Analyse juridique et politique de la nomination d’un «représentant spécial» de l’Union africaine pour le Sahara marocain

Le Maroc s’est retiré de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) lors de la 20e session tenue à Addis Abeba en novembre 1984. En effet, suite à une session de «routine» des ministres des Affaires étrangères, le secrétaire général de l’OUA, le Togolais Edem Kodjo, décide, quelques mois à peine après la tenue des sommets successifs de Nairobi 1 et 2, de prendre tout le monde à contre-pied. Il fit admettre arbitrairement cette «république utopique» appelée «RASD», grâce à une «majorité» préfabriquée. L’Algérie, initiatrice de cette résolution, s’est appuyée sur la Libye, la Mauritanie, le Nigeria, le Mali et le Togo.

Le Maroc venait de subir de plein fouet les conséquences des manœuvres conjuguées de l’Algérie, fondatrice, hôte et protectrice du «Front Polisario», et du régime libyen du colonel Kadhafi, bailleur de fonds et fournisseur d’armes aux séparatistes. La guerre froide qui prévalait a placé la question du Sahara dans un contexte de confrontation Est-Ouest. Ainsi, l’Algérie arrachait des reconnaissances à l'emporte-pièce. Malgré l’auto-proclamation d’une «RASD» indépendante le 27 février 1976 et en dépit de sa reconnaissance par certains pays, l’entité en question n’est pas un État en droit international. Les éléments constitutifs lui font défaut. L’Union africaine a hérité de l’OUA une utopie et une situation illégale.

I. – Les fondements juridiques de la non-reconnaissance de la «RASD» en droit international

Institution centrale du droit international, l’État entretient avec ce dernier des relations contradictoires. Comme réalité sociologique et historique, il lui est antérieur, mais comme phénomène juridique, il le constitue autant qu’il en procède. Il le constitue puisque le droit international est le produit de la volonté des États ; mais il en procède en ce que le droit international construit lui-même le concept juridique d’État. Le premier avis rendu le 29 novembre 1991 par la commission d’arbitrage de la conférence européenne pour la paix en Yougoslavie est, sur ce point, significatif. La commission s’est située d’emblée sur le terrain du droit international, car «Seuls les principes du droit international permettent de définir à quelles conditions une entité constitue un État». La commission a énuméré ces critères. Ces énoncés apparaissent d’un très grand classicisme, donnant une impression de permanence. Pourtant, il arrive que la qualité d’État soit reconnue sans que les faits initiaux soient réunis. Ainsi, on remarquera qu’un certain nombre d’entités ont acquis ce titre en présence de persistants doutes légitimes sur leur souveraineté. C’est par exemple le cas pour la «République arabe sahraouie démocratique» (RASD), reconnue par un certain nombre d’États, et même admise comme telle à l’Union africaine (UA). Se pose alors la question de savoir la qualité d’État. S’agit-il d’un État réel ou d’un État utopique ? Nous partirons à la recherche des origines de l’État fictif de la «RASD» dans ses éléments constitutifs (1), ensuite dans le procédé de reconnaissance (2).

1. La «RASD» est-elle une collectivité territoriale organisée et souveraine ?

Dans la doctrine faisant état du droit international coutumier, référence est souvent faite à l’article premier de la convention de Montevideo du 22 décembre 1933 sur les droits et devoirs des États, qui prévoit que l’État comme personne internationale devrait réunir les éléments suivants : une population permanente, un territoire déterminé et un gouvernement effectif. Si l’on interprète cette convention même de manière large, il n’en résulte pas moins que plusieurs conditions font défaut dans le cas de la «RASD».

La population. L’État est une collectivité humaine, il n’existe pas sans population. «Celle-ci est constituée par l’ensemble des individus qui sont unis à l’État par un lien juridique et politique auquel on donne habituellement le nom de nationalité». L’élément «population» est parfois vu sous un autre aspect. Des auteurs estiment que la règle d’après laquelle l’État n’existe que s’il a une population ne requiert pas que ladite population soit composée de nationaux. La détermination de la nationalité est un attribut de l’État et dépend du droit interne ; dès lors, la nationalité dépend de l’existence de l’État plutôt que l’inverse. La création du lien de nationalité est donc le corollaire de l’existence de l’État. Mais, quelle que soit la façon dont on aborde la question, lorsqu’il s’agit de savoir si la «RASD» a une population, la réponse est négative. Nul ne met en doute que la population vive dans les territoires administrés par l’Algérie, mais cette population n’est pas rattachée par un quelconque lien juridique au prétendu État de la «RASD».

