Une illustration de la Conférence de Berlin, marquant l’organisation et la collaboration européenne pour le partage et la division de l’Afrique à la fin du XIXe siècle. / DR   ...Suite : https

Après avoir été vaincue par les États-Unis, l'Espagne avait décidé de se débarrasser de ses colonies. Ainsi, en 1898, les Espagnols envisageaient sérieusement de «vendre» le Sahara, occupé depuis 1884, à l'Empire austro-hongrois. Histoire.

 

Lors de la Conférence de Berlin, marquant l’organisation et la collaboration européenne pour le partage et la division de l’Afrique à la fin du XIXe siècle, l'Espagne avait revendiqué le Sahara, déclarant un protectorat sur la zone s’étendant de Cap Blanc au Cap Bojador le 26 décembre 1884. Moins d’un mois plus tard, en janvier 1885, le royaume ibérique informe alors les autres puissances européennes d’avoir commencé à établir des ports de commerce et une présence militaire dans la zone. 

C'est ainsi que la colonisation du Sahara par l'Espagne commence, s'étendant de 1884 jusqu’en 1976, avec la Marche verte et les Accords de Madrid.

L’Espagne pense à vendre ses colonies africaines

Mais durant le protectorat espagnol sur le Sahara pourtant, le royaume ibérique a pensé à «vendre le territoire» à une autre puissance européenne. L'idée a émergé à la suite de la guerre hispano-américaine, un conflit armé entre l'Espagne et les États-Unis en 1898.

 

Vaincue, l'Espagne avait perdu ses colonies situées dans le Pacifique aux États-Unis, tandis que la vente d'autres colonies était au menu. Ainsi, en 1898, elle commence à négocier la possibilité de «vendre» le Sahara, sous le protectorat, à l'Empire austro-hongrois, une double monarchie puis grande puissance en Europe centrale, selon des récits historiques.

L'Autriche-Hongrie était la seule puissance européenne incapable de conquérir de grandes colonies. Et contrairement à l'Espagne, cet empire n'avait pas pu établir de colonie en Afrique. 

Des négociations ont alors été menées entre les autorités espagnoles et la Société coloniale austro-hongroise. Dans son livre «The Naval Policy of Austria-Hungary, 1867-1918: Navalism, Industrial Development, and the Politics of Dualism», Lawrence Sondhaus rappelle que «le vice-président de la société, Ernst Fanz Weisl a négocié un accord (avec l’Espagne, ndlr) avec la complicité de Goluchowsky (qui, entre 1895 et 1906, était ministre des Affaires étrangères de l'Autriche-Hongrie, ndlr) et des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères».

Budapest interrompe les négociations et dit non à l'Espagne

Cependant, les efforts de l'Espagne pour réduire ses colonies et se remettre de sa défaite n'ont jamais été réalisés. L'historien indique que Budapest a fini par interrompre ces négociations et «a opposé son veto à la vente à la veille de sa fin».

Selon Lawrence Sondhaus, «alors qu'elle n'aurait pas été un atout économique important, la colonie aride située sur la côte atlantique de l'Afrique, au sud du Maroc, aurait ouvert de nouveaux horizons stratégiques pour l'Autriche-Hongrie».  Le port Rio de Oro (Oued Ed-Dahab) aurait pourtant pu offrir à la flotte austro-hongroise une base «sur tropique du Cancer à environ 300 miles (482,8 kilomètres, ndlr) au sud des îles Canaries», rapporte le même livre.

Les pourparlers pour «acheter» cette partie du Sahara ont été rejetés, principalement par la partie hongroise de l'Empire. Étant une double-monarchie, la partie hongroise expliquait qu’elle «ne souhaitait pas dépenser de l'argent pour quelque chose qui, selon elle, profiterait de manière disproportionnée à la moitié autrichienne», a rapporté History Matters dans une vidéo.

L'autre raison qui a empêché l'empire européen d'«acheter» le Sahara était la vision de Franz Joseph, l'empereur d'Autriche. Selon la même source, l'empereur «ne voulait rien avoir avec le colonialisme en général et était beaucoup plus soucieux de garder son Empire uni».

L’Empire austro-hongrois continuera d’exister jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, lorsque son territoire fut partagé entre sept États.

Le Sahara restera occupé par l’Espagne jusqu’à l’indépendance du Maroc en 1956 qui se lancera ainsi pour sa récupération. En novembre 1975, au lendemain de la Marche verte, le gouvernement espagnol signe les Accords de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie, divisant le territoire entre les deux pays, avant que le Maroc puisse récupérer la partie sud du Sahara.

18/07/2020