Sahara marocain : De la stratégie diplomatique marocaine et des aléas de la scène politique internationale

Le retrait par les Etats-Unis d’Amérique du projet de résolution élargissant le mandat de la MINURSO et la reconduite de cette dernière en l’état pour un an relèvent-ils de la victoire diplomatique ou, au contraire, le fait même que ce pays allié ait pris par surprise le Maroc serait en soi un «grave échec» qui dénoterait d’une «déroute stratégique» comme l’ont écrit sur le site Lakome, en tendem (qui s’assemble se ressemble), Aboubakr Jamaï et Ali Anouzla ?

Deux éléments essentiels sont manquants dans le raisonnement des deux cosignataires de l’éditorial de «Lakome» qui vise en premier lieu à remettre en question les progrès démocratiques enregistrés par le Maroc au cours des dernières années et, du coûp, régler de vieux comptes. L’écrit n’hésite par ailleurs pas à s’efforcer à inverser les choses : la victoire (du Maroc) devient un échec et l’échec (du polisario et ses soutiens), une victoire.

Les Etats-Unis ne sont pas devenus la première puissance mondiale en revenant souvent sur leurs décisions annoncées et ce n’est pas la première fois que des personnalités du parti démocrate étasunien adoptent envers le Maroc une position peu amicale mais sans jamais être franchement hostile. En son temps, l’ancien président Jimmy Carter avait refusé la vente de matériel militaire dont l’armée marocaine avait grand besoin pour affronter les miliciens du Polisario, suréquipés d’armement de haute technologie pour l’époque, fourni par la Libye et l’Algérie. Aller au combat sans contre-mesures électroniques pour dérouter les missiles SAM 7 polisariens était d’un risque très élevé et avait effectivement entraîné un «coût» que les pilotes marocains avaient accepté de payer pour leur patrie. Certains en sont morts, d’autres capturés après avoir vu leurs chasseurs abattus par la DCA ennemie. Feu Ronald Reagan avait tôt fait de corriger la politique de son prédécesseur dès son accession à la présidence des Etats-Unis.

Cette fois-ci, le Pentagone n’a pas tardé à réagir à la décision du Département d’Etat, le ministère des affaires étrangères étasunien, de jouer le jeu des adversaires du Maroc en instrumentalisant la question des droits humains au profit de la stratégie de subversion du Polisario. Et ce serait très mal connaître les coulisses de la scène politique de Washington que de minimiser le pouvoir des différents lobbys qui s’y côtoient ou s’y affrontent. Les Etats-Unis ont tellement cherché à symboliser le nouvel empire romain qu’ils ont même fini par en adopter certaines mœurs politiques.

Si le Maroc est parvenu à faire revenir sur sa décision les Etats-Unis, c’est bel et bien parce que sa relation avec cette puissance ne relève pas du conjoncturel et qu’il y a, à Washington, nombre d’hommes politiques qui jaugent à leur juste valeur stratégique les liens de coopération entre les deux pays.

Le second élément à prendre en considération pour conclure à la victoire ou la débâcle marocaine dans cette affaire de projet de résolution américain concernant le mandat de la MINURSO est la position prise par la Russie. Premier fournisseur d’armement à l’Algérie, qu’elle croyait de ce fait totalement acquise à sa stratégie de quête de leadership régional, la décision de la Russie de s’opposer avec la France au projet de résolution américain sur le mandat de la MINURSO tel qu’il devait être présenté au Conseil de sécurité des Nations Unies, décision sur laquelle elle n’est point revenue, a été bien plus qu’une surprise pour Alger, ce fût la fin d’une illusion. La Russie n’est plus l’Union soviétique mais elle n’en demeure pas moins une grande puissance avec de nouvelles ambitions géopolitiques. La Russie ne pouvait d’abord pas cautionner une démarche qui fait le jeu d’un mouvement séparatiste, souffrant elle-même de ce problème dans ses républiques fédérées caucasiennes. Et le terrorisme jihadiste issue d’Algérie avant de s’implanter dans le nord du Mali et de menacer toute la région est subi par la Russie depuis plusieurs décennies déjà. Elle est donc très bien placée pour comprendre la dangerosité de la fusion séparatisme-jihadisme qui a commencé à s’étendre dans les camps de Lahmada, en Algérie. Ce pays a clairement manifesté également sa volonté d’avoir une présence influente en Méditerranée, dans laquelle il a déjà déployé une flotte de navires militaires de surface et des sous-marins. Et la Méditerranée n’a que trois accès, par les détroits de Gibraltar, des Dardanelles et le Bosphore, ainsi que le canal de Suez. Producteur et exportateur de gaz, la Russie n’a, par ailleurs, aucune entente avec l’Algérie sur ce sujet hautement stratégique et les deux pays se trouvent plutôt en situation de concurrence sur le marché européen.

Nul besoin de préciser que la France a, encore une fois, fait preuve de la solidité de son alliance avec le Maroc et ce n’est pas la Chine, autre victime du séparatisme dans ses provinces du Tibet et du Xinjiang, sur qui les polisariens pourront jamais compter.

Faire revenir les alliés américains à de meilleurs sentiments diplomatiques tout en gagnant ouvertement les Russes à sa cause, est-ce alors une victoire ou une «déroute» stratégique ? Aux Marocains d’en juger.

Dans la seule affirmation d’Anouzla et Jamaï comme quoi «les indépendantistes ont moins peur», il n’y pas moins de deux erreurs. D’abord, il ne s’agit pas d’indépendantisme mais de séparatisme, à moins de supposer que toute l’Histoire du Maroc est fausse. Ensuite, il faudrait voir de ses propres yeux de petites bandes de jeunes et d’adolescents «manifester» à Laayoune de manière aussi pacifique que peuvent l’être les jets de pierre contre les agents de police et leurs estafettes et les coktails molotov pour se rendre compte du «courage» des quelques séparatistes de l’intérieur qui les incitent à la violence tout en restant bien à l’abri. Il faudrait avoir discuté avec des militants de la société civile locale pour apprendre que ces gamins tombent dans la subversion pour 100 Dhs par «opération» concomitante à la visite d’une quelconque délégation étrangère, les femmes se faisant payer 200 Dhs pour déchirer leur «mlahfa» et s’évanouir sur la place publique tout en criant à la brutalité policière. Pourtant, à l’hôpital de Laâyoune, il n’y a que des agents de police et des forces auxiliaires blessés. C’est un crime plutôt qu’un acte de courage, un mauvais tour joué à la nouvelle génération des provinces du sud du Maroc que de les envoyer affronter les forces de l’ordre plutôt que de les inciter à renforcer leurs efforts dans leurs études scolaires et formations professionnelles. Car ce n’est sûrement pas en les délaissant qu’ils auront une chance de décrocher un jour des emplois et faire baisser le taux de chômage dans cette partie du Maroc.

Bloquer la voie publique, saccager les biens privés et user de violences envers des agents de police, c’est ça le hooliganisme MM. Anouzla et Jamaï, le patriotisme étant un sentiment trop noble pour se prêter à de vils comportements. Ce n’est ni humiliant ni salissant de défendre les intérêts de sa patrie, bien au contraire. Encore faut-il en saisir la nuance, ce qui n’est pas acquis d’avance chez tout le monde.

Yasser AYOUBI