Le territoire. Il est difficile de concevoir l’État sans assise spatiale définie. La qualité d’État s’accommode de contestations sur les contours précis de son territoire, et c’est pourquoi il n’y a pas d’«État nomade» défini par sa seule population. Cadre de compétence et base d’action pour le gouvernement, le territoire demeure un élément sine qua non à la base de l’État : «La règle établie, qui veut que la possession d’un territoire soit pour un État un des attributs essentiels, s’explique par le fait qu’on ne peut se représenter un État sous la forme d’une sorte d’esprit désincarné». S’il faut un territoire, il est indispensable donc que ses limites soient définies de façon précise. Cette seconde composante s’avère, pour le moins, largement lacunaire dans le cas du territoire du pseudo «RASD» situé à l’intérieur de l’Algérie.

L’effectivité du gouvernement. Pour que les liens juridiques entre un État et sa population puissent être créés, l’État doit effectivement exister et exercer ses attributs sur une portion de l’espace qu’il maîtrise parfaitement. Dans ce sens, seul le critère de l’effectivité peut caractériser le contrôle établi par une communauté politique sur un territoire donné. Premièrement, le gouvernement doit être en position de légiférer et d’appliquer la loi à l’intérieur de l’État ; deuxièmement, il doit posséder suffisamment de pouvoir pour accomplir ses devoirs en droit international». Or la «RASD» n'exerce pas de contrôle sur les territoires situés à Tindouf, encore moins sur le Sahara marocain, sinon un contrôle dans les Camps du sud-ouest algérien subordonné à la décision politique algérienne. Aussi, la «RASD» n’est pas en mesure d’assurer la protection des étrangers, ni de garantir l’exécution d’obligations internationales ; tâches couramment cédées au pouvoir d’Alger.

La Souveraineté. Les éléments de définition qu’on a présentés jusqu’à présent ne caractérisent pas suffisamment l’État ; ils ne cernent qu’une «collectivité territoriale organisée». La singularité absolue de l’État par rapport à cette masse d’entités politiques qui ornent la scène internationale tient à ce que ni ses gouvernants ni sa population ne sont soumis à une autorité étrangère. C’est ce que Jean Bodin désigne par le vocable «souveraineté». Mais, une fois encore, il faut distinguer la définition de l’État de ses attributs. La souveraineté est un attribut reconnu par le droit international à une personne morale ayant la qualité d’«État» ; pour pouvoir y prétendre, la collectivité doit être indépendante. Dans l’Affaire du Régime douanier austro-allemand, le juge Anzilotti ramène l’indépendance à l’existence «Comme État séparé et non soumis à l’autorité d’aucun autre État ou groupe d’États». Dans sa présentation d’une théorie de l’indépendance en droit international, le professeur Charles Rousseau constate que «L’indépendance implique à la fois l’exclusivité, l’autonomie et la plénitude de la compétence». En conclusion, la «RASD», autoproclamée indépendante le 27 février 1976, ne répond à aucun des critères précités inhérents à la notion d’indépendance, et ne peut, du coup, aspirer au noble titre d’«État souverain».

2. La non-existence de la «RASD» en droit international et la pseudo-reconnaissance politique

La reconnaissance est l’acte juridique unilatéral par lequel un État atteste l’existence à son égard d’une situation de fait et s’engage à en tirer les conséquences que le droit attache à cette existence. Sur ce point, deux conceptions de la portée de la reconnaissance s’opposent traditionnellement.

D‘abord, la conception attributive ou constitutive. Selon cette thèse, la reconnaissance est, avec l’existence d’une population, d’un territoire et d’un gouvernement, un quatrième élément constitutif de l’État. Sans elle, la formation de l’État reste inachevée. Parce qu’elle attribue la qualité d’État, elle le constitue, en ce sens qu’elle parachève son processus de création. Sa portée est donc très large, essentielle. Et c’est là le grand déficit de la «RASD». Mais, aujourd’hui, dans sa formulation absolue, la «thèse constitutive» a perdu beaucoup de terrain. La majorité des auteurs contemporains rejettent cette théorie et estiment que l’existence d’un État ne saurait dépendre de l’attitude arbitraire ou discrétionnaire des autres États.

