Le Royaume-Uni achève sa présidence mensuelle du mois de mars du Conseil de sécurité des Nations Unies à la fin mars. Ce sont les Américains qui prennent le relais à partir du 1er avril.

 

C’est à la fin du mois prochain que les 15 membres du Conseil de sécurité (CS) de l’ONU doivent voter une résolution pour renouveler ou pas pour une période d’une année le mandat de la Minurso qui veille au respect du cessez-le-feu signé en 1991.

 

Outre les Etats-Unis, les quatre autres membres permanents sont la Chine, la Russie, la France et la Grande-Bretagne. Ces cinq disposent du droit de véto des résolutions proposées.

 

Nikki Haley, une diplomate novice

 

La présidence américaine du CS des Nations Unies intervient alors que la représentante américaine Nikki Haley, fille d’immigrants indiens et ancienne gouverneure de Caroline du Sud, y fait ses premiers pas. Elle a assisté à sa première réunion du Conseil de sécurité le 22 février dernier pour y fustiger les méthodes de travail critiquant notamment l’importance donnée aux dossiers du Moyen-Orient et l’absence d’un comité dédié aux essais nucléaires nord-coréens.

 

L’administration Trump est en place depuis moins de trois mois et ses priorités sont éloignées du dossier du Sahara, alors que la représentante américaine à l’ONU à New York Nikki Haley découvre le monde de la diplomatie.

 

Pour Washington, ce qui vient en premier, ce sont la Chine, le désengagement militaire en Europe et en Asie, la lutte contre Da'ech et le “détricotage“ de ses engagements commerciaux.

 

Par ailleurs, le département d’Etat américain, après les démissions massives qu’il a connues en janvier dernier devra fonctionner, à partir de l’automne 2017, avec un budget inférieur de 25 à 30% à ce qu’il était les années précédentes. Il reste aujourd’hui difficile d’avoir une visibilité sur l’orientation diplomatique américaine.

 

Si l’administration Trump veut lutter contre le terrorisme de Da'ech, elle n’accorde, pour l’instant, que peu d’importance aux affaires du monde arabe et musulman. Comment le dossier du Sahara qui met aux prises Rabat et Alger sera-t-il perçu par Washington sachant que les pays arabes y sont perçus comme belliqueux et incapables de trouver des solutions à leurs problèmes?

 

La transition de mars à avril entre Anglais et Américains - qui restent en tout état de cause des membres permanents du Conseil de sécurité – a ceci de positif que les diplomates anglais pourront communiquer les éléments récents du dossier du Sahara à leurs collègues américains. Antonio Guterres doit aussi nommer un nouvel envoyé spécial en remplacement de Christopher Ross, démissionnaire fin février.

 

En avril, un rapport du secrétaire général de l’ONU sur la mission de la Minurso sera présenté au CS et avant cela, plusieurs points vont être progressivement mis sur la table au cours des prochaines semaines.

 

Il y a la situation du no man’s land à la frontière maroco-mauritanienne à Guergarate d’où le Maroc s’est retiré, alors que les éléments armés du Polisario s’y trouvent toujours.

 

Il existe également, ce point étant posé depuis une année, le statut de la Minurso et son rôle. En avril dernier, le Maroc avait demandé le départ de plus de 80 éléments de la composante civile de la force onusienne, ce qu’il avait obtenu. Entre-temps, près de 25 d’entre eux sont retournés à Laâyoune.

 

Bras-de-fer à New York et à Addis Abeba

 

Le succès diplomatique remporté par le Maroc pour réintégrer l’Union africaine (UA) présente également des défis. Le premier est que le Maroc et les représentants de la “RASD“ siègent dans l’organisation panafricaine. Cela signifie que le dossier du Sahara effectue son retour au sein de l’UA, un retour qui peut revêtir différentes formes.

 

En réintégrant le cénacle diplomatique panafricain, le Maroc, comme cela s’est vu le 20 mars dernier lors d’une réunion du Conseil de la paix et de la sécurité de l’UA, est interpellé par d’autres Etats-membres sur le dossier du Sahara.

 

L’Algérie, l’Afrique du Sud ainsi que l’envoyé spécial de l’UA pour le Sahara, Joaquim Chisano qui reste actif auprès des instances onusiennes, ne manqueront aucune occasion pour gêner la diplomatie marocaine. Le Maroc avait protesté lors de la nomination de Chissano par l’UA au poste d’envoyé spécial en 2014, indiquant que “le dossier du Sahara marocain est du seul ressort de l’ONU“, une position qui ne peut plus être figée et qui peut être à double tranchant.

 

Avec la réintégration à l’UA, cette donne est appelée à évoluer. En avril 2016, Joaquim  Chisano avait pu intervenir aux Nations Unies lors des débats sur le renouvellement du mandat de la Minurso. C’est notamment grâce à lui que Brahim Ghali a pu rencontrer Antonio Guterres cette semaine à New York et qu’il est dans l’attente de rencontrer également l’ambassadeur britannique aux Nations Unies.

 

Pourquoi est-il si important de rappeler cela alors que le calendrier diplomatique tire vers le mois d’avril? Principalement parce que le Maroc doit traiter du plus important dossier de son agenda diplomatique au siège des Nations Unies où les Marocains et les nouveaux membres de l’administration Trump se connaissent peu.

 

Au vu des actes et des paroles diplomatiques de l’administration Trump, le Maroc risque de découvrir au fil des débats du mois d’avril l’orientation diplomatique des Etats-Unis sur le dossier du Sahara.

 

Côté marocain, il n’y a aucun doute dans ce contexte que la présence d’un diplomate chevronné tel Omar Hilale à New York constitue un atout. Mais cela sera-t-il suffisant? A New York, le Maroc peut toujours compter sur l’appui de la France, membre permanent du CS de l’ONU.

 

En avril 2016, Américains, Britanniques et Chinois avaient voté le rapport du SG de l’ONU et la résolution 2285 qui a reconduit le mandat de la Minurso. La Russie s’était abstenue.

 

Pour la diplomatie marocaine, la bonne nouvelle de la séquence qui s’ouvre est l’absence du Venezuela et de l’Angola du Conseil de sécurité depuis le 1er janvier 2017 ainsi que l’arrivée de l’Ethiopie. Avec l’Uruguay, le Venezuela était le deuxième pays à avoir voté contre la résolution 2285 de reconduction du mandat de la Minurso.

 

Outre la Chine, les Etats-Unis, la Russie, la France et la Grande-Bretagne, tous membres permanents et disposant du droit de véto, le CS compte actuellement parmi ses membres les 10 pays suivants: Bolivie, Egypte, Ethiopie, Italie, Japon, Kazakhstan, Sénégal, Suède, Ukraine et Uruguay.

 

23/03/2017