La réaction  de la presse et du pouvoir algérien aux célébrations marocaines du 40e anniversaire de la Marche verte et au discours royal à Laâyoune était du domaine du prévisible. Alger s’est enfermée dans son autisme traditionnel face à la question du Sahara remettant en permanence en cause la souveraineté marocaine sur ses provinces du Sud, ressortant des arguments acculés et des logiques dépassées par le temps. Ordre donc a été donné à sa presse de sortir la grosse artillerie pour pilonner ces festivités, dans l’espoir de les polluer et de porter atteinte à leurs crédibilités.

Deux raisons principales expliquent cet autisme algérien. La première est marocaine. Le pays, fort de son droit et de la justesse de sa cause,  trace son sillon et imprime sa marque sur la géographie et la diplomatie. La seconde est algérienne et est résumée par cette lancinante question: «Y a-t-il un pilote au palais d’Al Mouradia?»   

Cette question était déjà  présente dans tous les esprits depuis le début du quatrième mandat, mais elle devient d’une grande pertinence aujourd’hui. Y a-t-il un pilote dans l’avion algérien? Qui détient la réalité du pouvoir en Algérie avec un président malade, incapable d’assumer sa charge? Quand les concurrents et les opposants soulevaient une telle interrogation, les amis de Abdel-aziz Bouteflika la mettaient sur le compte d’une opposition aussi stérile que frustrée de ne pas avoir réussi à  empêcher un quatrième mandat. Mais quand cette préoccupation est portée par le cercle d’amis le plus proche, cela devient source d’inquiétude et d’angoisse pour le régime algérien.

C’est actuellement le cas de dix-neuf personnalités dont l’ex-ministre Khalida Toumi, la députée Louisa Hannoune ou l’écrivain Rachid Boudjedra, toutes réputées proches de Bouteflika, qui ont écrit une lettre publique au président algérien dans laquelle ils se plaignent de la dégradation du climat général dans le pays. Leur diagnostic est d’un grand réalisme: «La déliquescence des institutions de l’Etat, Aveuglement algérien sur le Sahara marocain Par Mustapha Tossa

la grave dégradation de la situation économique et sociale, l’abandon des cadres algériens livrés à l’arbitraire et aux sanctions partiales».      

Ces personnalités relaient à leur manière une idée largement répandue en Algérie selon laquelle Bouteflika est étranger aux décisions prises en son nom par des groupes de l’ombre. L’image d’un  président marionnette aux mains d’un ventriloque est celle qui domine toute la scène politique algérienne depuis le début du quatrième mandat. Une des grandes décisions citées pour illustrer cette forme de prise d’otage et de manipulation de la parole présidentielle est la décision attribuée officiellement à Bouteflika  de démanteler les puissants services de renseignement et le renvoi  de leur patron le général Mohamed Mediéne plus connu sous le sobriquet de  Toufik. Khalida Toumi met à sa manière du piment sur la blessure béante: «Je connais très bien le président, confie-t-elle,  et je doute que certaines décisions soient de sa propre initiative».

Cette sortie médiatique et politique de ces personnalités algériennes est de nature à jeter l’huile sur le feu dans un pays qui s’interroge lourdement sur la possible succession de Bouteflika. Elle  attisera sans aucun doute  la guerre des clans alors qu’aucune personnalité n’est parvenue à faire consensus autour d’elle en cas de brusque disparition de l’actuel président. Cela augure aussi d’une période aussi tendue que trouble pour un pays qui vient de voir fondre ses revenus pétroliers sur lesquels reposaient largement les subventions d’une paix sociale déguisée.

Ballons d’essai

Aveuglement algérien sur le Sahara marocain Par Mustapha Tossa

L’ancien ministres des Affaires étrangères algérien, Lakhdar Brahimi, avait profité de sa participation à Rabat au cinquantième anniversaire de l’enlèvement de Mehdi Ben Barka pour avancer l’idée de lancer un comité des sages pour réconcilier l’Algérie et le Maroc

 

 

 Malgré la tension permanente entre le Maroc et l’Algérie sur le dossier du Sahara et qui indique que la porte du dialogue et de la communication sont pour le moment hermétiquement closes, de temps en temps des idées ou des initiatives  rejaillissent pour donner espoir que les relations entre les deux pays puissent entamer une logique d’apaisement.

La dernière en date est celle portée par l’ancien ministres des Affaires étrangères algérien Lakhdar Brahimi qui avait profité de sa participation à Rabat au cinquantième anniversaire de l’enlèvement de Mehdi Ben Barka pour avancer l’idée de lancer un comité des sages pour réconcilier l’Algérie et le Maroc. Lakhdar Brahimi n’est pas à son premier coup d’essai.

Déjà en 2010, il exposa le même projet étouffé dans l’œuf par le refus algérien. Aujourd’hui, la grande icône de la diplomatie algérienne remet cette initiative sur la table. Ballon d’essai ou vrai désir de mener une initiative? Optimisme forcené ou volonté de profiter du contexte forcément transitionnel que va inévitablement installer la succession problématique de Abdelaziz Bouteflika?  Lakhdar Brahimi propose que ce comité fasse appel à l’ancien Premier ministre marocain Abderrahman Youssoufi  et d’autres personnalités marocaines et algériennes connues pour leurs expériences et leur engagement en faveur de la construction du grand Maghreb Arabe, resté lettre morte et coquille vide à cause du soutien d’Alger aux séparatistes du Polisario. 

Par Mustapha Tossa

Aveuglement algérien sur le Sahara marocain Par Mustapha TossaSpécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres  destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale 

16/11/2015