John Bolton

 À l’approche de l’Assemblée générale des Nations unies, de nombreux observateurs marocains craignent que la position du Maroc sur le Sahara ne soit menacée par la nomination de John Bolton au poste de conseiller à la sécurité nationale des États-Unis.

 

La principale cause de la crainte de nombreux observateurs réside dans les positions de Bolton sur la question – lorsqu’il a été conseiller de l’ancien envoyé personnel américain du secrétaire général James Baker et pendant son mandat en tant qu’ambassadeur américain à l’ONU entre 2005 et 2006.

 

C’est un secret de polichinelle que Bolton était l’un des rares responsables américains à avoir exprimé, plus d’une fois, son soutien au référendum d’autodétermination pour trouver une solution au conflit du Sahara. Il était également l’un des principaux partisans des plans Baker I et II, en 2001 et 2003, respectivement. Les deux plans - à quelques différences près - prévoyaient une période intérimaire de cinq ans pendant laquelle le territoire serait sous autonomie marocaine, suivi d’un référendum d’autodétermination.

 

Le ferme soutien de Bolton à la tenue d’un référendum d’autodétermination a amené beaucoup d’observateurs à croire que Bolton est un fervent partisan du Polisario. Toutefois, cette position ne découle pas de son soutien à la création d’un État indépendant au Sahara, ni de sa conviction de la légitimité des revendications des séparatistes, mais de son souci que l’ONU joue pleinement et efficacement son rôle et évite de prolonger les conflits à son ordre du jour.

 

Le responsable américain est connu pour ne pas croire aux institutions multilatérales et pour sa méfiance à l’égard de l’ONU et du rôle qu’elle est censée jouer dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Bolton croit fermement que les missions onusiennes de maintien de la paix dans de nombreuses régions du monde échouent souvent à atteindre le résultat politique pour lequel elles ont été initialement créées.

 

Pour cette raison, dans un chapitre consacré au Sahara dans son livre Surrender Is Not an Option: Defending America At The United Nations And Abroad, Bolton plaide pour la fin du mandat de la Minurso, étant donné qu’elle n’a pas rempli son mandat.

 

“La Minurso a échoué dans sa mission centrale d’organiser un référendum et constitue désormais un obstacle aux relations entre le Maroc et l’Algérie”, a déclaré Bolton en décrivant les détails d’une réunion qu’il a tenue en juin 2006 avec plus de trente diplomates américains. Bolton était convaincu que “le Maroc n’accepterait jamais un référendum où l’indépendance était une véritable option”.

 

“Comme il était clair que le Maroc n’avait aucune intention d’autoriser un référendum, il n’y avait aucun intérêt dans une mission de l’ONU à en tenir un. Au lieu de cela, ce qui est typique de l’ONU, la Minurso semblait bien sur le point d’acquérir une existence quasi perpétuelle parce que personne ne pouvait déterminer quoi en faire”, a-t-il déclaré.

 

Bolton a souligné que la fin du mandat de la Minurso pourrait pousser le Maroc et l’Algérie à travailler plus sérieusement pour trouver une solution au conflit. Ce qui est frappant dans sa position sur la question du Sahara est sa ferme conviction que l’Algérie est une partie prenante du conflit.

 

Bien que de nombreux observateurs s’inquiètent de la direction que pourrait prendre la question du Sahara avec la présence de John Bolton dans l’administration de Trump, le Maroc pourrait utiliser sa position comme une carte pour atteindre l’un des objectifs qu’il a cherchés depuis longtemps: réduire le mandat de la Minurso et le limiter à l’observation de l’accord de cessez-le-feu, réduire son personnel civil et obtenir la reconnaissance officielle que l’Algérie est une partie prenante du conflit.

 

Bolton ne peut pas faire cavalier seul

Quoi qu’il en soit et indépendamment de la position personnelle de Bolton sur le Sahara, il ne saurait imposer sa position à l’administration Trump.

 

Les États-Unis ne sont pas une dictature où une personne pourrait prendre des décisions sur un coup de tête sans tenir compte des intérêts stratégiques de la nation tout entière. La prise de décision aux États-Unis est un processus très complexe qui ne repose pas sur les orientations personnelles des individus, mais sur les intérêts stratégiques et suprêmes du pays.

