La récente visite dans la région du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a porté le “coup de grâce” à un processus déjà “vacillant” tout en remettant en question la “propre neutralité” du Chef de l’ONU sur la question du Sahara.

“Mal conseillé, méconnaissant” un dossier déjà mis à mal depuis 2009 par une “médiation douteuse” qui peine à convaincre, Ban Ki-moon a “violé” l’esprit et la lettre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le différend autour du Sahara.

 

Le Secrétaire général de l’ONU a entrepris une visite “malavisée en Afrique du Nord, qui n’a pas inclus le Maroc, acteur clé dans le conflit”, selon Anna Theofilopoulou, ancienne membre de l’équipe de l’Américain James Baker, ex-Envoyé personnel de l’ONU pour le Sahara. 

 

Au “lieu de relancer la dynamique des  pourparlers (…) la visite, une piètre tentative, a probablement gelé les négociations au moins jusqu’à l’arrivée du prochain Secrétaire général”, a regretté l’ancienne fonctionnaire de l’ONU dans une analyse sur “Foreign Policy”.

 

“Pris au piège d’un entourage vicieux, il a été berné” et a persévéré dans son “entêtement”, a expliqué à « Quid.ma » un ancien haut fonctionnaire aux Nations Unies qui a requis l’anonymat. 

 

Il a raté le coche sur plusieurs grands dossiers comme la Libye, le Yémen et la Syrie et a voulu à quelques mois de son départ, “faire un coup d’éclat” en s’attaquant à une question de moindre importance mais dont il ignorait les contours.  

 

“On lui a fait croire qu’il ne pourrait espérer meilleur timing et qu’après une réaction émotionnelle, le Maroc – pensait-on – « isolé » sur la scène internationale, en raison notamment de la récente crise avec l’Union européenne, serait mis devant le fait accompli”, poursuit cet expert onusien. 

 

Pourtant, les épisodes 2013 quand les Etats-Unis ont dû revoir leur copie après une tentative d’instrumentalisation des droits de l’Homme, et 2014, face aux velléités du Secrétariat général d’aller au-delà des paramètres fixés, auraient dû alerter le Chef de la diplomatie mondiale sur les lignes rouges à ne pas dépasser.

 

“Ne sous estimez pas les Marocains quand leur intérêt vitaux sont en jeu!”, lançait alors un diplomate occidental.

 

Après le sérieux revers subi dans son bras de fer avec le Maroc, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est, en effet, clairement distancé de la série d’actes “spontanés et non planifiés”, selon l’explication du bureau du Porte-parole de l’ONU, “prémédités”, selon Rabat.

 

Une position des Quinze qui a d’ailleurs douché les attentes de l’Algérie, « l’observateur neutre de la région » qui, selon un diplomate onusien, “n’a pas caché sa colère” devant ce qu’il a appelé “l’absence de réaction” de l’Organe exécutif.

 

Ban Ki-moon a dit des “choses très fortes”, pas forcément dans le “contexte idéal”, a fait observer à “Quid.ma”, un diplomate proche du Conseil, ajoutant que le Chef de l’ONU en “regrettait” aujourd’hui les conséquences. 

 

De voir le « patron » de la diplomatie mondiale connu pour son “caractère très accommodant” — ses nombreux revirements sont légendaires — aller à l’encontre des décisions de l’Organe exécutif laisse pantois”.

 

Ou peut-être a-t-il mal compris certains signaux, souligne-t-on au sein de l’organisation mondiale, rappelant l’épisode iranien où Ban Ki-moon a failli faire avorter une conférence internationale sur la Syrie prévue en 2014 à Genève. Un évènement diplomatique peu glorieux pour le Chef de l’ONU qui a dû, face aux pressions des puissances occidentales, revenir sur son invitation à Téhéran pour contenir le tollé international. 

 

S’agissant du Sahara, plusieurs observateurs se sont interrogés sur cette accumulation de “gestes malheureux” dont les justifications évasives et peu convaincantes ont contribué à accentuer la crise: “un malentendu” autour du terme “occupation” utilisé juste pour décrire sa “réaction personnelle” sur le sort des réfugiés dans les camps de Tindouf.

 

Mais alors, pourquoi n’avoir pas soulevé, auprès des autorités algériennes et du Polisario, les questions du détournement des aides alimentaires destinées à ces mêmes réfugiés et maintes fois dénoncés par l’Union européenne, et du recensement pourtant contenu dans les résolutions du CS de l’ONU et que lui-même a appelé de ses vœux dans ses derniers rapports?

 

Il est donc permis de s’interroger sur ce regain d’intérêt soudain à l’égard d’une question qui ne figure ni au top des priorités de l’Organe exécutif, ni pose de risque immédiat à la sécurité internationale? 

 

“La visite du Secrétaire général dans la région, alors que les conditions étaient loin d’être réunies, risque aujourd’hui de torpiller le processus politique”, estime Aicha Elbasri, ancienne Porte-parole de l’ONU au Darfour et titulaire du prestigieux prix Ridenhour de lanceuse d’alerte.

 

Elle se demande si le but de cette visite était de faire “avorter le plan marocain d’autonomie” qualifié annuellement par l’Organe exécutif de “crédible et sérieux” depuis sa présentation par le Royaume en 2007.

 

De même, les réactions démesurées du bureau du Porte-parole de l’ONU contre le Maroc après la décision souveraine du Royaume d’opérer une coupe au niveau de la composante civile de la MINURSO ont été qualifiées de “surprenantes”.

 

Une décision décrite par le Porte-parole comme étant ”unilatérale” et “sans précédent”! 

 

Or, il y a quelques années, le  Tchad et l’Erythrée avaient décidé un retrait unilatéral de missions onusiennes sans que l’Organisation mondiale n’y trouve à redire, rappelle Elbasri, elle qui a accusé l’ONU de cacher des “crimes de guerre” au Darfour.

 

La décision “irréversible et souveraine” du Maroc qui demeure “engagé à assurer la continuité du cessez-le-feu” conformément aux paramètres du CS de l’ONU, résonne comme un avertissement face à un Secrétariat qui peine à rétablir la confiance avec un Etat membre actif et engagé dans la paix et la sécurité internationales.

 

Quid.ma

11/04/2016