Ensuite, la conception déclarative qui admet généralement que la naissance d’un État nouveau est un fait dont l’existence ne dépend pas des intentions ou appréciations des États existants. Autrement dit, le fait que cette attestation soit adéquate à la réalité observable n’est pas normalement pertinent quant aux effets de la reconnaissance, puisqu’elle ne modifie pas la situation objective de l’être reconnu, une situation qui demeure dépendante de ses éléments constitutifs pré exposés, mais seulement les relations qu’il va nouer avec lui. Bref, une reconnaissance ne crée ni souveraineté ni État.

À cet égard, le système juridique international enregistre un anarchisme choquant. À elles seules, les reconnaissances de la «RASD» en témoignent amplement. En effet, en 2007, le nombre de pays reconnaissant la «RASD» est passé à 35. La majorité des États reconnaissant la «RASD» sont africains et très proches diplomatiquement de l'Algérie. Par ailleurs, la «RASD» n’est reconnue ni par l’Organisation des Nations unies, ni par la Ligue arabe, ni par l’Union du Maghreb arabe, ni par l’Organisation de la Conférence islamique ni par aucun pays européen ou pays membre permanent dans le Conseil de sécurité. Rappelons également que la reconnaissance de la «RASD» par l'Union africaine (alors OUA) avait provoqué le retrait du Maroc de cette Organisation en 1984.

La reconnaissance de la «RASD» s’est faite par obéissance à des mobiles politiques sans poser comme prémisse l’effectivité de ses éléments constitutifs objectifs. Effectivité de l’occupation matérielle du territoire, effectivité du critère juridique de la nationalité et surtout effectivité du gouvernement, sans quoi la personnalité juridique revendiquée ne serait qu’une coquille vide. La reconnaissance de la «RASD» ne peut par elle-même accoucher d’une nouvelle situation, ni trancher le fond du débat, ni pallier l’ineffectivité du contrôle opéré à l’intérieur du territoire étatique auguré. Au mieux, une telle reconnaissance prématurée, au pire, est inefficace. En toute hypothèse, reconnaître un fait fictif semble être une consécration de la primauté tant décriée du politique sur le juridique dans les relations internationales. D’où l’illégalité des quelques reconnaissances de la «RASD».

II. – Contexte et objectif de la désignation d’un «représentant spécial» de l’UA pour le Sahara marocain : contrecarrer le pragmatisme du Maroc en Afrique

1. Le pragmatisme du Maroc en Afrique

Le retrait du Maroc de l’instance continentale dont il est l’un des principaux fondateurs lui a permis de penser au mieux sa diplomatie en Afrique. Dans ce champ de coopération bilatérale et multilatérale, le Maroc a renforcé ses relations avec les pays subsahariens, par la mise en place de l'Agence marocaine de la coopération internationale en 1986. Cette structure renforce la coopération culturelle et technique ainsi que la coopération tripartite (Maroc, pays africains, pays pourvoyeurs).

En ce qui concerne la coopération multilatérale, le Maroc a rejoint plusieurs Organisations internationales et régionales comme le Sommet franco-africain en 1985. Ainsi, le Maroc a abrité, en 1988, le 15e Sommet franco-africain, dans le but de renforcer la présence du Maroc au sein de cette Organisation. Par cette initiative, la diplomatie marocaine a exprimé son renouement avec l'Afrique. Pendant la séance d'ouverture, feu S.M. Hassan II a déclaré sur les relations maroco-africaines : «Certains nous ont dit que les pays africains sont privés de la présence du Maroc, alors que nous, nous disons que nous sommes privés de la présence des Africains».

Le Maroc a participé à plusieurs autres sommets diplomatiques. Il a concentré ses efforts sur les groupements sous-régionaux. Ainsi, la Libye a créé la Communauté des États du Sahel et du Sahara en février 1998, après avoir renoncé à son projet du nationalisme arabe à cause de la crise de Lockerbie. Le Maroc a sollicité son adhésion à cette communauté le 12 mars 2000. Suite à sa participation au Sommet de Khartoum en date du 12 février 2001, le Maroc a adhéré officiellement à cette Communauté.

