Quatre questions à Hubert Seillan, avocat au barreau de Paris, spécialiste du droit des risques

Dans le contexte de la propagation de la pandémie du covid-19, Hubert Seillan, avocat au barreau de Paris, spécialiste du droit des risques livre en quatre questions à la MAP son analyse de la situation.

Quelle est votre analyse de la situation que vit le monde aujourd'hui ?

 

  Le monde est confronté à un phénomène pandémique, dont les causes du déclenchement sont très obscures. On n’en connait que quelques facteurs et symptômes et à l’évidence ni les vaccins et ni les traitements antiviraux. Il y a de quoi être inquiet. D’autant qu’il s’agit de la plus importante pandémie dans la durée, qu’a connue notre génération.

 

  La situation doit certainement être jugée grave car les décisions prises par les autorités nationales et internationales ne peuvent pas être le fruit d’évaluations objectives des risques mais de la sagesse millénaire de limitation par le confinement et l’éloignement des personnes, c’est-à-dire des victimes potentielles.

 

 

Quelle lecture faites-vous de la réaction des autorités marocaines face à cette situation ?

 

De ce qui précède on peut déduire que la qualité des politiques nationales de prévention, de limitation et de protection importe aux Etats voisins, car les barrières des frontières sont à l’évidence insuffisantes.

 

Le gouvernement du Maroc a très vite et très fermement fermé son territoire et mis en place un dispositif ambitieux de détection. Le pays est très attentif à l’évolution du virus chez ses voisins immédiats, comme l’Espagne et l’Algérie.

 

A propos de l’Algérie. Quelle évaluation faites-vous de la situation dans les camps de Tindouf ?

 

Le phénomène n’a pas en Algérie l’intensité observée en Europe méditerranéenne, mais il est bien présent et l’on doit craindre son développement. Jeudi 19 mars, le ministère algérien de la Santé fait état de 9 morts et de 91 cas de contamination. Et selon nos informations la situation serait très grave dans les camps de Tindouf. Le 8 mars dernier, 2 morts étaient annoncés. Mais notre sujet n’est pas de faire des comptes macabres mais d’analyser la question sous l’angle de l’organisation.

 

On sait ce qu’est la zone de Tindouf sur le plan sanitaire en temps normal. La misère y côtoie le crime. La loi du plus fort s’exprime tous les jours, les aides internationales sont partagées entre quelques-uns, et par voie de conséquence logique, aucune réponse aux enjeux de la pandémie n’est possible.

 

Il faut savoir que l’Etat algérien a délégué ses compétences sur le territoire au polisario. Ce qui est une façon de se laver les mains, des exactions qui y sont commises quotidiennement.

 

L’affaire est bien connue et dénoncée par le Comité des droits de l’homme des Nations-Unies. Mais ses observations ont toujours été sans échos.

 

Cette déresponsabilisation de l’Algérie sur cette partie de son territoire, tient à l’artifice d’un Etat saharien qu’elle cherche à entretenir. Mais aujourd’hui ce ne sont pas seulement les droits de l’homme qui sont en jeu, mais la santé humaine sur le plan mondial.

 

On pouvait donc espérer que la dimension internationale du risque conduirait le gouvernement algérien à prendre en main la situation, sinon pour des raisons humanitaires à l’égard des habitants locaux, mais afin de bloquer la circulation du virus. Cet espoir semble vain.

 

 

Ne pensez vous pas que la situation peut dégénérer et avoir des répercussions sur l’ensemble de la région ?

 

 Ce n’est pas la zone de Tindouf seule et ses pauvres habitants qui sont en cause, mais la bombe à retardement qu’elle constitue pour l'ensemble de la région et pour l’Afrique.

 

 La panique qui est observée dans la population exprime mieux que les chiffres la réalité du risque. Et si l’on en est là, c’est tout simplement parce qu’on ne peut espérer la mise en place d’une organisation sanitaire de pouvoirs mafieux déconsidérés.

 

 Cette déplorable gestion du risque appelle l’attention de l’OMS et des autorités sanitaires du monde entier, car elle constitue une atteinte directe à l’ensemble des efforts consentis par les Etats.

20/03/2020