Algérie-Maroc: un grand gâchis

Quand vous avez un voisin dont le plaisir est de vous créer des ennuis et de vous empêcher de vivre en paix, au lieu d’entrer en guerre avec lui, vous déménagez. Mais il existe des situations où cette solution sage n’est pas possible.

Le Maroc est harcelé en permanence depuis pratiquement l’indépendance de l’Algérie. En octobre 1963, il y eut «la guerre des sables» à propos du tracé colonial des frontières.
Ensuite, il y a eu l’affaire du Sahara. L’Algérie, qui a besoin d’une sortie sur l’Atlantique, en a profité pour créer de toute pièce un mouvement de libération afin d’empêcher le Maroc d’achever son intégrité territoriale, puisque ce Sahara était occupé par l’Espagne qui l’a quitté en 1974. Depuis, une guerre tantôt sur le terrain tantôt dans les nerfs envenime les relations entre les deux pays dits «frères». En réponse à la «Marche V erte» décidée par le Maroc, le président Boumédienne ordonna le 18 décembre 1975 l’expulsion de 45.000 familles marocaines installées en Algérie depuis longtemps. Un drame qui a laissé des blessures chez beaucoup de Marocains et aussi d’Algériens.

Une chose est réconfortante dans ce conflit : les peuples algérien et marocain réclament la paix dans cette région et en particulier l’ouverture des frontières, fermées il faut le dire par le Maroc après un attentat terroriste dans un hôtel à Marrakech en août 1994. Mais depuis, le Maroc a proposé l’ouverture des frontières et la libre circulation des personnes. L’Etat algérien refuse catégoriquement et chaque fois qu’une solution politique du Sahara est proposée par le Maroc, l’Algérie et certains pays qui sont sous sa coupe, opposent leur véto.

C’est ainsi que ce que aurait pu être l’Union du Maghreb est devenu un chiffon de papier sans importance. Imaginez un Maghreb uni, composant une entité économique, financière, culturelle et politique face à l’Europe et au reste du monde arabe. Cela aurait été la plus belle réalisation de cette région qui aurait été assez forte pour barrer la route au terrorisme, au fanatisme et à l’exploitation délirante de l’islam.

Tous les Maghrébins sont responsables de la situation actuelle. Les peuples le ressentent comme un échec de la politique de ces Etats. Tant de richesses, tant de potentialités humaines, énergétiques, tant d’imagination… bloquées, retardées, mises à l’écart ! Quel gâchis, quelle catastrophe.

Aujourd’hui l’Algérie est, comme a titré un journal, «dans le coma» ou comme l’écrit Kamel Daoud dans l’hebdomadaire Le «1»: «Cette nation c’est la Corée du nord africaine ; c’est un pays invisible (…) c’est une démocratie formelle mais une dictature réelle, il est centraliste mais démembré». La Libye est un chaos où des tribus n’arrivent pas à constituer la structure d’un Etat. Le Maroc se bat comme il peut pour devenir sur le plan économique un «Etat émergent» et sur le plan politique un «Etat de droit». Seule la Tunisie semble s’acheminer vers une démocratie réelle avec une Constitution exceptionnelle dans le monde arabo-musulman. Mais les ennemis de la modernité sont à l’œuvre et par des attentats assassinent des innocents et par la même occasion ruinent l’économie de ce pays.

Au lieu d’avoir un Maghreb uni, fort, divers et semblable, on a un ensemble de pays menacés par le terrorisme, par l’anarchie et toutes les formes de corruption. Les mentalités régressent et se réfugient dans l’hypocrisie à base religieuse.
L’Algérie souffre de ne pas avoir un dessein, une vision d’avenir, une confiance en elle-même face aux défis de la vie moderne. Plus de 80.000 Chinois y font le travail qu’auraient pu faire des Algériens. D’autres citoyens risquent leur vie en montant dans des barques douteuses pour immigrer en Europe. Tout cela fait que ce pays, un des plus beaux d’Afrique, se détourne de son capital humain et concentre ses efforts dans une diplomatie où il engage pas mal d’argent pour contrer la récupération du Sahara par le Maroc. Depuis que des agents américains ont découvert que les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf (ville marocaine annexée par la France le 31 mai 1934 et que l’Algérie refuse de rendre au Maroc malgré des promesses tenues par le FLN dans une réunion des partis maghrébins à Tanger en 1958), servent de camps d’entraînement pour des terroristes de l’AQMI, les thèses algériennes ont perdu de leur acuité.

L’important aujourd’hui est de dépasser les égoïsmes et de construire un nouveau Maghreb, uni, dévoué à ses peuples dans une solidarité et une volonté de croire au vieil adage : l’union fait la force, ou comme dit un autre adage musulman : la main de Dieu s’ajoute aux mains de tous.

P.S : L’écrivain algérien, Boualem Sensal publie le 20 août prochain aux éditions Gallimard un roman «2084» en référence au livre d’Orwell «1984» où il imagine une Algérie rongée et détruite par l’idéologie islamiste radicale. Ce sera mon prochain Coup de Cœur.

27/07/2015