Suite à l'évolution concrète et positive de la diplomatie marocaine multilatérale, le Maroc a participé aux Sommets euro-africains dont le 1er a eu lieu au Caire les 3 et 4 avril 2000, sur l'initiative du Portugal, à la tête de l'Union européenne à l'époque. Cette rencontre marqua la défaite de la diplomatie algérienne qui présidait l'OUA et qui tentait, sans relâche, d'intégrer le Polisario à cette rencontre internationale. Pendant ce Sommet, le Souverain marocain a rappelé les problèmes économiques dont souffrait le continent. Il a également annoncé l'annulation de toutes les dettes des pays africains les moins développés envers le Maroc et la levée des droits de douane sur les produits importés à partir de ces pays.

En conformité avec cette nouvelle orientation, le Maroc tente, à travers plusieurs initiatives, d'établir de nouvelles bases pour asseoir une coopération efficace avec des organisations sous-régionales. De surcroit, le Maroc appartient à d’autres groupes régionaux comme l’Union du Maghreb arabe (UMA) ; il est observateur à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l'Union économique et monétaire ouest-africaine (le Maroc a signé un accord préférentiel pour une baisse de 50% de ses droits de douane en l'an 2000 comme étant une étape importante de l'ouverture sur les pays francophones et les pays anglophones).

Le Maroc n’a pas manqué d’être actif sur le continent. En témoigne son soutien au Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) dans le sens d'une coopération Sud-Sud plus dynamique et plus efficiente. Il a également mis à disposition de plusieurs pays africains son savoir-faire, son expérience et son expertise dans plusieurs domaines et projets de développement. Par exemple, dans le domaine de la formation, le Royaume accueille annuellement plus de 7.000 étudiants, originaires pour la plupart d’Afrique subsaharienne. L’engagement du Maroc en Afrique a été tel que les pays africains, dans leur écrasante majorité, ont soutenu sa candidature et son élection le 21 octobre 2011 à New York au poste de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. En se rendant, pour la troisième fois en moins d’un an, dans plusieurs pays africains, S.M. le Roi confirme son engagement en faveur de la coopération Sud-Sud. Les multiples accords ayant ponctué ces visites le confirment. La diplomatie royale consacre un processus d’ancrage du Royaume dans son environnement Africain. L’intérêt du Maroc n’est pas seulement économique et politique, il revêt aussi une forte dimension humaine dans l’esprit d’un partenariat gagnant-gagnant et d’une intégration régionale effective. Ainsi, le Maroc œuvre pour la paix, la stabilité, la sécurité et le développement du continent africain.

2. Le contexte : entre nouveauté et continuité

Aujourd’hui, plusieurs présidents africains considèrent l’absence du Maroc de l’UA comme étant une mauvaise chose pour l’avancée du continent. Pour le Président tunisien, Moncef Marzouki, «l’Union africaine ne peut se passer d’un pays aussi important que le Maroc. C’est une anomalie majeure qu’il faut corriger». Le Président burkinabé, Blaise Compaoré, a même proposé son savoir-faire en matière de pourparlers. «Le Burkina Faso estime nécessaire le retour du Maroc au sein de l'Union africaine et se propose de jouer un rôle à ce sujet», a-t-il déclaré. Reconnaissant «parfaitement» que le Maroc a été poussé à sortir de l’UA pour des «raisons d’injustice historique», l’ex-ministre d'État, ministre des Affaires étrangères sénégalais, Cheikh Tidiane Gadio, assure que les politiques africaines «continueront à se battre pour que le Royaume reprenne sa place au sein de l'Union». Un vent de sympathie souffle sur le Maroc un peu partout en Afrique, pour qu'il retrouve sa place au sein de l'UA. Ainsi, un tournant marque un lent processus qui sera patiemment conduit tout au long des années 80 et 90. Le Maroc, à partir de 1988, multiplie l'établissement des relations diplomatiques et récupère nombre de pays africains l'un après l'autre, au point que le nombre d'amis sur lesquels le Maroc peut compter atteint aujourd'hui plus d'une trentaine, dont près de la moitié avaient plus ou moins reconnu la «RASD». Avec les pays sur lesquels il peut désormais compter, le Maroc n'est plus qu'à une petite dizaine de voix pour constituer une nouvelle majorité des deux tiers (36 pays sur 53) devant lui ouvrir les portes du retour au sein de l'Union africaine.