 

Par ailleurs, la Maison-Blanche n’est pas la seule institution qui intervient dans le processus de prise de décision. Le Département d’État et le Département de Défense jouent également un rôle majeur dans la détermination des orientations de la politique étrangère américaine et de ses priorités.

 

La meilleure preuve en est ce qui s’est passé après le déclenchement de la crise du Golfe en juin 2017. Alors que le président des États-Unis s’est aligné rapidement sur la position de l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte, le département d’État et le Pentagone se sont efforcés de limiter l’impact de la crise et d’empêcher qu’elle ne porte atteinte aux intérêts stratégiques des États-Unis dans la région.

 

Ils ont également maintenu leur neutralité et exhorté toutes les parties à trouver une solution politique. La position de ces deux départements a finalement poussé le président américain à revoir sa position sur la crise et à prendre une position conforme aux intérêts stratégiques de son pays.

 

Compte tenu de la solidité des relations entre le Maroc et les États-Unis et du rôle de celui-là dans le maintien de l’équilibre stratégique en Afrique du Nord et dans la région du Sahel, et dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme religieux, il est peu probable que l’administration américaine prenne une position anti-marocaine sur le Sahara.

 

Même si Bolton cherchait à faire pression sur le Maroc, il serait très probablement opposé par les bureaucrates du Département d’Etat. Il a lui-même admis dans son livre que l’un des principaux obstacles auxquels il s’est heurté en 2005-2006 en tant qu’ambassadeur des Etats-Unis aux Nations unies était l’opposition de la bureaucratie du Département d’Etat à toute décision susceptible de mettre en danger la stabilité marocaine ou le statu quo.

 

Le timing de la réunion entre les chefs de diplomatie des deux pays

La réunion des chefs de la diplomatie des deux pays, le 17 septembre dernier, est venu à point nommé. Au cours de cette rencontre, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et son homologue américain, Mike Pompeo, ont annoncé leur détermination à donner un nouvel élan aux relations bilatérales en tenant la quatrième session du dialogue stratégique américano-marocain l’année prochaine. Par ailleurs, le ministre marocain a exprimé la détermination du Maroc à soutenir la politique de l’administration américaine qui cherche à affaiblir l’Iran et contrecarrer ses visées expansionnistes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

 

Par conséquent, il n’y a aucune raison de dramatiser l’inclusion de la question du Sahara dans l’ordre du jour du Conseil de sécurité du mois de septembre, qui coïncide avec la présidence américaine du Conseil. Le motif de cette inclusion n’est pas de faire pression sur le Maroc ou d’affaiblir sa position, mais de s’enquérir sur le progrès que l’envoyé personnel du secrétaire général a réalisé depuis l’adoption de la résolution 2414 en avril dernier.

 

Somme toute, l’inclusion de la question du Sahara dans l’ordre du jour du Conseil de sécurité intervient un mois avant la réunion que ses 15 membres devraient tenir pour décider du renouvellement du mandat de la Minurso, qui expire le 31 octobre. Cette inclusion est également conforme aux dispositions de la résolution 2414, laquelle “prie le Secrétaire général de lui faire régulièrement, à chaque fois qu’il le jugera utile au cours de la période du mandat, des exposés sur l’état d’avancement des négociations tenues sous ses auspices, l’application de la présente résolution, les difficultés auxquelles se heurtent les opérations de la Minurso et les mesures prises pour les surmonte”.

 

Par ailleurs, le Secrétaire général des Nations unies a coutume de présenter son rapport intitulé “La situation au Sahara occidental”, environ un mois avant la réunion du Conseil de sécurité destinée à renouveler le mandat de la Minurso. L’inscription du conflit à l’ordre du jour du Conseil de sécurité au cours du mois de septembre suit la même procédure et ne comporte aucun message politique contre le Maroc.

 

Le timing de la rencontre du ministre marocain des affaires étrangères avec son homologue américain envoie un message clair: la position des États-Unis sur le Sahara est constante et ne changera pas avec le changement de responsables américains. Il indique également que les États-Unis croient toujours que le plan d’autonomie du Maroc est une solution réaliste qui peut aider les parties à trouver une solution définitive à la question du Sahara.

Samir Bennis Conseiller politique et diplomatique basé à Washington, rédacteur en chef de Morocco World News

28/09/2018