Le Maroc s’apprête à adhérer à l’Union africaine. En réalité, ce n'est que l'aboutissement d’une politique d’ouverture sur le continent préparée à petit feu, où l’économie tient le haut du pavé. Une ouverture qui ne concerne pas uniquement les alliés traditionnels du royaume mais qui cible également les pays reconnaissant la «RASD». Une rupture complète avec la politique prônée par feu Hassan II.

Le projet d’adhésion du Maroc à l’Union africaine ne coulait pas de source pour la diplomatie marocaine. Même si ses alliés au sein du continent l’incitaient, depuis des années, à revenir dans le concert des nations africaines, le royaume a longtemps hésité. Mais l’année 2016 a marqué un tournant dans les rapports de force en Afrique. Les pays hostiles au retour de Rabat au sein de «sa famille institutionnelle» ont dû faire face à des difficultés conjoncturelles, comme la baisse des cours du pétrole sur le marché mondial.

 

C’est le cas de l’Algérie qui doit également gérer une transition politique bloquée par le clan Bouteflika. L’Afrique du Sud a elle aussi fort à faire avec les difficultés politiques internes, Jacob Zuma ayant dilapidé une bonne partie du capital de légitimité du Congrès national africain (ANC). La formation, héritage de Nelson Mandela et symbole de la lutte pour la liberté, est empêtrée dans des affaires de corruption et les crises politiques. En témoigne les résultats des communales d’août dernier qui se sont soldées, pour la première fois, sur une réelle avancée du parti de l’Alliance démocratique (DA).

 

Renouer avec les pays qui reconnaissent la «RASD»

 

Les difficultés d’Alger et de l’ANC de Pretoria n’expliquent pas, à elles seules, le surprenant changement de position de Rabat. Le Maroc va ainsi intégrer une organisation dont le Polisario est membre fondateur et ses diplomates devront côtoyer les représentants du Front au sein de l’UA. D’autant que le royaume ne pourra en aucun cas demander l’amendement les statuts de l’Union pour suspendre la «RASD» dès son admission. Il lui faut d’abord prendre son mal en patience et ensuite agir, conformément à l’article 32 de l’Acte constitutif de Lomé. En étant optimiste, une telle perspective ne pourra se concrétiser qu’en 2019, sachant que les propositions d’amendements de la Charte sont examinées dans «un délai d’un an» par la «Conférence de l’Union, sur avis du Conseil exécutif», précise l’alinéa 2 de l’article 32.

 

En attendant la réalisation de cet objectif, la politique africaine du Maroc a été revue de fond en comble. Le temps des tournées royales dans les seuls pays alliés du Maroc (Sénégal, Côte d’Ivoire et Gabon...) est révolu. L’offensive de Mohammed VI cible désormais les pays reconnaissant la «RASD» comme le Rwanda, le Nigéria, la Tanzanie, l’Ethiopie et prochainement le Ghana et le Soudan du Sud. C’est une rupture inédite avec la politique prônée par feu Hassan II. Celui-ci n’hésitait pas à rompre les relations diplomatiques avec tout Etat annonçant l’établissement de liens avec la «RASD», tels l’ex-Yougoslavie et l’Inde.

 

Le Maroc bien placé pour cueillir les dividendes de la Zone de libre-échange continental (ZLEC)

 

Mais aujourd'hui le monde a changé. La Guerre froide est la bipolarisation du monde n'est qu'un lointain souvenir. La politique n’est plus le seul élément déterminant dans le rapprochement entre Etats. L'économie étant devenu un élément stratégique dans un monde instable, le Maroc réoriente progressivement sa diplomatie sur cet enjeu. Armé de la puissance de frappe de son navire amiral qu’est l’Office chérifien des phosphates (OCP), de ses banques privées et publiques - présentes dans plus de 16 pays du continent - et de ses grands groupes industriels, le royaume est parti avec humilité à la conquête de l’Afrique. Au fil des années, il a réussi à bâtir doucement mais sûrement son capital confiance auprès de ses partenaires africains.

 

Aujourd’hui et à la veille du lancement (en principe cette année) de la Zone de libre-échange continentale, le Maroc devra lutter avec l’Afrique du Sud pour cueillir les dividendes de la ZLEC. Une zone de libre-échange où certains membres affichent des taux de croissance annuels entre 6 à 10%. A titre d’exemples, le Rwanda a réalisé une croissance économique de 6,9% en 2015 et 7% en 2014, l’économie de la Côte d’Ivoire s’est accrue de 9,2% en 2015 alors que celle de l’Ethiopie, malgré les conséquences de la sécheresse, a réalisé un taux de croissance de 8,5% la même année. L'intrication entre l'économie et le politique, notamment sur le continent africain, pourrait très bien permettre au Maroc de faire une pierre deux coups.

16/01/2017