Il y a belle lurette déjà que le lien entre al-Qaïda et le polisario était établi et leur connivence avérée ! La vérité est celle de La Palice, mais elle semble prendre consistance depuis que Christopher Ross, envoyé spécial des Nations unies au Sahara, en a plus ou moins souligné la menace.

Christopher Ross lors d’une précédente rencontre avec le Chef du gouvernement Abdelilah Benkirane.

L’interrogation aujourd’hui est de savoir si la perception du conflit du Sahara ne devrait-elle pas être modifiée pour pointer le danger de terrorisme sur lequel les responsables marocains ne cessent de tirer la sonnette d’alarme ! Depuis quelques mois, en effet, la presse internationale , preuves à l’appui, rappellent que les jeunes sahraouis, embrigadés dans les camps de Tindouf ne supportent plus leur situation, ni les affres qui leur sont infligées et désertent les lieux pour rejoindre, en désespoir de cause, les rangs d’al-Qaïda ! C’est donc un changement dans la nature du conflit saharien qui devient un conflit sahélo-saharien ! En intégrant « l’armée » d’al-Qaïda, les jeunes sahraouis auront à combattre non seulement le Maroc, mais logiquement aussi l’Algérie, puisque celle-ci est censée constituer l’ennemie privilégiée d’AQMI. Le gouvernement algérien , qui a crée l’artificiel conflit du Sahara, tiendra désormais compte de cette nouvelle donne et devra faire face à la montée des périls qui menace sa politique de sanctuarisation à Tindouf. Le champ de déstabilisation semble s’étendre, mais surtout la gronde dans les camps de Lahmada et Tindouf gagne chaque jour un peu plus les jeunes qui, faute d’être encadrés pour accomplir des œuvres à leur mesure, expriment leur écœurement et leur désespoir ! Le Sahel , avec ses potentielles et réelles menaces, n’est plus le « no man’s land » que les géopoliticiens décrivaient il n’y a pas si longtemps encore.  Le Sahel est désormais le prolongement du Sahara non pas seulement territorial, mais géostratégique aussi bien pour les états-majors des pays de la région, de l’Europe voire des États-Unis que pour les membres de AQMI qui y voient comme le terreau où prospèrent leur propagande, leur vision et toute l’action militaire qu’ils déploient à la barbe des États…Ceux-ci , fussent-ils du Maghreb ou d’Afrique, semblent sacrifier à un certain immobilisme ambiant, occupés qu’ils sont depuis deux ans maintenant à digérer les pseudo printemps arabes qui ont viré au désastre, car dans tous les pays ayant connu sans exception la « révolution » , le changement a débouché sur des pouvoirs islamistes. Christopher Ross craint, semble-t-il, une propension du conflit du Sahel, autrement dit les conséquences de la guerre au Mali, la débandade libyenne vers celui du Sahara dont il a pris la responsabilité ! Autrement dit, le Sahel risquerait de changer la configuration initiale, en compliquant l’analyse des experts parce qu’une interférence – humaine et politique – , outre la déstabilisation régionale qu’elle susciterait, rendrait complexe sa démarche de « missi dominici » au Sahara et de facilitateur entre le Maroc et l’Algérie.

La boîte de Pandore…

Pour Christopher Ross, il est impératif « d’en finir avec le conflit du Sahara occidental, d’autant plus que la région du Sahel est confrontée à une situation chaotique. Une situation grave dans la région du Sahel qui en appelle, plus que jamais, à une solution urgente ». C’est un euphémisme, car en parlant de situation chaotique, l’envoyé spécial de Ban Ki-moon entend dire « dramatique et incontrôlable » ! Qu’il fasse un lien entre cette situation et le blocage dans l’affaire du Sahara n’étonne personne, à vrai dire. Il se rend compte que depuis sa nomination en janvier 2009, il a effectué pas moins de 10 tournées dans la région et que la voie choisie de « contacts informels » est demeurée d’autant plus inefficace qu’il va devoir , désormais, opter pour une autre méthodologie, à savoir la négociation directe entre les protagonistes dans le cadre des résolutions pertinentes adoptées depuis avril 2008 par le  Conseil de sécurité des Nations unies. Il faut s’attendre à ce que les prochains rounds soient donc différents de tous ceux qui ont prévalu jusqu’ici sous son égide. Or, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il ne peut faire autrement que d’activer le processus de rencontres, d’autant plus qu’à partir du 22 avril prochain, il sera pressé par le temps et appelé à soumettre les résultats de sa tournée aux membres du Conseil de sécurité. La donne, évidemment, c’est cette dérive du conflit du Sahara vers le Sahel dont il arguera avoir établi le fil noir ! Une boîte de Pandore en quelque sorte qui s’amplifie et grossit, au risque de changer à la fois la nature et le contenu du conflit. Des pays comme la France – et pour cause ! – mesurent à quel point la déstabilisation dans la région du Sahel est rampante et menaçante ! Elle est relayée par les États africains limitrophes  du Mali. Encore faudrait-il que toute la communauté mondiale prenne et partage la mesure de ce danger potentiel qui n’est pas virtuel…Christopher Ross est à présent au pied du mur , parce qu’une solution politique , consensuelle et négociée au Sahara dans le cadre des Nations unies, associant l’Algérie, la Mauritanie , le Maroc et le polisario, ainsi que les gouvernements européens et les États-Unis est la seule possible aujourd’hui. Elle a un nom, l’autonomie élargie, credo qui a donné ses preuves un peu partout…Seul fil ténu et fragile , avant que le terrorisme ne vienne briser les espoirs qu’elle suscite et les soutiens qu’elle reçoit…Il y va de l’avenir des jeunes Sahraouis qui sont jetés en pâture dans les camps d’entraînement d’AQMI…

29/03/2013