Enfin, en novembre 2013, des intellectuels africains ont demandé le retour du Maroc à la famille de l'Union africaine et appelé l'Union à «réparer cette injustice historique en gelant la qualité de membre attribuée illégalement à la “RASD” en vue de son annulation». Dans un communiqué publié sur le site d'informations africaines «africabletelevision.com», des experts et responsables de centres et d'instituts des études stratégiques et géopolitiques africains expliquent dans un Mémorandum pourquoi le Maroc doit regagner l'Union africaine.

Le camp opposé à la réintégration du Maroc constate que le Royaume progresse réellement vers la réalisation de son projet, d’où la dernière manœuvre relative à la désignation d’un «représentant spécial» pour le Sahara marocain. Faut-il rappeler que depuis le retrait du Maroc de l’OUA le 1er novembre 1984, position consignée dans une lettre royale de feu S.M. Hassan II, L’OUA a été écartée de toute tentative de résolution de ce litige, ainsi que de toute autre initiative directe ou sous l’égide des Nations unies.

3. Analyse juridique et politique de la nomination d’un «représentant spécial» de l’U.A pour le Sahara Marocain

A. Sur quelles bases juridiques l’U.A s’est-elle appuyée pour désigner le «représentant spécial» pour le Sahara Marocain ?

L’Acte constitutif de l’UA ne comporte aucune catégorie juridique qui renvoie à la notion de «représentant spécial». Or nous sommes en présence d’un organe créé… par la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement de l’UA. Aussi, les articles 5 et 9 indiquent-ils que la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement peut créer d’autres organes ou tout organe de l’Union. Peu importe qu’il soit qualifié d’organe subsidiaire ou d’organe ad hoc, il peut en soi être désigné. Cependant, s’agissant particulièrement du Sahara marocain, la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement pouvait-elle en désigner un ? Autrement dit, la question du Sahara marocain pouvait-elle justifier la nomination d’un «représentant spécial» ? La réponse est non, puisque le processus de recherche d’une solution politique définitive à ce litige est du ressort exclusif de l’ONU.

Par ailleurs, l’article 7 de l’Acte constitutif de l’UA stipule que la Conférence prend ses décisions (y compris sans aucun doute celle de la nomination d’un représentant spécial) par consensus ou, à défaut, à la majorité des 2/3 des États membres de l’Union. L’exception à ce mode de votation porte sur les décisions de procédure (majorité simple). Un consensus a-t-il été réalisé entre les États membres au moment de la prise de la décision de nomination d'un représentant spécial pour le Sahara marocain ? Le quorum a-t-il été atteint en vue de la prise de la décision de nomination d’un représentant spécial pour le Sahara marocain ? La réponse aux deux questions est négative. Dès lors, quel crédit donner à cette institution alors que les États membres qui accréditent ne semblent pas y consentir massivement et sont pris à titre individuel ?

B. Le profil et la pertinence du choix du «représentant spécial» de l’UA pour le Sahara

Il s’agit de Joaquim Alberto Chissano, un homme politique originaire du Mozambique. Ce dernier a été président de la République de cet État de 1986 à 2005. Son pays fait partie de ceux qui ont reconnu la «RASD» dès 1976. À supposer que l’UA avait une base juridique pour intervenir dans ce dossier, la nomination de Joaquim Alberto Chissano ne favorise pas les conditions d’un dialogue franc, neutre et désintéressé entre l’UA et le Maroc. Mieux, elle semble manifestement mettre en exergue une personnalité qui milite officiellement pour la thèse de l’auto-détermination du Sahara avec pour mission spéciale d’imposer ses vues au Maroc au nom de l’UA. Monsieur Joaquim Alberto Chissano est à la fois juge et partie. Il peut difficilement conduire de manière désintéressée des pourparlers fructueux avec le Maroc au nom de l’UA, elle-même avec un parti pris et un alignement sur les positions des adversaires du Royaume.

C. L’analyse politique et juridique de la nomination

a) La relation avec la reconnaissance de fait ou de droit de la RASD

Les États qui ont reconnu de jure la RASD (établissement des relations diplomatiques, suivi de l’envoi ou l’échange d’ambassadeurs) sont au nombre de 12. 

