Washington- La montée en puissance d’Al-Qaida dans le Maghreb Islamique (Aqmi) et de Daech dans la région sahélo-saharienne pose avec acuité la question de la porosité des camps de Tindouf aux influences de ces groupes terroristes, pour lesquels le polisario est devenu une “force d’appoint” à leurs visées funestes comme ce fut le cas notamment dans le septentrion malien.
Des rapports américains notent, à ce sujet, que les camps de Tindouf, au sud-ouest de l’Algérie, sont devenus, sous l’emprise des milices du polisario, un terrain fertile pour les recruteurs des réseaux terroristes, des trafiquants de tous genres et des bandes criminelles transnationales.
Le kidnapping en plein cœur du camp Rabouni, en 2011, de trois travailleurs humanitaires européens constituait le signal d’alarme -s’il en fallait un- que les groupes terroristes prospèrent aujourd’hui dans les camps de Tindouf et y disposent de loyautés solides, leur permettant d’étendre leur champ d’action et procéder à des rapts suivis de demandes de rançons, qui vont par la suite financer leurs opérations dans une zone géographique qui couvre l’ensemble de la région sahélo-saharienne.
La participation des militants du polisario aux côtés des forces fidèles à Kadhafi pour mater la rébellion leur a offert l’opportunité de soigner leur collusion avec les groupes terroristes qui ont pu aujourd’hui étendre leur champ d’action dans la sous-région.
C’est dans ce contexte que des leaders d’opinions aux Etats-Unis s’élèvent pour souligner l’impératif géostratégique de fermer purement et simplement les camps de Tindouf, devenus un mouroir à ciel ouvert, à défaut de quoi, mettent-ils en garde, la sécurité régionale serait sérieusement mise à mal par les groupes terroristes qui se réclament de l’idéologie d’Al-Qaïda et de l’Etat islamique.
Le Centre international pour les études sur le terrorisme (ICTS), relevant du think tank US Potomac Institute, n’y va d’ailleurs pas par quatre chemins pour avancer sans s’embarrasser de circonlocutions que “les camps de Tindouf sont devenus, sous l’emprise des milices du polisario, un terrain fertile pour les recruteurs des réseaux terroristes, des trafiquants de tous genres et des bandes criminelles, d’où l’impératif de leur fermeture”.
Là où le rapport de l’ICTS parle de loyautés solides des réseaux terroristes avec les dirigeants du polisario, le Carnegie Endowment for Peace évoque, pour sa part, une “conjonction d’intérêts” entre ces groupes terroristes et le polisario “aux conséquences incalculables pour toute la région”.
Et d’expliquer : “Les franchises d’Aqmi dans la région du Sahel œuvrent inlassablement à la consolidation de leurs liens avec les trafiquants de drogues dans les camps de Tindouf qu’ils ont infiltrés à une large échelle en recrutant une jeunesse frustrée et sans l’espoir d’un lendemain meilleur”.
Une étude de ce prestigieux centre de réflexion américain relève, à cet égard, que “l’implication des jeunes des camps de Tindouf dans le trafic de drogue dans la région est devenue une réalité troublante”, déplorant que cette jeunesse est “de plus en plus isolée socialement, manque d’orientation et ne dispose d’aucune perspective”.
Le directeur de l’Africa Center au sein de l’Atlantic Council, Peter Pham, indique, à ce sujet, que l’indépendance en tant qu’option pour la résolution de la question du Sahara donnerait naissance à un Etat “inepte et non viable” en Afrique du Nord, qui serait “une proie facile” pour Al-Qaïda et Daech, “connus pour leur préférence notoire pour les Etats défaillants”.
L’engagement de combattants du polisario aux côtés des milices de Kadhafi – un renvoi d’ascenseur au bienfaiteur d’hier – mais aussi leur prédisposition à servir de force d’appoint aux groupes terroristes qui sévissaient dans le septentrion malien renseignent sur cette collusion d’intérêts entre le séparatisme et le djihadisme militant.
Les djihadistes locaux et internationaux actifs dans cette zone, note Pham, “forment des alliances qui menacent non seulement la sécurité régionale, mais également celle de l’Europe et de l’Amérique du Nord”, précisant que c’est dans ce contexte qu’une majorité bipartisane au Congrès américain soutient le plan marocain d’autonomie au Sahara et que les Etats-Unis, par la voix la plus autorisée, le qualifient de crédible, sérieux et réaliste.
La posture de repli face à la tragédie des droits de l’Homme dans les camps de Tindouf équivaut à une conspiration du silence qui n’est tout simplement pas une option. Toute capitulation face à la collusion entre terrorisme et séparatisme sera lourde de conséquences pour toute la région.

Fouad ARIF

23/01/2016