Cette semaine, le Front Polisario conclut l’année en annonçant ses «grandes réalisations» en 2018. Une annonce contestée même par les médias pro-Polisario qui estiment que l’année a été plutôt marquée par plusieurs défaites du Front sur le plan diplomatique, à commencer par les deux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

La direction du Polisario a débuté cette année en brandissant de nouveau le dossier de Guerguerate. Le 3 janvier, elle a adressé une lettre à la mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) où elle exigeait de l’ONU d’«honorer ses engagements» et de «faire pression sur le Maroc». Deux jours plus tard, le Maroc saisit le Conseil de sécurité par le biais de son ambassadeur à New York, Omar Hilale. Une lettre dans laquelle le royaume fait le point sur les derniers développements que connait Guerguerate et la présence d’éléments du Front dans cette zone.

Le 6 janvier, le Maroc a exprimé sa satisfaction quant à l’appel, émis la veille, par le secrétaire général des Nations unies, appelant les parties à la retenue. Au cœur de cette polémique, «l’apparition de certains éléments» du Front dans la zone tampon de Guerguerate.

Mais le mois de mars est surtout marqué par la nomination qui fera grincer l’des dents la diplomatie marocaine. John Bolton, présenté comme proche de l’Algérie, devient le nouveau conseil de Donald Trump à la Sécurité nationale.

Plusieurs provocations du Polisario dans les zones tampons

Jeudi 29 mars, le Polisario choisit l’escalade et dépêche 14 miliciens armés à Mahbas, à un kilomètre du mur des Sables. Le Maroc se focalisera, de son côté, sur le pré-rapport du secrétaire général de l’ONU, qui confirme le leadership de l’organisation et la dénonciation des incursions du Polisario au Sahara.

Le 1er avril, le Front est présent dans quatre zones tampons, soit à Mahbas, Tifarity, Guerguerate et Bir Lahlou, de quoi encourager le Maroc à mener une offensive diplomatique, mettant l’ONU devant ses responsabilités. Pris au piège, le Polisario réduit, dès le 4 avril sa présence armée à Guerguerate et Mahbas.

Le 27 avril, le Conseil de sécurité rend publique sa nouvelle résolution sur le Sahara. Si le Maroc, l’Algérie et le Polisario expriment leur satisfécit. Mais le texte, qui ne prolonge que de six mois le mandat de la MINURSO, reste plutôt en faveur du Maroc. Le 30 avril, conformément aux appels des Quinze, le Front retire ses éléments armés de Guerguerate.

Le mois de mai annonce déjà la couleur. Lors du Forum économique Japon-Afrique, l’Afrique du Sud, soutenue par l’Algérie, invite le Polisario à y prendre part. Le 20 mai, le Polisario revient à sa stratégie de la tension, organisant des défilés et des exercices militaires à Tifarity. Une provocation condamnée le jour-même par le Maroc. La réaction de l’ONU ne va pas tarder puisque le secrétaire général condamnera aussi, le même jour, «toute action susceptible de modifier le statu quo de la région».

Fin août, un différend éclate entre la direction du Front et ses relais au Sahara à cause d’une visite de Human Rights Watch. Certains refuseront de se plier aux ordres de la direction à Rabouni les exhortant de boycotter la rencontre.

Le mois de septembre est surtout marqué par la mise en garde lancée par les Etats-Unis et par l’évasion, à la hollywoodienne, de 19 détenus sahraouis du Maroc d’une prison du Polisario. En effet, à quelques semaines de l’adoption de la nouvelle résolution sur le Sahara, Washington a rappelé aux parties au conflit la nécessité de «réaliser des avancés dans le processus de négociations». Une information qui sera éclipsée par l’embarras du Polisario suite à ladite évasion de détenus sahraouis. Quelques jour plus tard, le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, se rend à Washington pour rencontrer, pour la première fois, John Bolton.

La résolution 2440 sur le Sahara

Mais à la veille de la réunion attendue du Conseil de sécurité, le Front est à nouveau dans l’embarras. Des commerçants, en colère, organisent un sit-in et menacent même d’installer un «Gdim Izik» à la frontière algéro-mauritanienne.

Un rapport d’Antonio Guterres est présenté en octobre, dans lequel le secrétaire général de l’ONU revient sur les faits marquants de ce dossier. Il défendra aussi sa demande de prolonger d’un an le mandat de la MINURSO.

Le 12 octobre, le Polisario semble avoir appris de ses erreurs et évite de commémorer sa «fête de l’unité nationale» à Bir Lahlou ou à Tifarity. Ses commerçants, en sit-in à Mijek décident aussi de mettre fin à leur forme de protestation après une intervention de Horst Köhler.

Le 31 octobre, le Conseil de sécurité adopte sa résolution 2440 sur le Sahara. Une résolution qui évoque le tour de table de la réunion de Genève et qui évoque, pour la première fois de Tifarity, aux côtés des zones tampons de Guergarate et Bir Lahlou. Des régions où «il ne saurait y avoir d’activités civiles ou militaires» du mouvement séparatiste.

Seulement, le Polisairo rétropédalera quelques jours plus tard. Fin novembre, son «ministre de la Défense», Abdellah Lahbib Bilal annonce «l’inauguration de plusieurs installations à Mhirez et à Tifarity. Début décembre, la «Table ronde» à l’appel de Horst Köhler est organisée à Genève. Les parties se sont dites «satisfaites».

28/12/2018