadrage soumise au roi et qui constitue la principale orientation pour la réalisation de ce travail, dont l’objectif est d’apporter des réponses concrètes à toutes les problématiques structurelles auxquels ces régions font face.

Concrètement, comment comptez-vous élaborer ce rapport et quels en sont les grands axes, sur lesquels le CESE portera son attention ?

Dans l’approche méthodologique, nous allons nous appuyer sur les fondamentaux nationaux, notamment pour ce qui est relatif à toutes les dispositions constitutionnelles relatives au renforcement des droits humains, à la promotion de l’économie de marché, avec un accent particulier sur les aspects relatifs au développement humain, à la solidarité inter-régionale, de même qu'à l’instauration d’une véritable justice sociale et à l’équité. Dans cette démarche, qui se veut participative par excellence, le CESE veillera à la participation effective de populations concernées. À ce sujet, plus de cinquante auditions publiques ont été prévues avec l’ensemble des structures représentatives de ces régions, notamment la société civile. Nous allons également lancer plusieurs études, dont les termes de référence sont en train d’être élaborés, pour accompagner la réalisation de ce rapport, qui sera remis en octobre 2013, après un premier rapport à mi-étape en mars prochain.

 

Quel rapport y a-t-il entre votre travail, l’initiative d’autonomie et le chantier de la régionalisation avancée, qui relève en principe du gouvernement, après le travail de la commission sur la régionalisation?

Il s’agit de la dimension «contenu» de la mise en œuvre de l’initiative d’autonomie pour les provinces du Sud et cela va de pair avec les initiatives nationales entrant dans ce cadre, notamment celle de la régionalisation élargie. Dans ce cadre, le CESE, qui est une institution indépendante, travaillera de concert avec les autres composantes de la nation et le gouvernement aura, à ce titre, à jouer un rôle de facilitateur.

08/01/2013