ENTRETIEN. Un rapport du département des affaires économiques et sociales de l’ONU, intitulé “World Urbanization Prospects The 2011 Revision”, cite le “Sahara occidental” comme étant un pays à part entière parmi les pays de l’Afrique du Nord. Un précèdent dans la pratique onusienne. Le point avec Samir Bennis, conseiller politique à l’ONU.
Propos recueillis
par Marouane Kabbaj

Maroc Hebdo International: Comment interprétez-vous le fait que le rapport rédigé par le département des affaires économiques et sociales de l’ONU ait intégré le “Sahara occidental” comme un pays à part entière?
Samir Bennis: J’ai été choqué et scandalisé quand j’ai vu cela. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que cette erreur contraire aux pratiques et au langage politique de l’ONU se produit. La même erreur se trouve dans des rapports précédents.  En tant qu’organisation internationale la plus politisée au monde, l’Organisation des Nations unies se doit de rester neutre et de se garder d’utiliser tout langage susceptible de préjuger du statut juridique du Sahara. Or, selon la quatrième commission des Nations unies, le Sahara n’est ni un pays ni un territoire occupé, mais un territoire non autonome dont la souveraineté est disputée entre un Etat souverain, le Maroc, et un mouvement séparatiste, le Polisario, qui prétend être le représentant légitime des Sahraouis.

Y a-t-il eu une réaction officielle du Maroc?
Samir Bennis: Au fait, ce qui a été encore plus révoltant pour moi, c’est que le ministère marocain des Affaires étrangères n’était pas au courant de cette erreur.  Quel est le rôle de notre diplomatie dans tout cela si on permet qu’un département des Nations unies utilise un langage qui, non seulement préjuge du statut juridique du Sahara et porte atteinte à notre intégrité territoriale, mais, en plus, banalise et officialise le fait que le “Sahara occidental” est un pays à part entière.  Je pense qu’il est temps que nous changions notre démarche dans la défense de cette cause de fond en comble et que nous devenions proactif. C’est pathétique et révoltant de voir nos responsables à chaque fois condamner tel pays ou telle chaîne de télévision pour affiché une carte du Maroc sans le Sahara. Si on était proactif et si on avait une stratégie bien définie pour gagner la bataille de l’opinion publique internationale, on pourrait éviter que ces “erreurs” se répètent. Mais hélas, il se trouve que ce n’est pas le cas et que notre diplomatie donne parfois l’impression de naviguer sans boussole.

Y a-t-il une présence marocaine au sein de le département qui a commis l’erreur?
Samir Bennis: En général la présence des Marocains dans l’ensemble du système des Nations unies n’est pas très encourageante. A ma connaissance, et je peux me tromper, il y a près de 120 cadres marocains dans le système de l’ONU, dont une bonne partie travaille dans le service de traduction. Au Maroc, on n’a jamais été conscient de l’importance d’avoir des Marocains à des postes importants dans cette organisation.
Il n’est donc pas surprenant que le nombre de Marocains soit inférieur à des pays comme l’Égypte et l’Algérie.  Il n’y a pas beaucoup de Marocains dans le département qui a produit le rapport en question. Il n’y a qu’une seule Marocaine, mais elle n’est pas impliquée dans la question du Sahara.
Or, si on avait assez de représentants à des postes clés de ce département, on pourrait avoir des “insiders”, qui seraient susceptibles d’informer la Mission du Maroc bien avant que le rapport ne voie le jour.
C’est d’ailleurs de cette manière que d’autre pays arrivent à obtenir des informations sur des rapports les concernant avant qu’ils ne soient finalisés et rendus publics.

Que faut-il faire à l’avenir pour parer à cette situation? 
Samir Bennis: J’ai toujours dit que la bataille du Sahara ne se gagnera pas par les déclarations de tel ou tel responsable étranger, mais à travers une politique désignée à gagner la sympathie de l’opinion publique internationale. 
Une diplomatie qui a un dossier aussi brûlant que crucial sur son agenda devrait avoir une cellule de veille stratégique consacrée à la recherche de tout document, analyse ou publication portant atteinte à la souveraineté marocaine sur le Sahara et les contrer d’une manière ou d’une autre.
Si on avait cette sorte de cellule de veille stratégique, on ne permettrait pas de laisser que ces “erreurs” se produisent. Comme je l’ai dit, il faudrait que notre diplomatie soit proactive et qu’elle agisse en amont avant que des documents controversés ne voient le jour.  Une fois qu’un document comme cela est publié, le mal est déjà fait. Pour éviter que le Maroc ne se retrouve dans la même situation, il faudrait que notre ministère des Affaires étrangères consacre suffisamment de moyens pour avoir suffisamment de cadres compétents pour faire une veille stratégique sur la question du Sahara et traquer tout rapport ou document qui préjuge du statut juridique du Sahara et porte atteinte a l’intégrité territoriale du Maroc.
Il faudrait aussi que l’on commence à mettre en place une stratégie pour placer de plus en plus de cadres marocains à des départements stratégiques des Nations unies .

Source :http://www.maroc-hebdo.press.ma

29/10/2012