Les dernières escarmouches à la frontière maroco-algériennes ont de quoi inquiéter. Elles surviennent après une série de provocations de la part des autorités de nos voisins de l’Est dont l’affaire des réfugiés syriens et le refus de laisser une délégation marocaine participer à une manifestation internationale. Deux faits qui ont été largement commentés. Il faut comprendre que cette escalade prouve simplement que l’Algérie vit un vide. Ceux qui parlent de rivalité régionale se trompent. Elle n’existe plus, parce que le régime algérien n’a plus de vision, ni de stratégie réelle. Il a choisi le mauvais camp en Lybie, n’a eu aucun rôle au Mali.

Ce n’est pas la diplomatie algérienne qui inquiète les observateurs, mais la situation interne en Algérie. L’armée, longtemps institution- pilier garante de la visibilité, se fissure publiquement. Le chef des Etats-Majors et le patron du renseignement entretiennent une véritable guerre des déclarations depuis que le chef des services a accusé de corruption l’entourage de Bouteflika. A quelques semaines des élections, l’armée n’a toujours pas son candidat. Si certains préfèrent reconduire l’actuel locataire du palais présidentiel, malgré son malaise, d’autres hiérarques militaires avancent le nom de Hamrouche, ancien Premier ministre. Le drame c’est qu’en face, il n’y a plus personne. L’ère Bouteflika a été celle de la fermeture du jeu politique, revenant sur les maigres acquis de 1958. Des leaders, comme le kabyle Said Saadi, ont perdu tout crédit parce que le système les a usés.

Le système est à bout de souffle et a étouffé toute possibilité d’une alternative douce. Or, malgré les milliards d’excédents, la situation socio-économique est catastrophique. Le chômage des jeunes frôle les 20%, ce sont des Chinois qui construisent des logements sociaux alors que les déficits en ce domaine sont énormes, les enseignants sont en grève depuis plusieurs semaines. De même, le tourisme n’a pas redémarré après la décennie noire, l’agriculture est à l’abandon. Dans ce contexte de crise, l’explosion n’est pas à exclure et ce n’est une bonne nouvelle pour personne qu’un pays comme l’Algérie sombre dans le chaos. Et pour cause, toute la région en sera affectée. Consciente de sa crise, la nomenklatura algérienne joue la carte d’une tension élevée avec le Maroc pour ressouder les rangs contre « l’ennemi » extérieur.

La diplomatie marocaine a une bonne lisibilité de la situation. Elle est bien évidemment vigilante dans la défense des intérêts du pays, mais dans la plus grande des sérénités, pour éviter justement de jouer le jeu de la nomenklatura algérienne. Le message Royal à Bouteflika rappelle l’engagement du Maroc en faveur d’une intégration réelle dans l’espace maghrébin. C’est cet esprit, cette vision qui doit primer en cette période délicate. Il est clair que la crise des institutions algériennes, réelle, publique, ouvre la voie à tous les scénarios, y compris le pire. Souhaitons que le peuple saura trouver une sortie dans la stabilité. Le Maroc a pour principe de ne pas s’ingérer dans les affaires des voisins. Cela ne nous empêche pas de suivre l’évolution avec la plus grande attention. Les provocations doivent être traitées pour ce qu’elles sont, des manoeuvres dilatoires d’un système moribond.

21/02/2014