Abdelillah Benkirane s’est étalé sur les relations maroco-algériennes.

Le quotidien libanais « al-Akhbar » s’est fendu il y a deux jours d’une interview que lui a accordée le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane. Celui-ci, entre autres sujets , évoque les mauvais rapports entre le Maroc et l’Algérie, la situation du PJD au pouvoir, l’islamisme rampant au Maroc, etc.

Concernant la rivalité – parce que c’en est une – qui oppose les deux voisins , il a préféré dire : «Il n’y a pas de différend entre les peuples marocain et algérien. Si les frontières sont ouvertes, tout le monde se rendra compte que c’était un différend artificiel. Nous espérons que ce jour-là ne sera pas lointain.» ! Il est vrai, en effet, qu’il n’existe aucun différend entre les deux peuples, mais entre les deux gouvernements qui, paradoxalement, chacun à sa manière, à chaque occasion, se plaisent à affirmer qu’il n’existe aucun problème entre eux et , qu’à Dieu ne plaise, leurs rapports n’attendent que l’occasion pour le prouver.

Longue et grave fermeture des frontières

Il reste que la politique et l’image qu’elle décline de nos deux pays, ce ne sont pas les deux peuples qui la mettent en œuvre. Mais bel et bien les responsables gouvernementaux. Qu’à cela ne tienne ! Les frontières terrestres entre les deux pays sont fermées depuis 1994, date à laquelle le pouvoir algérien , après les avoir ouvertes un laps de temps si court et fait la joie de son peuple. Celui-ci a commencé à se rendre en masse au Maroc, avant qu’elles ne fussent de nouveau verrouillées suite à la réaction du Maroc d’instaurer un contrôle des passagers après les attaques terroristes ayant impliqué des ressortissants algériens. Cela dit, dans quelle mesure la fermeture des frontières terrestres pouvait-elle étonner encore les responsables et les peuples des deux nations ? Jamais en effet dans l’histoire récente de deux peuples voisins, aussi proches que frères, frontière n’a connu une longue et grave fermeture qu’entre le Maroc et l’Algérie. Et pour tout dire, la dernière génération de jeunes des deux pays n’ont été habituées qu’à une frontière fermée, donc à une hostilité rampante…

Cette spécificité maroco-algérienne est proprement déroutante, anachronique même, à un âge où la mondialisation , politique, économique, culturelle et notamment technologique fait briser tous les obstacles de la communication humaine et les tabous idéologiques. Nommé chef de gouvernement après les élections législatives anticipées de novembre 2011, Abdelilah Benkirane a formé son équipe en janvier 2012. Dans la foulée , emballé aussi, il a assigné à son ministre des Affaires étrangères, Sâad Eddine El Othmani, la mission de se rendre en visite de travail en Algérie, en guise de première sortie diplomatique. A cette visite, le nouveau gouvernement marocain accordait une importance plus que symbolique. Sauf qu’elle s’est traduite, en termes de résultats concrets, par une fin de non-recevoir algérienne aux attentes exprimées par le Maroc sur une éventuelle normalisation et, dans le cas d’espèce, d’une illusoire réouverture des frontières.

Le Sahara, « un différend sans fondement »

Abdelilah Benkirane, connaissant bien les dirigeants algériens, pourrait-il espérer de ces derniers plus que les paroles grandiloquentes et le cynisme habituel ? Le Maroc n’a jamais fermé ses frontières, il s’est soumis au jeu de la géopolitique et du bon voisinage, il garde constamment l’espoir de construire une entente commune, et un Maghreb unifié du littoral atlantique jusqu’aux confins est de la Libye…Le chef du gouvernement estime que le Sahara est « un différend sans fondement », il n’a pas tort. Mais il devrait admettre aussi qu’il est au cœur du différend maroco-algérien. Le gouvernement algérien cultive cette particularité de crier sur tous les toits du monde qu’il n’a aucun différend avec le Maroc, mieux : il est pour la résolution du conflit du Sahara en faveur de laquelle il ne cesse de se mobiliser. A entendre de tels propos, on tombe à la renverse, parce que la réalité sur le terrain inspire plus que le doute,

l’inquiétude même…

Si bien que, interpellés par la réalité triste, les responsables marocains n’ont plus le choix que d’entériner le choix que l’Algérie leur impose : à savoir un état de ni guerre, ni paix ! Le chef du gouvernement n’a pas tort de rappeler qu’à ce niveau, le Maroc a tout donné, substantiellement donné pour favoriser une solution juste et définitive. Autrement dit, la proposition faite au Conseil de sécurité d’une autonomie élargie au Sahara reste, de l’avis de l’ONU et de la communauté internationale, l’ultime chance pour que la conflit du Sahara trouve enfin l’issue qui convient. Et cette solution aura pour retombées immédiates une normalisation entre le Maroc et l’Algérie, favorisera ensuite la détente au niveau régional, permettra le retour des familles détenues dans les camps de Tindouf et donnera un nouveau souffle à la construction du Magherb qui est en panne. Il faut espérer que les vœux exprimés ici et là pour la normalisation entre les deux pays soient exaucés un jour, car la paralysie qui caractérise le Maghreb est , à terme, une mort lente…

06/03/2013