Parmi ceux-ci, on compte 8 États africains (Afrique du Sud, Algérie, Angola, Éthiopie, Mozambique, Nigeria, Tanzanie, et Tchad). Sur le plan juridique, tous les États membres de l’UA ne reconnaissent pas et n’adhérent pas au statut d’État indépendant de la «RASD». Seul 1/6 des États approuve à titre individuel le statut de la «RASD». L’UA en tant qu’entité politique dont la personnalité juridique est distincte de celle de ses États membres ne s’est pas encore prononcée sur cette admission. Et même si tel était le cas, peut-elle juridiquement engager tous les États membres ? Ce qui renvoie en fait à la question de l’admission de la «RASD» comme membre à part entière de l’UA. Cela relève d’une autre procédure interne conformément à l’acte constitutif de cette institution internationale à caractère régional. La reconnaissance collective ne peut pas pour le moment être entérinée. Les États qui ont reconnu de facto la «RASD» sont au nombre de 9 États membres de l’UA (Botswana, Lesotho, Mali, Mauritanie, Namibie, Ouganda, Rwanda, Seychelles et Zimbabwe).

Sur le plan politique, ces États ont pris acte de la naissance de la «RASD». Cela est-il irréversible ? On relève tout de même dans la même situation, des États qui se sont rétractés après la reconnaissance de fait. Erreur ? réalisme ? attente ? prudence ? En plus, est-ce que l’UA peut s’engager dans la voie d’une reconnaissance de facto en son nom sans méconnaître le choix opposé des États précités ? Cela n’est pas envisageable sur le plan politique.

b) La relation avec un appui sous-marin des quelques États

La nomination d’un représentant spécial pour le Sahara marocain va dans le sens, tout au moins individuellement, des désidératas de quelques États ; on pourrait mentionner le cas de ceux-ci qui ont reconnu de droit ou de fait la «RASD». Cela est parfaitement conforme à la logique de leur choix. En revanche, que dire de l’autre grande majorité silencieuse ? 

En effet, dans le cadre de l’UA, l’addition du nombre des États qui ont reconnu de jure (8) et de facto (9), au total 17 ne permet pas d’affirmer que plus de la moitié des États membres de l’UA sont favorables, sur le plan arithmétique, à la désignation d’un «représentant spécial» pour le Sahara marocain. 

On peut bien entendu convenir que l’objectivité des chiffres n’a aucun rapport avec les options politiques des États dans le cadre d’une organisation internationale. Ainsi, sur le plan juridique, on peut exciper des chiffres faibles de la reconnaissance afin de soutenir que la nomination d’un «représentant spécial» pour le Sahara ne reflète pas sur le plan politique la volonté de la majorité des États membres de l’UA en faveur de l’autodétermination de la «RASD». 

Une telle volonté se serait en effet exprimée par une adhésion massive au statut de la «RASD». Les chiffres révèlent par exemple qu’après avoir reconnu la «RASD», de nombreux États sont revenus sur leur décision. Dans le cadre de l’UA, on dénombre 9 rétractations et 4 situations de gel de la reconnaissance.

Le Maroc est en droit de rejeter cette décision unilatérale qui va à l’encontre du processus onusien en cours. La question du Sahara relève des compétences du Conseil de sécurité de l’ONU. L’UA ne peut avoir aucune exclusivité de compétence sur ce dossier. 

Sinon, cela signifie qu’en cas d’échec d’un règlement politique à son niveau, on se dirigerait irrémédiablement vers une impasse politique, ou alors la dernière alternative serait le recours à une solution judiciaire internationale. Or le recours à une instance juridictionnelle n’est pas possible dans la mesure où malgré une certaine reconnaissance de droit de la «RASD», cette dernière ne peut pas ester devant une telle Cour, dans la mesure où elle n’est pas un sujet immédiat du droit international public. 

À l’évidence, la qualité d’État de la «RASD» pose problème, car elle est illégale. 

L’Union africaine a hérité de cette situation illégale et continue à être l’otage d’un agenda anti-marocain de certaines parties en déphasage avec la nouvelle réalité géopolitique et stratégique régionale.

 

15/08/2014