Quicksands of diplomacy Morocco South Africa

Le journal dominical sud-africain, le Sunday Times, a fait la lumière dimanche sur ce qu’il a qualifié d’«étrange confrontation» entre deux puissances africaines, le Maroc et l’Afrique du Sud.

Dans une analyse intitulée «la diplomatie des sables mouvants», l’hebdomadaire à grand tirage revient sur l’affaire du Cherry Blossom, le navire saisi illégalement en mai 2017 en Afrique du Sud avec une cargaison de phosphate appartenant au Groupe OCP.

Cette affaire a marqué un épisode sans précédent dans la confrontation entre le Maroc et l’Afrique du Sud, note le journal, soulignant que l’antagonisme persiste entre les deux pays.

Les relations entre Rabat et Pretoria ont atteint un niveau supérieur de tension récemment quand l’Afrique du Sud a abrité une conférence de solidarité avec la "rasd", à l’initiative de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), poursuit le Sunday Times, rappelant la conférence convoquée en même temps par le Maroc à Marrakech.

Le conclave de Marrakech a attiré une plus forte participation des pays africains par rapport à la rencontre de Pretoria, observe la publication.

Le journal dominicale souligne, en abordant la gestion de la question de l’immigration par le Maroc, qu’au moment où l’Afrique du Sud perd beaucoup de sa crédibilité et de son image en Afrique, le Maroc tend la main aux pays africains, en dépit des accusations que cette ouverture du Royaume «est achetée».

Interviewé par le journal, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, rappelle que le Maroc avait soutenu la lutte du peuple sud-africain contre l’apartheid, accueilli Nelson Mandela et répondu favorablement à un appel à l’armement lancé par ce dernier.

Abordant la position de l’ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud, soutenant les séparatistes du polisario, M. Bourita a rappelé qu’eu égard à leurs positions géographiques, le Maroc et l’Afrique du Sud «ne doivent normalement pas avoir des problèmes bilatéraux».

«Nous ne partageons pas les mêmes frontières, nous n’avons pas de problèmes territoriaux», a-t-il dit, expliquant que «le problème est lié à une seule chose: l’Afrique du Sud a décidé de prendre position sur une question qui concerne une région située à des centaines de kilomètres, une position qui va à l’encontre de celles de l’ONU et de l’Union africaine (UA)».

Revenant sur la reprise des discussions au sujet du Sahara marocain sous l’égide du Représentant personnel du Secrétaire général de l’Onu, Horst Köhler, Bourita a noté: «ce qui est important c’est qu’il y a eu une définition des paramètres d’une solution à cette question». Il a rappelé, dans cette veine, les résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu, appelant à une solution réaliste, pragmatique, durable et fondée sur le compromis.

La conférence de la SADC, tenue en Afrique du Sud, a été contre ce processus, a fait observer le ministre. «Normalement, si vous êtes un pays qui œuvre dans le cadre de la communauté internationale, vous devez aider sans préjugé et sans se mettre du côté d’une partie».

Et d’ajouter que «l’Afrique du Sud a choisi une autre voie, en disant: j’ai une solution pour vous, je peux décider à votre place et j’ai pris quelque décisions sur la base de la solution que je préconise».

Le ministre a, d’autre part, souligné que la question du Sahara ne doit pas être comparée à la situation au Moyen-Orient. «En Palestine, l’Onu a adopté une résolution appelant à une solution à deux Etats. Au sujet du Sahara, il existe une résolution portant sur un processus politique et une négociation en vue de trouver un règlement avec l’Algérie», a-t-il expliqué.

Rappelant que la présence d’Israël dans les territoires palestiniens est mondialement reconnue comme une occupation, M. Bourita a lancé un défi à l’adresse de «nos frères en Afrique du Sud de trouver une seule résolution onusienne qui qualifie la présence du Maroc au Sahara comme une occupation».

Si l’Afrique du Sud veut jouer le rôle de «médiateur honnête», elle doit reconnaître ces deux positions différentes l’une de l’autre, a encore dit Bourita.

Revenant sur la conférence ministérielle africaine sur l’appui de l’UA au processus politique des Nations-unies sur le différend régional au sujet du Sahara marocain, le ministre a indiqué que cette rencontre visait à envoyer trois messages.

Le premier message visait à montrer que les pays africains soutiennent la position du Maroc et que la conférence de la SADC, tenue à Pretoria, ne devait pas être perçue comme la référence de la position africaine.

Le deuxième message visait à montrer que la conférence de Pretoria était un moyen de diviser l’Afrique, a ajouté le ministre, rappelant le consensus qui s’est dégagé lors du sommet de l’UA à Nouakchott sur la question du Sahara.

«qui divise l’Afrique? Qui a décidé que ceux qui s’opposent au Maroc devaient se rencontrer?», s’est-il interrogé, soulignant: «notre message était de dire que l’unité était à Marrakech et que la division était à Pretoria».

Revenant sur le troisième message de la conférence de Marrakech, Bourita a souligné que «le Maroc a un poids en Afrique et Sa Majesté le Roi jouit de la crédibilité dans le continent».

Le Sunday Times commente, dans ce contexte, que les efforts du Maroc ont été couronnés de succès d’autant plus que la conférence de Marrakech a été marquée par la participation de 37 pays africains contre seulement 24 annoncés lors de la conférence de Pretoria, y compris des pays comme Cuba, Venezuela et Nicaragua.

La conférence de Marrakech a été préparée durant dix jours seulement, a dit M. Bourita, ajoutant que les invitations ont été adressées par lui-même et non pas par SM le Roi.

«Si c’était SM le Roi qui avait adressé les invitations, nous aurions pu avoir 40 jusqu'à 45 pays représentés au plus haut niveau», a-t-il indiqué.

Contacté par le Sunday Times au sujet de la position sud-africaine concernant la question du Sahara, le Porte-parole du ministère sud-africain des Relations internationales et de la Coopération, a référé la publication à un discours prononcé par la ministre Lindiwe Sisulu sur cette question.

Interrogé au sujet des propos de Bourita, selon lesquels l’Afrique du Sud divise l’Afrique, le Porte-parole a indiqué que «la conférence de Pretoria a été organisée par la SADC en Afrique du Sud».

Par ailleurs, toujours cité par le Sunday Times, Bourita a indiqué qu’il n’a pas encore eu d’échange avec son homologue sud-africaine, Sisulu.

Au lieu de continuer dans une situation d’impasse, le Maroc et l’Afrique du Sud doivent travailler ensemble pour développer un modèle de coopération interafricaine et de coopération sud-sud, a-t-il dit.

«Nous avons la responsabilité de deux pays économiquement importants en Afrique, deux entrées dans le continent», a dit le ministre.

Le Sunday Times estime que la confrontation entre le Maroc et l’Afrique du Sud devra se poursuivre.

Il ne s’agit pas d’un simple conflit au sujet de l’organisation d’une manifestation sportive comme la coupe du monde de football, mais bel et bien d’un différend de principe sur la souveraineté et l’autodétermination, conclut l’hebdomadaire.

16/04/2019